Depuis 2015, Magali Laurent est à la recherche de sa fille Lila, trois ans et demi à l’époque, enlevée par son père, parti faire le djihad en Syrie. “Reviens, Lila” est le récit d’une mère qui, malgré l’effroi, continue de chercher son enfant.

Magali Laurent a écrit "Reviens, Lila”, le récit d’une mère qui continue de chercher son enfant emmené par son père en Syrie
Magali Laurent a écrit "Reviens, Lila”, le récit d’une mère qui continue de chercher son enfant emmené par son père en Syrie © DR

La dernière fois que Magali Laurent a vu sa fille Lila, c’était pendant l’été 2016, par Skype. Une des rares communications concédées par son ex-mari. Dix mois plus tôt, prétextant des vacances en Tunisie avec la fillette, il est parti en Syrie, à l’insu de la mère. Sans se douter de rien, Magali Laurent avait préparé la valise de Lila : des vêtements et des jouets pour une semaine.
Un matin, le dernier jour des vacances, elle reçoit un appel de son ex-belle-sœur : la petite ne rentrera pas, elle est avec son père à la frontière turque.

Magali Laurent décrit avec force et précision le choc, la sidération, la police alertée dans un état second : "C’est de la survie. Le cerveau disjoncte. J’étais émotionnellement coupée de tout. Je me voyais flotter au-dessus de moi. Je me suis plongée dans l’action parce que je ne pouvais pas penser."

Après trois mois de silence, elle obtient enfin de voir sa fille par Skype. Elle aura ainsi quelques conversations avec Lila, toujours en présence de son ex-mari, qui lui ordonne de ne pas pleurer: "Je voyais ma fille de trois ans et demi voilée. Elle qui parlait bien pour son âge, mais commençait à chercher ses mots en français. Et elle ne m’appelait plus 'maman' mais 'Magali'".

Si Magali Laurent se reproche quelque chose, c’est de ne pas avoir perçu la radicalisation de son ex-mari. Les signes, pourtant, ne manquaient pas : il s’était mis à fréquenter assidûment la mosquée, s’était laissé pousser la barbe et portait la djellaba. Mais quelques semaines avant son départ, il donnait l’impression de s’être ressaisi. : "Il s’était rasé la barbe, allait chercher Lila à l’école vêtu d’un costume, m’avait demandé de lui imprimer des CV pour chercher un emploi et s’était remis à faire du sport. Je ne me suis rendue compte qu’après, que tout ça, c’était pour dissimuler son projet de départ en Syrie."

Fallait-il partir rejoindre sa fille ?

Lors des rares conversations qu’elles peuvent avoir, Lila demande à sa mère pourquoi elle ne vient pas. Magali Laurent y a pensé bien entendu. Les enquêteurs le lui ont fortement déconseillé : "Je me poserai toujours la question de ce qui se serait passé si j’y étais allée. Pour moi, ce n’était même pas la peur de la guerre. C’était la peur de leur idéologie. Pour moi, ils incarnent les ténèbres. Je n’ai pas eu le courage. Je l’interprète comme une forme de lâcheté."

Depuis cinq ans, Magali Laurent remue ciel et terre. Avec les enquêteurs, bien sûr, avec la Croix-Rouge, et même les reporters qui vont sur place et demandent si quelqu’un a entendu parler d’une fillette française avec un grain de beauté sur la paupière droite. Depuis mars 2017, l’ex-mari de Magali Laurent n’a plus donné signe de vie. A-t-il été tué ? Si oui, qu’est-il advenu de Lila ? Est-elle vivante ? Se trouve-t-elle dans un des camps où sont regroupés les femmes et les enfants de djihadistes ? Impossible de le savoir. “Je ne sais plus ce que c’est que d’avoir des moments de joie intense, d’insouciance, des moments où tout est serein, confie la jeune femme. Tout ça, c’est parti. C’est parti quand il l’a enlevée.”

Il y a deux ans, Magali Laurent a eu un autre enfant, mais le souvenir de Lila ne la quitte pas.

Ce récit, d’une tenue impressionnante, où chaque mot sonne juste, elle l’a écrit pour qu’une trace subsiste de l’existence de Lila. Et pour que peut-être, si Lila vit toujours, quelqu’un la reconnaisse.

>> “Reviens, Lila", de Magali Laurent, écrit avec la journaliste Françoise-Marie Santucci, est publié aux éditions Grasset.