Après des actions morcelées cet été, les "gilets jaunes" vont-ils redescendre dans la rue ? Sur les réseaux sociaux, certains rêvent d'un "septembre noir". Discrètes cet été, les figures médiatiques du mouvement refont, dans l'ensemble, parler d'elles.

Rassemblement citoyen des Gilets jaunes à Nemours (Seine-et-Marne). Un promoteur du RIC. 8 mai 2019.
Rassemblement citoyen des Gilets jaunes à Nemours (Seine-et-Marne). Un promoteur du RIC. 8 mai 2019. © Radio France / Isabelle Piroux

Ils se sont rencontrés sur des ronds-points, dans des réunions ou en manifestations. Anciens anonymes, ils sont passés de l'ombre à la lumière en l'espace de quelques mois en devenant par la force des choses, des leaders des "gilets jaunes". Priscillia Ludosky, Ingrid Levavasseur, Maxime Nicolle, Eric Drouet ou encore Jérôme Rodriguez, tous ont pris des chemins différents depuis la première mobilisation du 17 novembre dernier. À l'heure où certains "gilets jaunes" appellent à un "septembre noir" pour relancer un mouvement un peu tombé aux oubliettes cet été, où en sont les figures historiques ?

Eric Drouet, mobilisé pour la rentrée

Le 20 août, dans une vidéo postée sur le compte Youtube de "La France en colère", la première depuis près de deux mois, Eric Drouet évoque pour la première fois la rentrée et ce qu'il attend du mouvement des "gilets jaunes". "À la rentrée, je serai sur Paris pour continuer à faire ce qu'on fait depuis neuf mois", dit-il face caméra. "Je ne plébiscite toujours pas les manifestations déclarées ou les marches. On sera sur Paris mais pas dans des trucs déclarés." 

Il veut donc surprendre, sans arborer de gilet, pour pouvoir, dit-il, "investir les lieux auxquels on ne peut plus accéder. Je l'ai bien vu le 14 juillet, on a pu s'approcher de l'avenue des Champs Elysées." Eric Drouet évoque deux dates, le 7 septembre et le 21 septembre. "Le 21, ce sera une date importante", assure-t-il, sans donner plus de précision, avant d'ajouter que "les gilets jaunes n'ont pas de date de fin, c'est un mouvement contestataire".

Tout l'été, Eric Drouet est resté plutôt actif sur les réseaux sociaux, en commentant beaucoup l'actualité, notamment les manifestations à Hong-Kong. "Les manifestants de Hong Kong nous montrent comment marche la solidarité. En septembre c'est comme ça que ça doit marcher. Pas avec les manifs CGT ou FO. On se bat contre ce gouvernement , on est pas là pour se balader", a-t-il écrit sur sa page Facebook, le 16 août.

Le 4 septembre , Eric Drouet a finalement été relaxé des poursuites pour "participation à un groupement formé en vue de violences", et symboliquement condamné à 500 euros d'amende avec sursis pour le port d'une matraque (un simple "bout de bois" selon lui) le 22 décembre dernier.

Jérôme Rodrigues, en retrait temporaire

Son ami, Jérôme Rodrigues, blessé à l'oeil, a lui été invité à débattre à l'université d'été de la France Insoumise. Ce sera sa seule apparition avant quelque temps. Il annonce se retirer en maison de repos, pour "suivre les conseils" de son médecin, sans toutefois quitter le mouvement. Il espère être de retour pour la manifestation du 21 septembre.

"Harcelé", dit-il, sur les réseaux sociaux, il va profiter de cette période pour "préparer le dossier de cyberharcèlement". Récemment, il a confié sur LCI, avoir été intimidé dans la rue par "cinq molosses" et il souhaite préserver sa famille. "Je ne suis qu’un simple citoyen, un simple plombier, je ne suis pas entraîné à ça."

Maxime Nicolle, toujours présent sur les réseaux sociaux

L'adepte des "Facebook live" continue d'être très actif sur les réseaux sociaux. Maxime Nicolle, alias "Fly Rider", relaie tout ce qui à trait au mouvement des "gilets jaunes". Dans l'une de ses dernières vidéos, postée le 20 août, le chauffeur routier estime qu'il faut redonner un second souffle au mouvement. "J’espère qu'au mois de septembre ça va reprendre de plus belle. Et quelque chose me dit que ça va reprendre ; les urgences en grève, les transporteurs routiers en grève, les profs..."

Cette vidéo a été vue plus de 110 000 fois, ce qui marque un net recul de visibilité par rapport aux premiers Facebook Live.

Priscillia Ludosky, la convergence des luttes

À l'origine du mouvement avec sa pétition contre la hausse du prix des carburants, Priscillia Ludovsky s'est imposée comme la force tranquille du mouvement. Moins clivante que les premiers nommés, elle a su se mettre en retrait et condamner certaines dérives du mouvement, tout en cherchant à intégrer les "gilets jaunes" dans d'autres thématiques, notamment le climat. Une convergence des luttes parfaitement illustrée par le lancement de la plateforme "Gilets citoyens".

Favorable à la convention citoyenne sur le climat, qui est en train de se mettre en place avec des citoyens tirés au sort, Priscillia Ludosky informe, via cette plateforme, les internautes sur cette convention. Elle s'assure que les "lignes rouges" tracées sont bien respectées par le gouvernement. Elle pense que cette convention peut aider à faire avancer les choses, tout en étant complémentaire d'une mobilisation dans la rue.

Jacline Mouraud, la rupture

Les "gilets jaunes" ont aussi voulu peser sur sa la scène politique. Trois listes issues du mouvement se sont présentées aux élections européennes du printemps dernier et toutes ont connu des échecs. La liste "L'alliance jaune", conduite par Francis Lalanne, est celle qui a fait le meilleur score avec 0,54% des voix. Désormais, ce sont les municipales qui sont en ligne de mire.

Après avoir fondé son micro-parti "Les Émergents" en janvier, Jacline Mouraud, promet de présenter des candidats en mars prochain, dans plusieurs villes. Invitée fin août de l'université d'été du Medef, elle semble avoir rompu tout lien avec les "gilets jaunes", elle estime qu'on "ne peut pas être dans la rue avec un gilet jaune le 17 novembre pour être entendu et refuser ensuite des invitations au dialogue".

Ingrid Levavasseur, les municipales en ligne de mire

Quant à Ingrid Levavasseur, sa candidature déclarée aux élections européennes avait été mal perçue au sein même du mouvement. Elle s'était retiré sous la pression. Mais elle entend toujours démarrer une carrière politique. L'aide-soignante se présente sur une liste ancrée à gauche, "Changer Louviers", pour les municipales, dans cette petite commune de l'Eure. 

En parallèle, elle sort un livre, ce mercredi, "Rester digne", co-écrit avec Emmanuelle Anizon aux éditions Flammarion, dans lequel elle raconte son expérience sur les ronds-points et dans les manifestations.

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