Face au nombre de demandes de retour à l'école émanant des parents d'élèves, certains directeurs et maires se demandent si la solution n'est pas d'assouplir le strict protocole sanitaire élaboré par le ministère de l'Éducation nationale.

Dans une salle de classe d'une école de Vesoul (Haute-Saône) après le confinement lié à l'épidémie de coronavirus (Covid-19). Trousse d'une élève, 14 mai 2020.
Dans une salle de classe d'une école de Vesoul (Haute-Saône) après le confinement lié à l'épidémie de coronavirus (Covid-19). Trousse d'une élève, 14 mai 2020. © Radio France / Jean-François Fernandez

Ils sont de plus en plus nombreux à vouloir remettre leurs enfants à l'école, comme le constatent, ces derniers jours, beaucoup de directeurs et directrices. Les parents, qui ont vu que la reprise se passait bien pour les élèves qui sont retournés à l'école dès le 12 mai, sont désormais plus rassurés qu'il y a 15 jours. Surtout beaucoup doivent reprendre le chemin du travail et de leur entreprise. Ceux qui restent en télétravail sont fatigués de devoir faire la classe à la maison, en plus de leur travail depuis deux mois et demi. 

Résultat, les directeurs sont face à un casse-tête : comment accueillir plus d'élèves sans un assouplissement du protocole sanitaire très strict, à savoir pas plus de 15 élèves en élémentaire et de 10 en maternelle. 

Les parents veulent remettre leurs enfants à l'école

Le temps d'une conversation au téléphone, Roseline Baret, directrice d'une école maternelle du Var, a déjà reçu quatre e-mails de parents qui souhaitent que leur enfant revienne en classe. "Au départ, environ 50% des parents souhaitaient le retour à l'école de leur enfant. Aujourd'hui, je suis encore dans les comptes mais les listes changent de minute en minute, parce qu'il y a énormément de demandes depuis ces quelques jours", témoigne-t-elle. 

"En effet, les parents d'élèves sont de plus en plus nombreux à vouloir remettre leurs enfants à l'école, pour deux raisons probablement essentielles : la première, c'est que les choses se passent relativement bien et la place d'un enfant est évidemment à l'école. La deuxième raison est naturellement économique, puisqu'il est impossible de reprendre son travail convenablement si les enfants ne sont pas scolarisés", estime pour sa part Agnès Le Brun, vice-présidente de l'Association des maires de France. 

Dans le Var, Roseline Baret avait adopté "un système de deux jours par semaine par enfant" pour son école. "Il me reste quelques places dans chacun des groupes. J'ai aussi une salle de classe vide et une enseignante qui pourrait reprendre le travail, pour un groupe de dix enfants", témoigne-t-elle. Mais les demandes affluent aussi "pour faire une extension à quatre jours de scolarisation par semaine". "Tant qu'on est limités à 10 enfants par enseignant, je ne pourrai malheureusement pas les satisfaire", regrette-t-elle. 

Adapter l'organisation actuelle... et assouplir le protocole ? 

Des demandes qui, sur le plan pratique, posent donc beaucoup de difficultés. "L'organisation d'aujourd'hui ne vaut qu'avec un effectif constant. À quelques unités près, avec quatre ou cinq écoliers de plus, le protocole serait totalement impossible si l'effectif devenait  plus important", poursuit Mme Le Brun.  

Au-delà de la distanciation physique, difficile à respecter, il y a aussi les conditions matérielles : "On a supprimé un WC sur deux, un robinet sur trois. Le nombre de places au restaurant scolaire est aussi limité. Donc si c'est pour étendre le nombre d'enfants, nous n'allons plus pouvoir respecter les gestes sanitaires importants", explique, pour son école, Roseline Baret. 

"Naturellement, les maires n'ont pas l'expertise scientifique, mais il est certain que si les mesures sanitaires étaient desserrées, cela permettrait d'accueillir davantage d'enfants. Il faudrait également que les enseignants soient tous présents et donc, en quelque sorte, que la vie scolaire, que la vie de l'école reprenne son cours", juge la vice-présidente de l'AMF. "Mais sans desserrement de garanties sanitaires, je vois mal comment on peut accueillir davantage d'enfants."

Il est important que le travail se fasse en concertation avec à la fois les autorités sanitaires, les autorités académiques et naturellement, les collectivités qui sont en gestion des lieux.

Desserrer les règles sanitaires et assouplir le protocole ? C'est une solution. Mais la représentante des maires de France insiste sur une étude école par école, commune par commune. "Il est très difficile d'avoir un avis tranché et la configuration des lieux est tout à fait essentielle dans cette appréciation. Il y a des écoles qui ont des classes petites, d'autres plus grandes, des couloirs étroits, des couloirs larges, des déplacements incessants, d'autres pas."  

Agnès Le Brun souligne enfin une équation difficile à résoudre telle un "chemin de crête très étroit" entre le respect de l'égalité républicaine "que l'on doit à chaque élève de France" et d'autre part, les disparités territoriales qui sont réelles, y compris d'un point de vue sanitaire. 

Les syndicats d'enseignants aussi réclament un avis scientifique. Pas question pour eux d'être à l'origine d'une deuxième vague de l'épidémie. Sollicité, le ministère de l'Education nationale ne prend pas position pour le moment sur un éventuel assouplissement du protocole sanitaire et renvoie aux prochaines annonces du Premier ministre.

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