La pénurie en eau, accentuée depuis des années par le réchauffement climatique, conduit de plus en plus de pays à recourir à cette technique pour faire tomber la pluie. La Chine vient récemment d'annoncer qu'elle comptait augmenter considérablement son programme de modification du climat.

Un avion qui s'apprête à ensemencer les nuages. Photo prise à Surat Thani enThaïlande
Un avion qui s'apprête à ensemencer les nuages. Photo prise à Surat Thani enThaïlande © Getty / EyeEm / Artinun Prekmoung

Ce n'est pas de la science-fiction, même si ça y ressemble. De plus en plus de pays utilisent la technique de l'ensemencement des nuages pour obtenir de la pluie. La Chine donc, mais aussi  la Russie, les Émirats arabes unis, l'Australie, L'Inde, Israël, l'Espagne et même la France pour se prémunir de la grêle !

Ce qui alerte, c'est la dimension du projet chinois. Il ne s'agit plus d'une action ponctuelle et locale comme pour les Jeux Olympiques de Pékin ou le 70e anniversaire du Parti communiste. On parle ici de rendre fertiles des terres désertiques. 35 000 personnes travailleraient à ce programme et pour atteindre l'objectif, d'ici 15 ans, Pékin va investir dans quatre nouveaux avions, 900 lance-roquettes, des embarcations équipés.

Et preuve que ce n'est pas une tocade, ni un doux rêve, les experts de la modification du temps au sein de l'organisation mondiale de la météorologie, ont récemment rédigé un rapport. Andrea Flossmann, chercheuse au CNRS et coprésidente de ce groupe d'expert sur la modification du temps, précise qu'il recense les techniques qui marchent et conclut qu'il est possible d'obtenir 10 à 15% de précipitations supplémentaires. 

Quelle est la recette ? 

On peut ensemencer par le bas, depuis le sol, ou par le haut. Dans ce cas, il faut un avion. On y accroche des tubes, qui ressemblent à des bâtons d'explosifs, remplis de particules d'iodure d'argent, de sel ou de glace carbonique. Quand l'avion survole le nuage, il le saupoudre littéralement. Les particules vont par réaction physico chimique s'accrocher aux gouttelettes d'eau qui forment le nuage. Plus grosses -au-delà de 100 microns- plus lourdes, ces gouttelettes vont alors tomber en pluie. Suivant les conditions atmosphériques et le type de nuage, on peut obtenir une grosse pluie voire de la neige. 

Évidemment il faut des nuages. En plein Sahara le succès est incertain, mais en bord de mer, même en zone aride, ça fonctionne. Et en présence de reliefs, les conditions sont optimales, côté bassin versant notamment, où il se forme des nuages convectifs. Les nuages convectifs sont les cumulus ou les cumulonimbus. L’Organisation météorologique mondiale a publié une vidéo sur la formation et l’évolution des nuages convectifs.  

La Chine voit les choses à très grande échelle

La modification du temps concernerait 10% du territoire chinois. L'objectif serait de détourner la production des nuages situés sur le plateau tibétain, vers des régions arides. Ce plateau est la plus grande réserve d'eau douce d'Asie, trois grands fleuves asiatiques y trouvent leur source : Le Mékong, le Brahmapoutre et le Salouen. Le risque est donc d'arroser le nord, au détriment de l'Asie du Sud-est et de l'inde où des centaines de millions de personnes dépendent de cette eau. C'est une guerre de l'eau qui se profile, dont s'accusent déjà mutuellement L'Iran et Israël.