À Crayssac, dans le Lot, là où il y a 150 millions d'années, on pouvait entendre le clapotis d'une mer chaude et peu profonde, des paléontologues ont découvert trois nouvelles espèces de ptérosaures primitifs. Des reptiles volants, pas plus gros d'un rat.

Ramphichnus Crayssaccensis
Ramphichnus Crayssaccensis © PaleoAquitania

C'est un des rares endroits où chaque été se côtoient touristes et paléontologues. Truelles, grattoirs et brosses en main, ces derniers continuent de fouiller l'un des plus riches chantiers préhistoriques de France. La plage aux ptérosaures de Crayssac (Lot) est ainsi nommée car ici, il y a 150 millions d'années, la mer chaude et peu profonde s'est retirée pour laisser à l'air libre un rivage de vase fraîchement piétiné. Des dinosaures, des crocodiles, des tortues, des crustacés et des ptérosaures étaient là, qui nous ont légué leurs traces.

Un site unique au monde

Ce site unique au monde comporte une quarantaine d'espèces différentes. Deux paléontologues publient ce mois-ci dans Geobios la découverte de trois nouvelles espèces de reptiles marins. Titillés depuis quelques années par ces traces de pattes avant et arrière, ils se demandaient à qui elles pouvaient appartenir. Après en avoir mis au jour un demi millier, ils affirment que ce sont celles de Ramphorynchoïdes, des ptérosaures anciens avec des ailes tendues de peau, pas plus gros qu'un rat et avec une longue queue.

Les traces de pattes sont très bien conservées dans la vase devenue calcaire. "Au point qu'on voit le nombre de doigts, cinq" explique Jean-Michel Mazin, paléontologue et co-découvreur. Même si des restes fossiles de ces Ramphorynchoïdes sont connus depuis 200 ans, jamais aucune empreinte n'avait été mise au jour. Ce qui faisait douter de la capacité à marcher de ces bestioles.

Une querelle de 200 ans enfin tranchée

Cette fois-ci, grâce à ces très beaux spécimens, "on démontre que tous les ptérosaures, modernes comme archaïques -ceux-là- se baladaient à quatre pattes" ajoute Jean-Michel Mazin. Car tel était l'objet de la querelle entre spécialistes : en l'absence de preuves, comment savoir s'ils marchaient sur deux pattes, sur quatre, s'ils nichaient dans les falaises comme le font aujourd'hui certains oiseaux marins ? L'hypothèse d'une espèce arboricole était même parfois avancée.

Pour Joane Puech cette découverte "apporte la preuve que les ptérosaures anciens savaient marcher au sol comme leurs descendants". Une clarification alors que la présence d'ailes pouvait laisser imaginer un atterrissage sur les pattes arrières à la manière des oiseaux actuels. 

Elle espère que d'autres découvertes, ailleurs dans le monde permettront de trancher la question de la rareté des traces.  "De nouvelles empreintes permettraient de trier les hypothèses : ces animaux n'ont-ils tout simplement pas été identifiés sur les plages ou bien ont-ils un mode de vie forestier ?" Cela expliquerait la difficulté pour trouver des témoignages de leur présence passée. 

Reste que ces traces "jusqu'à 60 pas" précise Joane Puech ne permettent pas de donner la vitesse de locomotion de ces animaux.  Ni ce qu'ils faisaient là, au moment où l'eau s'est retirée pour permettre aux empreintes de ne pas disparaître jusqu'à nos jours. Étaient-ils en train de pêcher dans la vase, d'échapper à un prédateur ou se préparaient-ils à décoller?  "Pour l'instant, il n'y a aucun moyen de savoir" conclut Joane Puech.   

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