C'était l'une des réponses du gouvernement au mouvement des "gilets jaunes" : organiser un grand débat sous diverses formes. Un an après, personne ou presque n'a consulté les cahiers de doléances, numérisés puis archivés dans chaque département.

Des milliers de Français ont rempli il y a un an les cahiers de doléances.
Des milliers de Français ont rempli il y a un an les cahiers de doléances. © Maxppp / Sylvain MUSCIO

Il y a un an, les maires déposaient en préfecture près de 10 000 cahiers de doléances, appelés officiellement "cahiers citoyens". Des pages manuscrites, registres, cahiers à spirales ou feuilles libres, numérisés à la Bibliothèque nationale de France (BNF) puis remis aux archives départementales.

Depuis, les cartons sont restés bien rangés sur leur linéaire. Le directeur des Archives départementales de Seine-et-Marne n'a reçu aucune demande de consultation de ces cahiers de doléances, ce qui n'étonne pas Joseph Schmauch car "nous sommes encore dans le temps présent, le temps des archives arrive quelques années plus tard." 

Ces cahiers ne sont pas disponibles en ligne, contrairement aux contributions au site du grand débat national et aux comptes rendus des réunions locales mais ils sont consultables aux archives de chaque département sur simple demande.

Seule exception : certaines personnes ont livré des récits très personnels de leur situation soit directement sur les cahiers - et dans ce cas, ont accepté de facto leur diffusion -, soit dans des mails ou feuilles libres ajoutées ensuite par la mairie aux registres de doléances. En cas de doute, pour respecter la vie privée de l'auteur, les archivistes ne permettront pas la consultation de ces pages. Des dérogations sont néanmoins possibles.

Comme le prévoit la loi, l'ensemble des archives sera mise à disposition cinquante ans après leur dépôt. 

Des données d'une grande richesse mais difficilement exploitables

Les scientifiques, eux, ont déjà commencé à exploiter les données issues de ce grand débat. Plusieurs laboratoires de recherche publique, dont le Laboratoire Lerass de Toulouse, travaillent sur les 167 millions de mots que constituent les contributions au site officiel du grand débat.

Une matière dense mais qui n'est pas un frein. "Il n'y a pas de problème à traiter une masse de données textuelles aussi grande, on utilise soit des logiciels d'intelligence artificielle soit de statistiques textuelles, ce n'est pas le plus grand corpus que l'on ait eu à traiter", explique Pascal Marchand, professeur en sciences de l’information et de la communication et directeur du Lerass.  

Les scientifiques manquent surtout de moyens. L'appel d'offres promis pour financer leurs recherches n'est toujours pas publié, et les laboratoires qui ont commencé à travailler sur cette question le font en plus de leurs études. Mais ils butent sur l'exploitation des cahiers de doléances : les registres ont bien été numérisés à la BNF, mais sous un format photo inexploitable par les logiciels utilisés par les chercheurs. Il faudrait donc utiliser un autre logiciel pour scripter les manuscrits en texte numérique. 

Le laboratoire de Toulouse a également analysé un autre site de grand débat : le Vrai débat initié par les "gilets jaunes".

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