Deux ans après un premier référendum, les Néo-Calédoniens votent une nouvelle fois ce dimanche pour décider si oui ou non ils souhaitent l'indépendance de leur île par rapport à la France. Démographie, histoire, statut... 5 thèmes pour cerner la situation.

Une partisane de l'indépendance.
Une partisane de l'indépendance. © AFP / THEO ROUBY

Ce dimanche, 180 640 électeurs, très exactement, devront dire s'ils veulent que la Nouvelle-Calédonie reste française ou accède à l'indépendance. Un premier scrutin, en 2018, avait été remporté par les partisans du maintien dans la France, avec 56,7% des suffrages, mais les indépendantistes ont réclamé une nouvelle consultation. Quelles communautés composent la Nouvelle-Calédonie ? Quelle est son histoire ? Comment a évolué le statut de l'île au fil des années ? On fait le point.

La démographie : "Kanaks" et "Caldoches"

Au dernier recensement de l'Insee, en 2019, la Nouvelle-Calédonie comptait 271 400 habitants. Deux communautés principales la composent : d'un côté, les Kanaks, qui représentent 39% de la population. Ce sont les premiers habitants du pays. De l'autre, les Caldoches : les descendants des colons blancs, qui ont surnommé l'île "le caillou", et qui représentent 27% des Néo-Calédoniens.

Le territoire se situe à 18 000 kilomètres de la France métropolitaine et à 2 000 kilomètres de l'Australie. 7 habitants sur 10 vivent dans la province Sud, où se situe le chef-lieu, Nouméa. L'archipel néo-calédonien se compose d'une île principale, la "Grande Terre", des îles Loyauté (peuplées très majoritairement de Kanaks), de l'île des Pins au sud et des îles Belep au nord.

Le statut de l'île : de colonie à collectivité

La Nouvelle Calédonie est proclamée colonie française en 1853. Deux ans plus tard, l'État français s'attribue la possession des terres. D'abord lieu de bagne et d'exil politique de 1864 à 1896 (y fut notamment déportée Louise Michel, figure majeure de la Commune de Paris), l'île devient un Territoire d'Outre-mer (TOM) en 1946, puis une collectivité française en 1999. 

Avant celui qui se tiendra ce dimanche, un premier référendum sur l'accès à la pleine souveraineté a eu lieu en 2018. Le "Non" à l'indépendance l'a emporté à 56,7%, mais sur fond de percée des indépendantistes.

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Une histoire marquée par le conflit identitaire

En 1878, une grande révolte kanake contre la spoliation des terres éclate. 200 Européens et 600 insurgés sont tués, des tribus rayées de la carte, et 1 500 Kanaks contraints à l'exil.

Les années 1980 ont aussi été émaillées de violences entre les communautés Kanak et Caldoche, dont le point culminant a été la prise d'otage et l'assaut de la grotte d'Ouvéa en mai 1988. 19 militants kanaks et six militaires français ont été tués.

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Un mois plus tard, les accords de Matignon scellent la réconciliation entre les communautés, au travers d'un rééquilibrage économique et d'un partage du pouvoir politique. Suit en 1998 l'accord de Nouméa, signé entre l'État, les anti-indépendantistes (RPCR) et les indépendantistes (FLNKS). Cet accord, dont le préambule reconnaît "les ombres et les lumières" de la colonisation, a doté l'archipel d'un statut unique dans la République française reposant sur une autonomie progressive. C'est d'ailleurs ce même accord de Nouméa qui rend possible un troisième référendum sur l'autonomie d'ici 2022. 

Le paysage politique modelé par la question indépendantiste

Aujourd'hui, la Nouvelle-Calédonie, dotée d'un exécutif collégial, est très largement autonome et les principales compétences restant à l'État sont d'ordre régalien : justice, défense, ordre public et monnaie. 

Sur l'île, la question de l'indépendance est au cœur des débats. D'un côté, le FLNKS, le "Front de libération nationale kanak socialiste". Le parti désire la création d'un État baptisé "Kanaky Nouvelle-Calédonie", qui soit "un pays souverain, démocratique, pluriculturel et laïque". Le FLNKS souhaite, en cas de victoire, "une période de transition de trois ans" pour installer ce nouvel État.

En face, les Loyalistes, front regroupant six partis non indépendantistes dont le principal l'Avenir en Confiance (AEC) mais également le Rassemblement national, souhaitent que la Nouvelle-Calédonie accède "de manière pérenne" à "un statut particulier" dans la France, constitutionnalisé. Selon les Loyalistes, l'indépendance serait "une catastrophe économique" alors que l'État injecte chaque année à la Nouvelle-Calédonie environ 1,5 milliard d'euros.

L'économie : nickel et écarts de richesse

La principale richesse de la Nouvelle-Calédonie est le nickel, métal utilisé pour élaborer l'acier inoxydable. En 2018, l'industrie du nickel représentait 7% du Produit intérieur brut (PIB) de l'île. Un PIB en hausse : il a été multiplié par 1,7 en 15 ans, ce qui équivaut à celui d'une région comme l'Alsace.

La croissance, en revanche, marque le pas depuis 2012, après dix années d'expansion. Elle est soutenue par le commerce extérieur et les transferts de la métropole. Le niveau de vie en Nouvelle Calédonie est d'ailleurs proche du territoire métropolitain, mais avec des gros écarts selon les provinces, le Nord et les îles Loyauté étant particulièrement touchés par la pauvreté.