Alors qu’une nouvelle mobilisation contre le pass sanitaire est prévue ce samedi partout en France, nos voisins européens connaissent également une vague de contestation à l’égard des nouvelles mesures sanitaires. Des rassemblements souvent dominés par la présence de l'extrême-droite.

Dans plusieurs pays européens, la mise en place du pass sanitaire divise et mobilise contre lui.
Dans plusieurs pays européens, la mise en place du pass sanitaire divise et mobilise contre lui. © Maxppp / Claudia Greco / Avalon

Deux jours après la décision du Conseil constitutionnel qui a validé l'essentiel de la loi, de nouvelles manifestations sont attendues ce samedi en France pour protester contre la mise en place du pass sanitaire. Ailleurs en Europe, d'autres mouvements hostiles à la mise en place de ce laissez-passer se font entendre. Comme dans l'Hexagone, la frontière entre les milieux complotistes, l'extrême-droite et les groupes anti-pass est parfois poreuse. 

En Italie, une difficile mobilisation

L’Italie met en place dès ce vendredi son "Green Pass" dans les lieux publics fermés, comme les restaurants, les bars ou les salles de sport. Moins contraignant que le pass sanitaire français, il est accessible dès la première dose de vaccin ou avec un test négatif réalisé dans les dernières quarante-huit heures.

Si la mesure provoque moins de réticence de l’autre côté des Alpes (deux italiens sur trois y sont favorables), quelques manifestations ont eu lieu ces dernières semaines pour protester contre ces mesures, notamment à Rome, Turin et Milan, rassemblant plusieurs milliers de personnes. Selon Paolo Levi, journaliste et correspondant à Paris pour l’agence de presse italienne Ansa, ces protestations, moins régulières qu’en France, sont principalement tenues par des mouvements d’extrême-droite très durs : "Même si d’un côté les anti-Green Pass bénéficient du soutien de Matteo Salvini, dont le parti est membre de la coalition gouvernementale, on trouve aussi des ‘NoVax’ soutenus par les néofascistes de Forza Nuova". Giorgia Meoni, figure montante de la droite radicale et présidente de Fratelli d’Italia, un autre parti nationaliste, a affiché un soutien clair aux manifestations en cours en profitant des paradoxes de Matteo Salvini pour s’opposer au gouvernement. "Globalement, les Italiens veulent retrouver une vie normale, il n'y a pas vraiment de polémique sur ce sujet", complète le journaliste italien.

Comme en France, les manifestants anti pass ont comparé la situation avec le nazisme.
Comme en France, les manifestants anti pass ont comparé la situation avec le nazisme. © AFP / Anadoly Agency / Riccardo de Luca

Dans les cortèges, on trouve également des organisations comme le Comitato libera scelta (Comité du libre choix), qui tente, tant bien que mal, d’afficher une opposition au Green Pass sans pour autant se revendiquer contre le vaccin. S’il se veut "apolitique", il reçoit néanmoins le soutien de quelques parlementaires italiens comme le sénateur Gianluigi Paragone (ancien membre du Mouvement 5 étoiles) ou le député Claudio Borghi (Ligue du Nord). Une action contre l'instauration de ce passeport a d’ailleurs été menée par plusieurs députés d’extrême-droite au sein même l’hémicycle du parlement italien le 29 juillet dernier, occasionnant une interruption de séance et une certaine confusion générale.  

En Allemagne, des rassemblements interdits mais réguliers

Outre-Rhin, de nombreuses manifestations hostiles aux mesures de lutte contre le Covid-19 ont été interdites par la justice, craignant le non-respect des règles sanitaires. Pourtant, ce 1er août, plusieurs milliers d’Allemands se sont réunis dans la capitale autour du mouvement "Querdenken" ("libres-penseurs"). Ce groupe hétéroclite s’est progressivement constitué au cours de l’année 2020 à Stuttgart, principalement pour s’opposer au port du masque et aux confinements successifs : "Aujourd’hui, le mouvement semble très organisé et déterminé. Beaucoup de manifestations ont été annoncées pour août et, à chaque fois, des bus sont affrétés pour permettre aux manifestants de rejoindre Berlin", commente Pascal Thibaut, correspondant en Allemagne pour Radio France Internationale. 

ce 1er août, plusieurs milliers d’Allemands se sont réunis dans la capitale autour du mouvement "Querdenken" ("libres-penseurs").
ce 1er août, plusieurs milliers d’Allemands se sont réunis dans la capitale autour du mouvement "Querdenken" ("libres-penseurs"). © AFP / DPA Picture-Alliance / Fabian Sommer

Le journaliste constate une très nette radicalisation des manifestations vers la droite et l’extrême-droite depuis le début de la pandémie. Même en Allemagne, les références au nazisme sont présentes : certaines personnes arborent fièrement des étoiles jaunes "Ungeimpft" ("non-vacciné") et d’autres se comparent à la résistance durant la Seconde Guerre Mondiale. Si le parti nationaliste AfD se fait discret dans les cortèges en évitant de brandir drapeaux et banderoles aux couleurs du mouvement, il n’hésite cependant pas à soutenir le mouvement et à relayer les appels sur les réseaux sociaux. Même si l'extrême-droite semble très présente en manifestation, Pascal Thibaut nuance : "On trouve également des personnes situées à gauche, des personnes simplement sceptiques, des groupes un peu plus ésotériques. Mais ces gens sont moins visibles car ils se mobilisent de façon individuelle. Le mouvement des 'libres-penseurs' se revendique apolitique et joue sur cet aspect pour mobiliser davantage".

Difficile de savoir si le mouvement peut perdurer sur la durée. Pour Pascal Thibaut, les prochaines élections législatives du 26 septembre sont un terreau favorable à une massification du mouvement. "Mais, politiquement, les partis institutionnels jouent le jeu et ont accepté les mesures à venir, à savoir le pass sanitaire européen, les futures restrictions pour les personnes non-vaccinées et la fin de la gratuité des tests", observe le correspondant à Berlin. 

Au Royaume-Uni, la nouvelle vague ne dissuade pas les anti-pass

Le 24 juillet dernier, plusieurs milliers de personnes se sont rassemblées à Londres à l’occasion du "Rassemblement mondial pour la Liberté" organisé à Trafalgar Square, alors même que le pays connaissait une hausse très importante du nombre de contaminations ces dernières semaines.

La manifestation à Trafalgar Square le 24 juillet dernier a réuni plusieurs milliers de personnes
La manifestation à Trafalgar Square le 24 juillet dernier a réuni plusieurs milliers de personnes © AFP / ANADOLU AGENCY / Tayfun Salci

Des figures importantes du complotisme se sont succédé à la tribune pour s’opposer à la mise en place du passeport sanitaire à la rentrée prochaine : l’ancien journaliste David Icke, le militant anti-vaccin Piers Corbyn, frère de l’ancien leader du parti travailliste, ou encore Kate Shemirani, une ancienne infirmière qui n’a pas hésité à comparer le personnel du NHS (le système de santé publique du Royaume-Uni) à des "Nazis" en multipliant les références au procès de Nuremberg. Des manifestants ont tenté, plus tard dans la journée, de se rendre devant la résidence du Premier ministre au 10 Downing Street avant d’être stoppé par la police. Plusieurs arrestations ont également eu lieu suite à des échauffourées avec les forces de l'ordre.

Des manifestations similaires ont également eu lieu à Manchester ou Dublin, toutes dénonçant des atteintes graves aux libertés fondamentales et invitant les citoyens à se mobiliser contre les mesures annoncées par Boris Johnson. Alors que le Royaume-Uni venait de lever tout un ensemble de restrictions, le Premier ministre a opéré un virage radical le 19 juillet dernier en annonçant finalement l’entrée en vigueur d’un pass sanitaire pour les lieux à haute fréquentation à partir de fin septembre. Pour obtenir le précieux sésame et accéder à ces lieux, comme les discothèques, il faudra avoir reçu les deux doses de vaccin. Un test PCR négatif ne suffira plus. Par ailleurs, Boris Johnson a souhaité cibler les plus jeunes en annonçant l'élargissement de la campagne de vaccination à tous les 16-17 ans.