Elles sont les nouvelles voix du rap, de la trap et de la pop, et elles sont en train de bousculer l'hégémonie masculine dans ces univers. Les artistes Chilla, Aloïse Sauvage, Sally et Yseult annoncent-elle un nouvel âge pour les musiques urbaines ?

Chilla, Sally (en haut), Yseult et Aloïse Sauvage (en bas).
Chilla, Sally (en haut), Yseult et Aloïse Sauvage (en bas). © .

La présence des femmes dans le monde des musiques actuelles est pour l'instant extrêmement mineure, avec 5 % d'instrumentistes et 17 % d'autrices inscrites à la SACEM, sans parler de leur quasi-inexistence sur les affiches des festivals de rap. Pourtant, les talents ne manquent pas. Derrière le micro, quelques artistes de caractère s'imposent en cet automne. Voici un carré d'as. 

Chilla : la boss, c'est elle

Chilla s'est d'abord imposée avec des titres comme Sale chienne, #Balancetonporc, Si j'étais un homme, sa Lettre au Président (comme Kery James l'avait fait avec sa Lettre à la République). Bref : elle s'affirme sans complexe, tant sur des terrains politiques et sociétaux que plus intimes. Sa première grande tournée en France passera le 20 décembre par la Gaîté Lyrique de Paris. 

La jeune femme vient donc de découvrir son public, avec les titres de son album Mun. Elle s'étonne : "Je vois des gens de 20-25 ans, mais aussi des familles qui viennent avec leurs enfants, des mères qui connaissent les paroles de mes chansons, des hommes qui chantent avec moi Si j'étais un homme ou Je ne veux pas finir comme Bridget Jones" . Il semble donc qu'elle ait réussi le tour de force, en quelque deux ans seulement, de réunir un public éclectique.  

Après des années de conservatoire, des études de violon, de bonnes bases de piano et de guitare, pour elle la musique est avant tout organique. Pour exprimer son "coté rebelle", c'est le rap qu'elle a choisi : "J'ai cherché la spontanéité. J'avais besoin de pouvoir exprimer des choses simplement et rapidement. Je reçois donc des prod', éventuellement c'est moi qui donne quelques accords de base, et puis je pose ma topline et j'écris là-dessus", explique-t-elle. C'est le cas dans Coeur sombre, dans laquelle l'intro au piano sera le leitmotiv. 

Bercée par le blues, le jazz et le reggae apportés par son père, Chilla a consommé la musique de sa génération, le rap donc, et a trouvé l'équilibre entre rap, chant et trap. "Tous ces styles ont peaufiné le mien ; au début je pensais pouvoir tout faire, ça m'a pris un peu de temps de trouver une identité". De là, elle a clairement choisi de creuser les thèmes de ses textes, d'être au plus près de ses sentiments et sensations, et elle n'a pas l'intention de se laisser brider par les clichés sur les femmes ou sur le rap. 

Sally, petite dernière, pas froid aux yeux

Elle s'appelle Marion Cailleau, n'a pas plus de 20 ans, mais joue les princesses sulfureuses dans le clip Corps à Corps. Pour être Sally, elle perche sa voix assez haut pour compléter la métamorphose. Son premier EP vient de sortir, et s'intitule Pyaar ('amour' en indien). C'est donc cela son sujet, pour l'instant : toutes les facettes de l'amour. 

Repérée par Lord Esparanza pour ses reprises sur Instagram, il lui est offert d'exprimer ses talents dans des productions et clips sur le label créé par l'artiste et producteur. Entre soul et pop, avec des mots simples (un peu trop ?), elle évoque désirs et peines de cœur. Elle assume sa bipolarité, maladie qui l'a obligée à interrompre ses études. Elle se croyait faite pour vendre de la vaisselle et des nappes, et là voilà parée de bijoux indiens, de myriades de strass, soufflant à nos oreilles des airs épicés et envoûtants. 

Aloïse Sauvage, ses désirs sont des délires qu'elle n'arrive pas à faire taire

Avec Aloïse Sauvage, les accents rap de ses paroles se lovent dans des mélodies posées avec délicatesse. La jeune fille est une touche-à-tout, prolifique et boulimique. À l'horizontale s'est faufilée sous les casques avec presque autant de certitudes que la pop d'Angèle. Dans Présentement, c'est presque en suspension au-dessus du sol qu'elle chante, au bord de l'envol, et ses syllabes font des acrobaties ("Puissent les astres susurrer leurs astuces").

Aloïse Sauvage écrit ses raps et ses slams depuis longtemps, et compte bien rester fidèle à son univers hip-hop, tout en ayant exploré milles autres facettes de la musique, de la danse et de la vidéo, et être passée par le cinéma. On se souvient de ses passages dans des films remarquables comme 120 battements par minutes (Robin Campillon), Mal de pierre (Nicole Garcia), Les fauves (Vincent Mariette) et Hors normes (Nakache et Toledano).

Yseult, retour en force

Comme Sally, Yseult fait partie de ces artistes que les labels mettent en avant cet automne. L'ex-finaliste de la Nouvelle star n'avait pas encore vraiment réussi à percer, malgré un premier EP en 2015. Elle est revenue début 2019 en clamant un Rien à prouver, bien décidée à mettre tout le monde d'accord derrière sa voix et ses mélodies. 

Son clip Noir, évocation sans équivoque de l'esclavage à l'image, est aussi un titre qui clame sa propre libération. Il vient de sortir et marque un cap esthétique qui lui pourrait lui ouvrir de nouveaux horizons à l'étranger. Entre variété et trap, Yseult compte bien garder son franc-parler, imposer son corps même s'il n'est pas dans les diktats du moment, partager ses maux et son style. Appelez cela l'Y-Trap, avec un Y pour Yseult, car elle a bien l'intention de laisser son empreinte. Elle a d'ailleurs créé son propre label Y.Y.Y pour cultiver son indépendance. Elle entre donc dans les 14 % de directrices de labels et maisons de disques. 

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