Une mission parlementaire "sur les pratiques prétendant modifier l'orientation sexuelle ou l'identité de genre d'une personne" a été lancée cet été en France. Elle débute son travail d'auditions à l'Assemblée nationale cette semaine. Le but : interdire ces pratiques encore mal identifiées en France.

Le but de ces "stages" ou "séminaires" est d'amener une personne homosexuelle à changer d'orientation sexuelle... ou à choisir la chasteté
Le but de ces "stages" ou "séminaires" est d'amener une personne homosexuelle à changer d'orientation sexuelle... ou à choisir la chasteté © Radio France / Julien Mougnon

Aux États-Unis, on les appelle les "thérapies de conversion".  Plus confidentielles, plus secrètes en France, elles revêtent d'autres noms : "stages", "soins" et "séminaires". Mais le but est le même : encadrées par des religieux ou des psys, elles veulent amener une personne homosexuelle à changer d'orientation sexuelle... ou à choisir la chasteté.

Électrochocs, jeûnes sévères, exorcisme

Ils ne sont encore que marginaux, mais en France aussi commencent à émerger des témoignages glaçants. Électrochocs, jeûnes sévères, exorcisme. "Les courants les plus durs de toutes les religions considèrent l'homosexualité et la trans-identité comme des désordres et des choses à combattre", constate Anthony Favier, responsable du mouvement homosexuel chrétien David et Jonathan. "Il existe avec des variantes, dans chacun de ces groupes confessionnels, des pratiques pour faire en sorte que des personnes n'aient pas de rapport sexuel ou reviennent à des pratiques hétérosexuelles". 

Je suis sorti de là comme libéré, mais évidemment ça n'a pas duré"

Manu a vécu l'une de ces "thérapies". Homosexuel, membre d'une communauté évangélique durant près de 15 ans, il explique qu'au départ, il arrivait à "bien vivre et sa foi et sa sexualité", mais petit à petit, à force de lectures de textes et d'allusions, il est amené à participer à un séminaire, en février, à Dunkerque. "Ça a commencé par six jours de jeûne. Au bout de ces six jours, il y a eu une journée de 'délivrance' raconte-t-il. "Des pasteurs vous entourent, en hurlant des formules comme 'Que l'esprit de l'homosexualité te quitte'. C'était une atmosphère très particulière. Avec la fatigue, avec l'émotion, avec la musique, avec l'apposition des mains, on se retrouve souvent par terre. Personnellement, j'ai été jusqu'aux vomissements. Je suis sorti de là comme libéré, mais évidemment ça n'a pas duré".

Thierry le Gall, du Conseil National des Évangéliques de France (CNEF), dénonce ces pratiques qui ressemblent plus, dit-il, à "des dérives sectaires". S'il rejette toute forme de violence ou de contrainte, la religion, par la prière, par les discussions, a selon lui un rôle à jouer :

Si une personne est volontaire, si elle nous demande de l'accompagner vers un mode de vie qui serait plus compatible avec les enseignements bibliques en lesquels elle croit, elle peut choisir la chasteté ou si elle le souhaite revenir à l'hétérosexualité"

Une proposition de loi en préparation pour 2020

Cette approche ne convainc pas complètement la députée LREM, Laurence Vanceunebrock-Mialon, qui travaille depuis des mois sur le sujet. "Inciter des jeunes homosexuels, parce qu'ils sont ce qu'ils sont, à la chasteté ou à se diriger vers un changement d'orientation sexuelle, finalement qu'est ce que c'est ? "

Ce n'est pas une thérapie, ce n'est pas aussi violent que ce que l'on peut entendre par thérapie de conversion mais c'est malgré tout une incitation à ne pas s'accepter"

Dans la proposition de loi qu'elle prépare pour début 2020 et qui est amenée à évoluer au cours des prochains mois avec le travail de la mission parlementaire, toute "thérapie de conversion" ou pratique qui altère la santé physique ou mentale d'une personne serait punie de 2 ans de prison et 30 000 euros d'amende.

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