Un système plus juste, plus solidaire ; voilà comment le gouvernement défend la réforme des retraites, citant notamment les Français aux carrières heurtées parmi les gagnants du futur système. Qu'en est-il vraiment ? Voici quelques éléments du débat.

La retraite à points permettra-t-elle de résoudre le problème des carrières hachées ?
La retraite à points permettra-t-elle de résoudre le problème des carrières hachées ? © Maxppp / Thierry Pons

C'est la philosophie affichée de la réforme : contrairement à aujourd'hui, chaque heure travaillée permettra à un salarié de cotiser. Cela permettra de comptabiliser les petits boulots : du baby-sitting au soutien scolaire ; les contrats courts du début de carrière. 

Dans le système actuel, il faut avoir travaillé plus de 150 heures pour valider un trimestre. Cela représente un mois à temps plein. Cela veut aussi dire que pour un mois travaillé, on en gagne deux. 

Lequel des deux systèmes est le plus avantageux ? Ce n'est pas si facile à trancher. Pour l'économiste, Henri Sterdyniak, membre du collectif Nos retraites, le nouveau système sera pénalisant. Parce qu'il revient à "comptabiliser des bouts d'activité plutôt que de garantir un niveau de vie proche de celui de fin de carrière". En effet, le niveau des pensions ne sera plus calculé sur les 25 dernières meilleures années dans le privé, et les 6 derniers mois dans le public. Il le sera sur l'ensemble de la vie active et prendra donc en compte ces débuts de carrière morcelés. Le niveau de pension s'en trouverait forcément affecté. 

Tenir compte du chômage en fin de carrière

Mais "le calcul des 25 dernières meilleurs années est plus complexe", répond le ministère. La moyenne de 25 meilleures années est multipliée par le nombre de trimestres acquis. S'il vous en manque, ça fait baisser votre pension et vous subirez une décote. En clair : aujourd'hui, la durée d'assurance peut être pénalisante. C'est le cas pour 80 000 femmes chaque année, qui doivent attendre 67 ans pour bénéficier d'une retraite à taux plein. Le système actuel créé aussi des trimestres inutiles qui ne permettent pas d'augmenter votre retraite. 

Quand on parle de carrières hachées, il ne s'agit pas seulement des petits contrats d'entrée sur le marché sur le marché du travail. Cela concerne aussi quelqu'un qui se retrouve au chômage en fin de carrière, ou un agriculteur dont le revenu fluctue en fonction des difficultés de son activité. Dans leur cas, le calcul peut être avantageux

Mais ces parcours hachés n'ont pas explosé avec l'évolution du marché du travail. Le CDI reste la norme, 85% des contrats en 2018, contre 11% de CDD, 3% d’intérim selon les dernières données de l'Insee pour 2018. Les contrats courts concernent plutôt le début de carrière, moment où les cotisations sont aussi les plus faibles, ce qui se ressentira sans doute à l'avenir, sur le niveau des pensions

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