Il s'appelle Sofiane Pamart, il a 28 ans, et compose les bandes sons des meilleurs titres rap du moment. Il sort son premier album solo le 22 novembre prochain, Planet, tour du monde inspiré sur 88 touches noires et blanches.

L'album Planet de Sofiane Pamart sort le 22 novembre
L'album Planet de Sofiane Pamart sort le 22 novembre © Urban Pias

Peut-on vraiment mettre derrière le même visage et le même destin, un pianiste "haute couture" et une mentalité de rappeur ? Peut-on diriger d'une "main de fer" une carrière d'artiste et des activités d'homme d'affaires ? Ces grands écarts, qui frôlent plus l'opposition que l'oxymore, sont pourtant fièrement défendus dans la bio officielle du pianiste Sofiane Pamart par sa maison de disque Pias. 

Remettons plutôt cet être humain dans son prêt-à-porter du quotidien et rendons lui sa bonhomie naturelle, sa voix à pâte tendre et son sourire. Sofiane a grandi dans une famille dans la banlieue de Lille avec une maman professeur de lettres qui attend de ses enfants des études bac +5. Une oreille et un doigté surdoués, une entrée au conservatoire de Lille à 7 ans et une médaille d'or pour en sortir, Sofiane n'a eu de cesse de s'échapper des chemins traditionnels où l'on retrouve le piano habituellement. Salle de concerts classiques, cités de la voix, édifices religieux en mal d'activités, festivals de musique classique, ce n'est pas là qu'il faut le chercher. 

Un piano pour jouer avec ses amis rappeurs

Sofiane a commencé par fonder un groupe rap, Rhapsodie, où déjà le piano faisait office de maître de cérémonie.  Comment ses copains, habitués aux codes de la musique urbaine, ont-ils perçu cet instrument ? "Ça s'est fait naturellement", explique Sofiane, "ils ont tout de suite étaient fans de cet instrument. Le piano, ça fait un peu élitiste, conservateur en tout cas, et de voir quelqu’un qui leur ressemble qui joue du piano, ça leur a donné le sentiment que ça pouvait tout à fait leur appartenir'

Ce n'est pas  pour leur en mettre plein la vue que Sofiane a fait cela. "Je voulais vraiment devenir le pianiste du rap français, devenir la référence dans ce milieu, et ramener ces phrasés, cette capacité avec des harmonies plus riches et plus variées que dans le rap".

On le croise désormais sur scène près d'un grand nombre d'artistes rap pour lesquels il compose, comme Kery James, Vald ou le slameur Grand Corps Malade, en ce moment très souvent en collaboration avec Scylla. Deux albums à leur actif : Pleine Lune, il y a un an, et Pleine Lune 2 ces jours-ci. 

Le clip Animal nocturne mis en ligne le 23 octobre, et qui se termine en silence.

Son piano a foulé les planchers de l'Olympia ou du Bataclan à Paris. Cherchez-le sous une cape rouge et des grills sur Youtube. Derrière ses lunettes rondes, il oublie de sourire. Il faut dire que le monde étant cruel, on rencontre peu de comiques dans le rap game. 

Le tour du monde, comme un nomade berbère 

Pamart, on l'entend aussi version jazz, au festival de Montreux par exemple. Ce Chicago de sa composition qu'il a joué cet été, est un avant goût de son premier album solo, ni jazz, ni rap, Pamart only, dédié à 12 paysages naturels ou urbains de la planète. Sortie prévue le 22 novembre. 

"Chaque ville que je visite, pour des tournages ou par plaisir, m’inspire. Chaque morceau porte le nom d'une ville. Parfois l'émotion est celle qui m'est venue sur place, parfois d'imagine complètement, c'est le cas avec l'Alaska que je ne connais pas encore. Ainsi n'a-t-il pas hésité à utiliser des notes romantiques pour Le Caire, pour apporter un contraste, une résistance même, dans une ville en tension. À La Havane, pour lui, "les choses sont plus charnelles et dramatiques". À l'écoute on surfe sur une diagonale qui joint Chopin à Keith Jarret ou Bill Evans. Tout semble fluide, aérien, enjoué ou romantique. De la musique dont on ferait bien des films. 

"C’est aussi un clin d’œil à mes origines nomades berbères auxquelles je tiens beaucoup, car c'est important pour moi ce sentiment de liberté et ce goût pour les voyages". 

"Je me suis autoproclamé roi avant de l’être, comme tout prétendant au trône" 

Le tour du monde n'est pas fini que Sofiane a déjà pensé l'avenir. 

Quel est son objectif ? Devenir le DJ Snake du piano et réunir comme lui des dizaines de milliers de personnes lors de ses concerts ? "Oui, ça me convient tout à fait. C’est que je vise au piano. J'ai beaucoup de respect pour sa carrière. Je suis très content de rendre le piano plus populaire" 

S'offrira-t-il comme le DJ français le plus suivi au monde un concert depuis le toit de l'arc de Triomphe pour une performance extravagante ? 

"J'ai déjà fait installer un piano devant le Panthéon lorsque j'ai signé avec Universal, pour la photo d'équipe. 

Je veux être le numéro un mondial du piano, je me suis autoproclamé roi avant de l’être, comme tout prétendant au trône. Pour moi, l'arc de Triomphe ça pourrait être dans deux ans maximum", explique l'artiste qui a choisi "Pianoking" comme alias sur Instagram. 

Cela lui va très bien aussi d'avoir été sacré "nouveau visage" du luxe par les professionnels dont certains se sont chargés de l'habiller de vêtements de grandes marques. Le luxe aime mêler les cultures urbaines et le prestige du piano, une stratégie qui se combine avec celle de Sofiane.

Mon ambition c’est de faire partager une musique au piano haut de gamme et populaire

Son intention est de casser les traditions de la musique classique. Jouer et composer aussi bien que Chopin, être aussi populaire et incorrect que les rappeurs. C'est ce qu'il appelle "the piano revolution".

Du portrait fait par sa maison de disque, on a donc la haute couture, le rap, l'artiste inspiré. Le garçon est aussi entrepreneur, et en même temps qu'il lance sa carrière solo, il dirige sa start-up “YouPiano” incubée chez The Family à Paris. Il est également producteur et éditeur, depuis la création de sa société 88 Touches Production. 

Et la main de fer ? Pour un pianiste virtuose c'est mal choisi comme attribut. Mais sa détermination a l'air telle qu'il en faut sûrement une pour orchestrer collaborations artistiques, clips et images grande classe, communication au millimètre. 

Ah, précision, dans l'hypothèse où tout ne se passerait pas comme prévu, s'il ne devenait pas le numéro 1 mondial,  Sofiane Pamart imagine-t-il une autre vie possible ? 

J’attendrai 5 ans ou 10 ans de plus, mais je ne changerai pas d’objectif,  je veux bien être patient s'il y a des embûches  sur la route.

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