Ce vendredi sort la réédition du “Black Album“ des Américains de Metallica, pour célébrer son trentième anniversaire. Cet album de metal est considéré dans le monde entier comme un classique de la pop culture. Voila pourquoi.

Le "Black Album" devient numéro 1 des ventes dans plusieurs pays dès sa sortie en 1991
Le "Black Album" devient numéro 1 des ventes dans plusieurs pays dès sa sortie en 1991 © AFP / JASON KEMPIN

Il fait partie de ces disques faciles à demander au disquaire, au même titre que le “White Album“ des Beatles, même si en réalité ce n'est que le surnom que les fans leur ont donné à cause de la couleur de la pochette et l'absence de véritable titre. L'album “Metallica“ de Metallica est sorti le 12 août 1991 et 30 ans plus tard, sa réédition ce vendredi rappelle qu'il est toujours un des disques les plus importants de l'histoire, ayant inspiré des générations d'artistes, dans tous les genres et au-delà de la musique. C'est tout simplement celui qui a fait entrer le metal, sa musique, ses codes et sa (contre-)culture, dans la culture populaire.

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Des records partout dans le monde

Avant d'être des rockstars mondiales, Metallica est tout d'abord un groupe de thrash metal indépendant. Avec Slayer, Megadeth et Anthrax, ils inventent au début des années 80 ce sous-genre du heavy metal en jouant très vite et très fort, alors que la mode est aux groupes de glam metal, plus colorés, sirupeux et s'amusant avec la féminité en mettant des jarretelles et du rouge à lèvres. À chaque album, la popularité du groupe grandit, la critique est de plus en plus élogieuse, et ce, sans pouvoir bénéficier d'une diffusion en radio. Le succès ne dépasse donc pas la sphère des amateurs de metal, même si l'album précédent "... And Justice for All" parvient à se hisser brièvement jusqu'à la 6ème position des charts américains.

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Le 30 juillet 1991, le groupe sort son premier single "Enter Sandman", à moins de deux semaines de la publication de l'album, et se classe en 16ème position des charts américains et en 5ème position au Royaume-Uni. En quelques semaines, il s'en vend plus de 500 000 copies, ce qui représente un énorme succès pour un tel groupe. L'album suit la même course à sa publication : numéro 1 aux États-Unis (quasiment 600 000 ventes en une semaine), en Australie, au Royaume-Uni, au Canada, aux Pays-Bas ou encore en Norvège. Depuis 1991, il s'en est vendu près de 17 millions aux États-Unis et plus de 25 millions dans le monde, loin devant ABBA, Bob Marley ou même Eminem. Il est resté plus de 620 semaines (non-consécutives) dans le classement Billboard 200 des meilleures ventes hebdomadaires d'albums depuis sa sortie, la dernière fois en 2020.

Un album pour les amener tous...

Les groupes de metal de la fin des années 70 à la fin des années 80 sont bien souvent considérés par le grand public comme des marginaux, des ahuris un peu bas du front, et même des dangers aux yeux des plus conservateurs et puritains. Ils sont notamment portés aux nues et obligés à s'expliquer (parmi d'autres artistes comme Prince et Frank Zappa) devant le Sénat américain, suite aux accusations répétées de la part du PMRC (Parents Music Ressource Center), un lobby fondé par Tipper Gore (la femme d'Al Gore, avant qu'il ne devienne vice-président des Etats-Unis entre 1993 et 2001, puis prix Nobel de la paix en 2007 pour son militantisme écologiste) qui dénonce la violence et la pornographie supposées de leurs chansons, jusqu'à des messages subliminaux satanistes.

Dès 1985, de nombreux artistes de metal ont été accusés par le PMRC d'inciter à la violence.
Dès 1985, de nombreux artistes de metal ont été accusés par le PMRC d'inciter à la violence. / Capture d'écran

Metallica n'est pas directement visé par la cabale, mais tout le genre souffre tout de même des accusations. Le PMRC parvient à imposer l'inscription d'un logo sur certains albums, le Parental Advisory, un avertissement destiné aux parents pour qu'ils protègent les chastes oreilles de leurs progénitures. Comme beaucoup de groupes, Metallica en fait un argument commercial, et en 1986 colle un sticker s'amusant du puritanisme sur son album “Master of Puppets“ :  

“Le seul morceau que vous ne voudrez certainement pas écouter est 'Damage, Inc' à cause de l'usage à plusieurs reprises de l'infame mot en 'F' [fuck]. Sinon, il n'y a aucun 'shits', 'fucks', 'pisses', 'cunts', 'motherfucker' ou 'cocksucker' sur cet album.“

... et dans les ténèbres les lier

En 1991, Metallica est le groupe le plus célèbre dans le milieu du metal. Mais quand sort le “Black Album“, pour la première fois, une barrière est brisée : c'est le grand public qui est conquis. Les quatre musiciens abandonnent les morceaux complexes, joués à toute vitesse et qui durent 7 ou 10 minutes. Ils adoptent un format radio, poussent des mélodies sur un tempo beaucoup plus lent. Un disque “plus facile à écouter pour quelqu'un qui n'aurait jamais entendu Metallica avant“, reconnaît à l'époque le chanteur et guitariste James Hetfield dans une interview à Rolling Stone. Il s'agit toujours d'un album de metal, mais conçu pour parler à tous. Le groupe compose par exemple des instrumentations qui rappellent celles d'Ennio Morricone et cite même sur le morceau “Don't Tread on Me“ des mesures de "West Side Story". Metallica devient l'ambassadeur d'un genre musical démocratisé et finalement socialement accepté.

Plusieurs morceaux de cet album entrent pour la première fois de l'histoire du groupe dans les playlists des radios. Leur ballade “Nothing Else Matters“ notamment, qui raconte les relations sentimentales longue distance, devient numéro 1 des charts dans plus de 30 pays (y compris des pays où Metallica n'a jamais joué un concert), et même un classique qu'on passe lors des cérémonies et les fêtes de mariage (le clip vient d'ailleurs de dépasser le milliard de vues sur Youtube). Une telle thématique n'avait pourtant pas vraiment sa place dans ce monde très masculin. Après Metallica, d'autres groupes suivirent le mouvement, faisant du metal un genre musical culturellement reconnu au même titre que les autres, diffusé sur MTV, présent lors des cérémonies annuelles de récompenses de l'industrie musicale (Metallica décroche un Grammy en 1992).

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Monument populaire

30 ans après, ce “Black Album“ est devenu un monument de la pop culture. S'il a refroidi les fans de la première heure du groupe de trash metal, il a inondé toute la culture populaire. On retrouve plusieurs morceaux dans les séries Les Sopranos, Les Simpsons, South Park, Dr. House, et dans les films Mission Impossible 2, X-Men, The Big Short ou encore Zombieland. “Nothing Else Matters“, dans une version ré-enregistrée, a même été choisie par Disney pour figurer en tête de la bande originale de leur dernier film sorti cet été, Jungle Cruise.

La réédition qui sort ce jeudi montre à quel point l'album a influencé toutes les générations suivantes de musiciens. Pour l'accompagner sort “The Metallica Blacklist“, une compilation de reprises en forme d'hommage par une cinquantaine d'artistes de monde entier qui évoluent dans tous les styles, des rockeurs Mac DeMarco, Weezer et Idles au jazzman Kamasi Washington, le rappeur Pharrell Williams, la chanteuse pop et country Miley Cyrus, en passant par la pop indienne de Vishal Dadlani, l'électro du Mexican Institure of Sound et même la Française Izïa Higelin. Sans le savoir, vos enfants ont même probablement déjà entendu Metallica en écoutant Aldebert. Le chanteur préféré de vos enfants considère que Metallica a eu autant d'importance que Brassens dans son apprentissage de la musique. Si vous l'avez déjà vu en concert, il vous a peut-être même joué un de leurs morceaux.

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