Elle fait partie des maires élus lors de la "vague verte" du 28 juin : l'écologiste Léonore Moncond'huy, 30 ans, a mis fin à plus de 40 ans de socialisme en devenant maire de Poitiers. Jeune mais pas nouvelle en politique, la nouvelle édile affiche pragmatisme, et sens du collectif.

À 30 ans, Léonore Moncond'huy est devenue la première femme maire de Poitiers.
À 30 ans, Léonore Moncond'huy est devenue la première femme maire de Poitiers. © Maxppp / PHOTOPQR/LA NOUVELLE REPUBLIQUE

Elle était la première "surprise de la netteté de la victoire", le 28 juin. Au soir du second tour des élections municipales à Poitiers, la liste écologiste "Poitiers Collectif" menée par Léonore Moncond'huy l'emporte avec près de 43% des voix, et mille voix d'avance sur le maire socialiste sortant Alain Claeys, en poste depuis 2008. Plus encore, c'est un bastion socialiste depuis 1977 qui tombe entre les mains des écologistes. Léonore Moncond'huy devient donc à 30 ans maire de cette ville de près de 90.000 habitants. Et s'amuse de l'attention médiatique nationale que cela provoque : "ça place Poitiers sur la carte !", se réjouit-elle.

Fille d'enseignants, elle est née et a grandi à Poitiers. Elle y commence ses études, une licence de lettres, et ne quitte sa ville que pour poursuivre son parcours académique à Paris : Sciences Po pour un premier master en affaires publiques, un second à l'université Paris V en coopération internationale. Un parcours somme toute classique, pour une femme politique ? Si elle reconnait que Sciences Po est un "label important", Léonore Moncond'huy préfère mettre l'accent sur son parcours associatif et militant.

Son premier engagement dit-elle, bien avant la politique, c'est "l'éducation populaire", à travers le scoutisme, dès le plus jeune age, un mouvement dans lequel elle est toujours engagée. Elle s'investit ensuite dans les instances lycéennes, puis universitaires, elle fait partie du conseil communal des jeunes à Poitiers. L'engagement va jusqu'au milieu professionnel, puisqu'elle travaille notamment à l'Unicef, sur le thème du développement de l'éducation dans le monde. Alors plus que le goût de la politique, Léonore Moncond'huy assure avoir "l'envie d'agir, d'avoir la possibilité de faire changer les choses.

Engagée depuis 5 ans chez EELV

La nouvelle maire de Poitiers, encartée chez Europe-Ecologie-Les Verts, n'a d'ailleurs pas toujours été fan des partis politiques, "une forme enfermante" pense-t-elle. Du moins jusqu'en 2015, où elle franchit le pas. Elle s'engage chez Europe-Ecologie-Les Verts, qui lui propose d'être tête de liste dans la Vienne pour les élections régionales en Nouvelle-Aquitaine. "On m'a fait confiance", répète celle qui à l'issue de la victoire de la liste d'union de la gauche, devient présidente du groupe écolo à la région. "On m'a donné une place sans que j'ai eu à faire mes preuves avant. J'ai vraiment apprécié cette attitude d'ouverture."

Une ouverture qui lui permet une liberté revendiquée, celle notamment de lancer en 2018 avec d'autres l'aventure "Poitiers Collectif", "une démarche citoyenne, avec une logique d'indépendance vis-à-vis des partis", affirme Léonore Moncond'huy, qui semble toujours préférer le "nous" au "je", et qui estime que son rôle est de "faire des ponts" entre des citoyens hors des partis, et les structures traditionnelles. Une façon de faire qui selon elle a clairement contribué à sa victoire. 

Pragmatique

Même si elle ne semble pas aimer le terme, la nouvelle maire de Poitiers affiche un certain pragmatisme lorsqu'il s'agit de se tourner vers les jours et semaines à venir. D'abord parce qu'il faut s'occuper d'une autre élection, plus politicienne, à l'échelle communautaire. "Une grande partie du programme sur lequel on a été élu ne pourra être mis en place que si on a une majorité aussi au conseil communautaire. Ça prend énormément de temps", souffle Léonore Moncond'huy. Si elle se dit impatiente de pouvoir démarrer concrètement son mandat, elle est lucide sur les circonstances : "les premières semaines seront encore marquées par la crise", prédit la maire qui sait qu'elle devra "accorder la priorité à la solidarité et à l'économie, car la crise a fragilisé beaucoup de familles." L'édile pense aussi à ses administrés qui ne pourront pas partir en vacances, et souhaite mettre en place certaines activités, "comme des spectacles de rue, ou des marchés éphémères".

Consciente du moment, et consciente aussi du temps que prendront certaines mesures : "les mesures écologiques ne sont pas celles qui se verront le plus rapidement. Un plan vélo ça ne se fait pas en trois mois", concède Léonore Moncond'huy.

"Nous n'avons jamais fait de la jeunesse un argument de campagne"

Désormais plus jeune maire d'une ville de plus de 80.000 habitants, Léonore Moncond'huy sait qu'elle incarne le renouvellement. Mais elle insiste : "nous n'avons jamais fait de la jeunesse un argument de campagne." En revanche, elle aimerait en un sens faire office d'exemple : "si notre démarche peut entrainer d'autres jeunes qui veulent s'engager en politique, d'autres femmes aussi, c'est tant mieux. Ce n'était pas l'objectif à la base, mais c'est tant mieux si ça peut avoir cet effet là."

Élue formellement maire par le conseil municipal vendredi, Léonore Moncond'huy s'installera pour la première fois dans son bureau de maire de Poitiers ce lundi, consciente qu'elle devra pour les six prochaines années faire des sacrifices : "il y a plein de choses auxquelles je vais devoir renoncer. Mon travail, d'abord. Et puis j'aime beaucoup les langues étrangères. J'étudiais l'arabe, et là je crains de devoir arrêter, même si ce sera un crève-cœur, on ne peut pas tout faire", sourit-elle.

Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.