Presque trois semaines de conflit, principalement dans les transports, ça coûte cher aux salariés. Pour faire face aux pertes de salaires, les syndicats organisent des caisses de grève, permettant aux mobilisés de ne pas trop perdre à la fin du mois. L'une de ces caisses vient de récolter plus de 1,2 million d'euro


Caisse de solidarité de la CGT lors du blocage d'un dépôt de bus de la RATP, le 10 décembre 2019.

Caisse de solidarité de la CGT lors du blocage d'un dépôt de bus de la RATP, le 10 décembre 2019. © AFP / Hans Lucas / Yann Levy

Alors que plusieurs syndicats appellent d'ores et déjà à poursuivre la mobilisation sur les retraites en janvier, la question des pertes de salaires se pose de plus en plus pour les salariés grévistes. En effet, qui dit grève dit journées non payées et donc un trou sur leur bulletin de paie à la fin du mois. 

Si, à la SNCF et à la RATP, le versement du treizième mois a aidé les salariés grévistes en décembre, le défi de la rentrée sera de tenir dans la durée. Pour cela, les syndicats disposent de réserves financières, qu'ils mobilisent pour venir en aide à leurs militants ou de cagnottes pour recueillir de quoi tenir autant que nécessaire.

La cagnotte CGT qui dépasse le million

La cagnotte en ligne sur le site "Le Pot commun" lancée par le syndicat Info'Com-CGT, dès le début du mouvement, en solidarité avec "tous.tes les salarié.e.s", a recueilli à ce jour 1,2 million d'euros. Plus de 18.000 donateurs ont donné chacun entre 1 et 2.000 euros, essentiellement des personnes qui n'ont pas les moyens de faire grève mais aussi des retraités. Près de 100 000 euros proviennent de le "Stream Reconductible", initiative notamment lancée par des Youtubeurs en soutien à la mobilisation

Cette cagnotte va ensuite être répartie entre plusieurs syndicats qui en ont fait la demande, pas uniquement la CGT. La répartition sera décidée par les assemblées générales des syndicats, explique Check News. Info'Com-CGT a d'ailleurs remis mardi un chèque de 250.000 euros issus de la caisse de grève aux salariés de la RATP.

"Avoir les moyens d'instaurer un rapport de force"

Parce que l'argent reste le nerf de la guerre. Pour pouvoir instaurer un rapport de force avec le gouvernement, il faut avoir de solides appuis, en particulier financiers. C'est le cas de la CFDT, syndicat le plus généreux avec ses militants. Comme l'explique L'Obs, le syndicat réformiste a dans ses caisses une impressionnante cagnotte, entre 126 et 132 millions d'euros, soit "200 fois le coût du conflit social à la SNCF l'an dernier", détaille le journal. 

"Laurent Berger a donc largement les moyens" de ce rapport de force, estime l'hebdomadaire qui explique par ailleurs que le syndicat a envoyé à chacun de ses adhérents "un mémo" indiquant la démarche à suivre pour bénéficier de la caisse de grève. 

L'organisation, contrairement à d'autres comme l'Unsa, se veut totalement transparente sur le montant total de la Cnas, la Caisse nationale d'action syndicale. Un capital accumulé au cours des dernières décennies, peu utilisé finalement puisque la CFDT appelle moins souvent que d'autres centrales à des arrêts de travail. 

Elle dédommage ses grévistes à hauteur de 7,30 euros de l'heure non travaillée, à compter du deuxième jour de mobilisation et après une carence de sept heures de grève. Cette indemnisation pleine est accessible dès six mois d'adhésion. 

À chaque syndicat, son niveau d'indemnisation

Du côté de Force ouvrière, l'indemnisation est moins généreuse qu'à la CFDT : 12 euros par jour après trois jours de carence

Cela a pu monter à 50 voire 100 euros par jour, localement en 2018, dans certaines fédérations Sud Rail. Des caisses de grèves dont la centrale Solidaires tient la liste sur son site, qu'elles soient nationales ou locales. La cagnotte de la section éducation a récolté 24 000 euros et "l’argent collecté sera reversé aux syndicats locaux, ce qui leur permettra d’abonder les caisses de soutien locales, et d’organiser la solidarité au plus près des réalités locales", explique Sud éducation. Sud-Rail a jusqu'à maintenant collecté près de 50.000 euros.

Un appel au soutien financier des grévistes

Les salariés mobilisés au sein de la RATP et de la SNCF ont reçu ces derniers jours le soutien d'une cinquantaine de personnalités publiques. Dans une tribune publiée sur Mediapart, un collectif d'artistes et d'intellectuels appelle à soutenir financièrement des grévistes "qui défendent un de nos biens communs, un système de retraite qui, loin d'avoir été octroyé par les patrons, est le fruit des luttes de nos aînés"

Parmi les signataires : l'écrivaine Annie Ernaux, la comédienne Corinne Masiero, le romancier Laurent Binet, le producteur Bruno Gaccio, l'avocat Antoine Comte, ou encore l'ancien footballeur Vikash Dhorasoo et le duo d'humoristes Shirley et Dino. 

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