L’article 3 de la loi sur la bioéthique, actuellement examiné par les députés, met fin à l’anonymat pour les donneurs de sperme. Au risque d'en dissuader certains de donner leurs gamètes ?

En 2017, 404 hommes ont donné leur sperme, d’après l’Agence de la biomédecine.
En 2017, 404 hommes ont donné leur sperme, d’après l’Agence de la biomédecine. © Getty / KATERYNA KON/SCIENCE PHOTO LIBRARY

Au nom de "l'accès aux origine", l’article 3 de la loi sur la bioéthique, actuellement débattu à l’Assemblée nationale, met fin à l’un des principes clés régissant le système français : l’impossibilité pour les enfants nés par don de sperme de retrouver leur géniteur. Si le texte est adopté, les hommes devront donc obligatoirement consentir à ce que leur identité puisse être communiquée, si l'enfant en fait la demande à sa majorité.

En 2017, 404 hommes ont donné leurs gamètes, selon l'Agence de la biomédecine. Le délai d'attente est de six mois en moyenne. Certains redoutent que la levée de l'anonymat dissuade certains donneurs potentiels et, cumulée à l'élargissement de la PMA, provoque une pénurie de sperme. Qu'en pensent ceux qui ont déjà, par le passé, fait don de leurs gamètes ? Nous avons donné la parole à deux hommes aux avis diamétralement opposés.

Charles, 41 ans : "La levée de l'anonymat est pour moi rédhibitoire"

"J'ai donné mon sperme en 2015. Mais aujourd'hui, si c'était à refaire, ce serait plus compliqué. Si je l'ai fait, c’est pour rendre service à des couples qui n’arrivaient pas à avoir de bébé... pas pour me retrouver potentiellement père et donc redevable vis-à-vis d’une dizaine d’enfants ! J’aspire à avoir une certaine sérénité dans ma vie quotidienne, y compris pour les trente ans qui viennent. Je ne souhaite pas que ce don gratuit, désintéressé, bienveillant, provoque des dégâts collatéraux non souhaités.

J’ai pris la décision d’assumer un devoir citoyen pour pouvoir aider mes compatriotes, pour moi cela fait partie civisme. Ça n'est pas censé pouvoir me poursuivre pendant des années. Ma relation n’est pas avec les enfants, mais avec les familles que mon don a pu rendre heureuses. Donc pour moi, la levée de l'anonymat est rédhibitoire."

Joseph, 64 ans : "Cela ne me pose aucun problème"

"En 1984, j’ai souhaité aider des couples confrontés à la stérilité, et j’assume complètement la suite de cette démarche. Les jeunes adultes issus des dons faits à cette époque recherchent leurs origines. Il ne cherchent pas un père : ils ont en général une famille qui les a beaucoup attendus, beaucoup aimés et éduqués avec beaucoup de soins. Ils veulent simplement savoir d’où ils viennent, à qui ils doivent la moitié de leurs gènes. Et pouvoir mettre un visage, une région, un nom sur cette moitié d’eux-mêmes qui leur manque. C’est une recherche qui me semble légitime.

La loi est d'ailleurs très protectrice dans ce domaine : ces personnes ne paieront pas ma maison de retraite, je n’aurai aucune obligation alimentaire vis-à-vis d’elles, ça ne me pose aucun problème. Donc les futurs donneurs n’ont absolument rien à craindre. Quant à la vision de la horde d’enfants qui sonnent à votre porte, c’est une image d'Épinal ! Il existe bien d'autres moyens de faire connaissance  : par les réseaux sociaux, par email, par téléphone... 

De toute façon, la loi du secret est terminée. À l’époque où j’ai donné mon sperme, on n'imaginait pas les progrès de la génétique, on n'imaginait pas les tests ADN. En ce qui me concerne, et comme beaucoup de donneurs, j'ai effectué  des tests ADN à l'étranger. Et j'espère d'ailleursqu'un jour, leur interdiction en France sera levée."

Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.