Depuis le début de la pandémie, la demande en aide alimentaire a explosé sur tout le territoire. Elle continue d'augmenter depuis le début du déconfinement. Les associations redoutent de ne pas pouvoir faire face.

Les files d'attente pour les distributions alimentaires n'ont pas raccourci depuis la fin du confinement
Les files d'attente pour les distributions alimentaires n'ont pas raccourci depuis la fin du confinement © AFP / Ludovic Marin

Parmi les images marquantes de cette pandémie, on retiendra les files d'attente de plusieurs centaines de mètres en Seine-Saint-Denis, lors de distributions de colis alimentaires. 

À Clichy-sous-Bois, le collectif ACLEFEU a distribué plus de 75 000 colis depuis le début du confinement. Désormais la distribution n'a lieu qu'une fois par semaine au lieu de deux, mais, malgré le déconfinement, le public est toujours plus nombreux selon Mohamed Mechmache :

"On reçoit plus d'un millier de personnes chaque semaine. Les familles sont inquiètes que l'on interrompe la distribution un jour. Elles savent qu'elles auront du mal à s'en sortir"

Car pour ces populations déjà fragilisées, la pandémie a été dévastatrice. Avec la fermeture des cantines scolaires, les familles doivent préparer un repas supplémentaire. Certaines d'entre elles ont choisi de remplir leur frigo plutôt que de payer leur loyer.

Hausse de 45% des demandes

Même constat du côté du Secours Populaire, qui depuis le mois de mars a vu les demandes d'aides alimentaires augmenter de 45% par rapport à la même période l'année dernière. L'association accompagne désormais 1,27 million de personnes et la hausse se poursuit depuis la fin du confinement.

"On a vu arriver des publics qui ne faisaient pas appel à nous jusqu'à présent" explique Sébastien Thollot, secrétaire national du Secours Populaire. "Pour les étudiants, la situation reste préoccupante, les restaurants universitaires sont toujours fermés et beaucoup n'ont pas retrouvé de petit boulot. En zone rurale, nous avons beaucoup d'artisans privés de revenus. En zone urbaine, ce sont plutôt des auto-entrepreneurs, des indépendants."

Inquiétude sur les stocks de denrées

Pour Jacques Bailet, qui préside la Fédération française des Banques Alimentaires, la hausse de la précarité alimentaire est inéluctable, car intimement corrélée à celle du chômage. La fédération qui fournit 5 400 associations en denrées alimentaires, a vu la demande augmenter de 25% ces deux derniers mois

"L'inquiétude porte sur l'été et la rentrée" confie Jacques Bailet :"Pendant le confinement, nous n'avons pas pu collecter de denrées fraîches. Il a donc fallu puiser dans nos stocks de denrées sèches comme les conserves, les pâtes et le riz. Nous abordons l'été avec un stock de denrées sèches inférieur de moitié à ce qu'il était il y a un an."

Pour faire face à la crise annoncée, les banques alimentaires misent sur le Fonds européen d'aide aux plus démunis, mais aussi sur "un effort massif" de l'État. Jacques Bailet aimerait pouvoir compter sur un éventuel retour des "emplois aidés" qui permettent à la fois de réinsérer les plus démunis et de fournir une main d'oeuvre bienvenue aux associations.

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