The Kinks est un groupe de rock qui fut mythique dans les années 1960 et 1970 ("You Really Got Me", "Sunny Afternoon"…) et qui est progressivement tombé dans l'oubli. Michka Assayas a pu interviewer Ray Davies, le chanteur et leader principal du groupe, grande figure de l'outsider britannique !

Ray Davies
Ray Davies © Getty / Larry Busacca / GETTY IMAGES NORTH AMERICA

Michka Assayas a rencontré Ray Davies à Londres, dans ce qui fut le tout premier studio des Kinks, non loin de Muswell Hill où le chanteur a passé la plupart de son enfance.

C'est ma prison, c'est mon enfer sur Terre vous savez... La créativité, vous devez le savoir, peut être très dure parfois. On venait ici avec une idée, et on ne s'autorisait pas à partir avant d'en avoir véritablement terminé. Mais c'était aussi un refuge, un refuge que nous avons perdu, que nous avons abandonné. 

Écoutez l'entretien 

Michka Assayas consacre cette semaine deux émissions aux Kinks, mardi et mercredi. Écoutez l'entretien intégral ci-dessous (en anglais) :

49 min

Interview de Ray Davies par Michka Assayas (septembre 2018)

Ray Davies, une figure d'artiste torturé

Oublier d'où l'on vient, c'est un peu le mal cliché des artistes, mais Ray Davies admet que ça lui est bel et bien arrivé : « Particulièrement en tournée, surtout quand nous étions sur la route aux Etats-Unis dans les années 1970. Le Madison Square, La Nouvelle Orléans, Los Angeles, Chicago... Vous ne savez déjà plus où vous êtes à un moment donné, alors oui vous vous perdez vous-même. Finalement vous vous sentez très seul et complètement isolé. Je me souviens d'un soir à Chicago, je prenais un verre et je me demandais “Je ne sais même pas où je suis, je joue à Chicago ce soir mais où suis-je au juste ? Je veux rentrer chez moi.” »

Mais qui était alors le vrai Ray Davies, l'homme derrière l'artiste, derrière le musicien ?

Ray Davies : « Pour moi, la tristesse est la plus grande des émotions. Vous savez j'étais un enfant très perturbé. Vous voyez le film Les 400 coups de Truffaut, j'étais comme lui. Ma famille n'était pas pauvre mais nous avions beaucoup de conflits. J'étais un enfant isolé dans une grande famille. J'avais cinq sœurs et à cette époque les jeunes gens se mariaient très vite mais beaucoup n'avaient pas les moyens de se payer un logement alors ils restaient tous à la maison. Ça devenait très vite la cohue, et les rapports familiaux devenaient dysfonctionnels. [...] J'avais pris l'habitude de passer tout mon temps dehors, dans les rues. J'avais quelques amis mais j'étais quand même assez isolé. Et je me suis plongé dans l'écriture, l'écriture de chansons. J'ai découvert que c'était mon outil d'expression. »

Durant sa carrière, Ray Davies a subi de multiples rumeurs, notamment celle d'avoir tenté de se suicider sur scène, en plein concert... Il explique au micro de Michka Assayas : « C'était à Londres, je n'étais pas très bien, mon mariage venait de se briser... j'étais en train de me battre avec mes propres émotions et je devais faire ce concert devant des centaines de personnes... Vous n'allez pas bien alors vous prenez des cachets, et puis ça ne va toujours pas mieux alors vous en reprenez... Finalement on m'a sorti de scène, des gens ont pensé que j'avais essayé de me suicider mais je n'ai jamais fait cela. Je suis déjà sorti de ma maison en hurlant mais je n'ai jamais tenté de m'ôter la vie. »

Dépressif, bipolaire... ? De nombreux adjectifs de ce genre entouraient le personnage de Ray Davies dans les grandes années du groupe. Et à l'entendre en parler, il a son propre point de vue sur les névroses :

Je n'ai jamais été diagnostiqué dépressif. J'ai plus des troubles bipolaires. Mais vous savez dans le monde, 80 % de la population est en détresse affective, et les 20 % restant sont fous. Les seules personnes qui sont vraiment saines sont les psychopathes, parce qu'il n'ont d'empathie pour personne. Être fragile, être sensible émotionnellement, c'est normal, c'est être dans la norme. Sans les secrets, les émotions, la dépression, la bipolarité... les gens ne pourraient pas continuer à vivre et à travailler.

The Kinks sur scène, ici en 2012
The Kinks sur scène, ici en 2012 © Getty / KEVIN WINTER / GETTY IMAGES NORTH AMERICA

“Village Green” : de l'album au documentaire

Si Ray Davies est de retour dans ce studio, c'est pour une raison bien particulière : il se tourne actuellement un documentaire sur Village Green, un projet central du groupe, à travers lequel ils voulaient s'émanciper de la pression de l'industrie de la musique, des managers, des tourneurs, des attachés de presse... et livrer un oeuvre pastorale sur l'Angleterre rurale... Un projet qui se concrétisa et qui les mena en 1968 à sortir l'album The Kinks Are the Village Green Preservation Society. Un album qui fut un échec commercial au moment de sa sortie, mais dont la qualité musicale a fini par être reconnue plus tard... à tel point qu'il représente aujourd'hui l'album le plus vendu du groupe !

Si l'album n'a pas fonctionné au moment de sa sortie, c'est qu'il est arrivé pendant une période marquée par l'extravagance, les musiques psychédéliques... The Rolling Stones, The Who, Small Faces... ils avaient tous pris un tournant rock psychédélique, mais les Kinks eux suivaient un chemin complètement différent. Eux formaient un groupe de jeunes de vingt ans, qui étaient arrivés sur scène avec une musique rock garage très dynamique et devenaient soudainement sarcastiques et nostalgiques...

Aller plus loin

► Écoutez Very Good Trip de Michka Assayas consacré aux Kinks, en trois parties : lundi 15, mardi 16 et mercredi 17 octobre.

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