Alors que l'épidémie reflue en Chine, une étude montre que les restrictions de déplacements ont eu un rôle majeur pour limiter la propagation du coronavirus. Les chercheurs ont utilisé les données de géolocalisation de Beidou, le GPS chinois, pour arriver à ce résultat.

Les restrictions de déplacement sont levées pour les personnes non malades dans la province du Hubei
Les restrictions de déplacement sont levées pour les personnes non malades dans la province du Hubei © Maxppp / Featurechina Photo Service

En Chine, depuis plusieurs jours, l'épidémie au coronavirus est en passe d'être jugulée. Au point que les restrictions de déplacement sont levées pour les personnes non malades dans la province du Hubei. D'après une équipe scientifique internationale qui publie dans Science, la mise en place d'un cordon sanitaire autour de Wuhan et de fortes restrictions de déplacements ailleurs en Chine ont été déterminantes.

À Wuhan, l'interdiction de voyager a été décrétée le 23 janvier. À cette date là, la plupart des villes chinoises avaient accueilli des voyageurs infectés. Dans la mesure où le temps d'incubation de la maladie est de 5 à 6 jours, beaucoup de personnes se sont en effet déplacées en étant asymptomatiques. On était alors dans la période pré nouvel An, une fête majeure en Chine pour les retrouvailles familiales. 

Nombre de cas et dates clés pendant l'épidémie
Nombre de cas et dates clés pendant l'épidémie / Science

Le GPS chinois, mouchard des déplacements

En analysant les données de déplacement issus du géo-positionnement par Beidou (l'équivalent du GPS américain ou du Galileo européen) et en les croisant avec les données sanitaires, ces chercheurs arrivent à plusieurs constats. 

D'abord, résume Simon Alizon, directeur de recherche au CNRS, "dans les régions autres que celles de Hubei, plus il y a de voyageurs en provenance de Wuhan, plus l'épidémie est forte". Comme cela avait déjà été montré dans une étude le 6 mars (mais sur la base de modélisations, pas des données de géolocalisation), isoler Wuhan a permis de retarder de 3 jours la propagation de l'épidémie aux autres régions chinoises. À l'échelle internationale, l'arrêt des déplacements hors de Chine a réduit de 80% l'exportation de cas, jusqu'à la mi février. 

Le rôle-clé des déplacements en début d'épidémie

Avant la quarantaine imposée à Wuhan, les chercheurs ont repéré hors de la province de Hubei, 515 personnes infectées et arrivant de la ville-épicentre de l'épidémie. Au 31 janvier, une semaine après l'interdiction de déplacement, ils n'ont trouvé que 39 personnes infectées. Preuve de l'impact de la restriction des déplacements dans la propagation du virus. 

Ce qui se passe hors de Wuhan est "remarquablement prédit par le volume de déplacements humains", notent les chercheurs, pour qui "les cas exportés de Wuhan avant le cordon sanitaire semblent avoir contribué à initier des chaînes de transmission locales, à la fois dans les provinces voisines (le Henan par exemple) et dans les provinces plus éloignées (Guangdong et Zhejiang)".  

Selon les données recueillies, dans la province de Hubei, les contaminations à cette période charnière doublent tous les 7 jours, hors de Hubei tous les 4 jours. En clair, plus on s'éloigne du foyer où le cordon sanitaire est en place, plus on voit son effet s'estomper. Des foyers locaux continuent de se développer. 

L'étude montre aussi l'importance des tests pour prédire la progression de l'épidémie. Elle est plus précise quand on croise les données de mobilité et les tests qui vont avec un isolement de la personne.

Les Parisiens ont-ils contribué à étendre l'épidémie ?

Ils concluent qu'en début d'épidémie, quand un foyer est clairement identifié, le cordon sanitaire est très efficace pour faire barrage au virus. Ensuite, quand l'épidémie est plus répandue, les foyers sont autonomes et la corrélation ne fonctionne plus. 

Peut-on appliquer ces conclusions à la situation française ? Est-il par exemple possible d'extrapoler ces résultats aux déplacements massifs des parisiens le week-end qui a précédé le confinement ? Simon Alizon tempère : "D'une part, cette corrélation entre voyages et expansion des cas ne fonctionne qu'au début de l'épidémie et avec un foyer épicentre. Les départs de Paris vers la province n'ont pas eu lieu en début d'épidémie et nous n'avons pas les données chiffrés par les tests" ajoute t-il. Cette hypothèse est clairement à envisager mais on ignore si elle pourra être vérifiée

Enfin, il souligne que ce rapprochement entre voyages et nombre de cas ne vaut qu'à large échelle. "Dans une ville, le confinement n'agit pas de la même manière. C'est alors la transmission environnementale (par contact avec les surfaces, les poignées de porte) et par gouttelettes qui compte le plus". 

Sur le sujet, lire aussi l'article du CDC.

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