Depuis lundi, le Musée d'Orsay accueille en résidence virtuelle l'artiste Jean-Philippe Delhomme sur son compte Instagram. Chaque semaine, il sera invité à poster un dessin inédit mettant en scène les artistes exposés au musée. Une pratique déjà répandue, notamment dans la photo et l'art contemporain.

Le musée d'Orsay, à Paris
Le musée d'Orsay, à Paris © Radio France / Stéphane Milhomme

Ce sera désormais le rendez-vous du lundi à 17h sur le compte Instagram du Musée d'Orsay : une œuvre inédite du dessinateur Jean-Philippe Delhomme. L'artiste, connu pour ses dessins notamment sur le milieu de l'art, est le premier artiste en "résidence numérique" choisi par le célèbre musée parisien. 

Cette résidence est purement virtuelle : même s'il "viendra fréquemment au musée pour s'imprégner de l'ambiance" et collecter des informations, le dessinateur, qui vit entre la France et les États-Unis, n'installera pas de studio ou d'atelier au musée d'Orsay. Mais il sera mis en avant chaque semaine sur le réseau social, le tout pendant un an. 

Chaque dessin mettra en scène les artistes exposés au musée, comme s'ils avaient vécu à l'époque d'Internet, sur un ton plutôt humoristique cher au dessinateur : le premier dessin, publié lundi, reprend un portrait de Jean-Karl Huysmans par le peintre Jean-Louis Forain. "Il s'agit de rendre plus proches ces artistes de la seconde moitié du XIXe siècle en les inscrivant dans des interactions d'aujourd'hui", explique la présidente du musée, Laurence des Cars. 

"L'idée n'est pas de désacraliser les oeuvres, mais plutôt d'attirer l'attention sur la biographie d'un artiste, les enjeux ou la nouveauté d'une peinture".

Dès 2017 aux États-Unis

Si la pratique est nouvelle pour un musée d'une telle envergure, et sur une si longue durée, le fait qu'un musée confie les clés de ses réseaux sociaux à un ou une artiste comme terrain de création n'est pas une nouveauté : dès 2017, le LACMA, musée d'art contemporain de Los Angeles, avait accueilli en résidence sur Instagram pour la première fois une artiste, Guadalupe Rosales, qui mène un travail d'archiviste numérique. 

Sur le compte Instagram elle indiquait "Ici Guadalupe Rosales, et je gèrerai le compte du LACMA pendant les six prochaines semaines. Je commence avec l'une mes œuvres préférées de l'exposition en cours (...)" : au cours de cette résidence, l'artiste a proposé ses propres projets autant qu'elle a montré ses coups de cœur artistiques - ou des coulisses du musée.

"Takeovers" de comptes Instagram

Cette pratique a un nom : le "takeover", qui signifie que quelqu'un d'autre que le propriétaire habituel d'un compte Instagram en prend les commandes. En France, plusieurs institutions ont déjà proposé à des artistes ce genre de collaborations : c'est le cas du Jeu de Paume, lieu dédié à la photographie et à la vidéo, qui présente régulièrement à ses "followers" des résidences d'artistes, mais aussi parfois de commissaires d'exposition ou de critiques d'art. La Maison européenne de la photographie, par exemple, a elle aussi donné carte blanche à l'artiste JR.

Le "takeover" peut prendre la forme d'une carte blanche beaucoup plus courte : en février dernier par exemple, le Musée d'art contemporain (MAC) de Lyon a confié son Instagram à l'artiste Maxwell Alexandre juste avant l'ouverture de son exposition... pendant une journée, dans les "stories" du profil. La présence sur Instagram des "Stories à la une" permet au musée de conserver ces interventions artistiques malgré leur caractère éphémère. 

Pour les institutions culturelles, cela permet de transformer un outil de communication en plateforme de création artistique, quand pour l'artiste en résidence (ou en "takeover", donc), elle est l'occasion d'avoir une fenêtre d'exposition plus large qu'un compte personnel.

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