Face à l'épidémie et à la crise sanitaire, le tournoi de Roland Garros a, comme beaucoup d'événements sportifs, été reporté. Les joueurs devront se passer de ces quinze jours ancrés dans la culture collective au mois de mai. Mais s'il est reporté à la fin septembre, le tournoi devra peut-être se jouer à huis clos.

Le court Philippe Chartier, plus connu sous le nom de Central, aurait dû présenter une nouveauté en ce mois de mai, avec un toit flambant neuf
Le court Philippe Chartier, plus connu sous le nom de Central, aurait dû présenter une nouveauté en ce mois de mai, avec un toit flambant neuf © AFP / Martin Bureau

C'aurait dû être l'événement sportif de ce week-end : c'est ce dimanche que le tournoi de Roland-Garros aurait dû débuter, Porte d'Auteuil à Paris, avant que la Fédération française de Tennis ne décide, en mars dernier, de reporter le tournoi au mois de septembre en raison de la crise sanitaire liée à l'épidémie de Covid-19.

Même si pour l'heure rien n'est officiel, Roland-Garros 2020 devrait se tenir du 27 septembre au 11 octobre. C'est donc la première fois que le tournoi ne se jouera pas fin mai, comme le veut la tradition. "Depuis que j'ai quatre ou cinq ans, je le regardais à la télé... c'est un truc de fou, c'était totalement inenvisageable, si on nous avait dit ça l'an dernier, jamais on ne l'aurait cru", confie Richard Gasquet, déboussolé. "Pour les autres sports c'est pareil, c'est inédit et incroyable, mais c'est comme ça. Et puis, ce n'est que du sport, il ne faut pas l'oublier, il y a toujours des choses plus importantes que Roland-Garros", se résigne-t-il. 

Dans le même état d'esprit que son compatriote, Lucas Pouille est venu s'entraîner, vendredi, sur les courts de Roland Garros. Sans objectif précis, mais avec une pointe de nostalgie... et un peu d'humour : "Ce qui est incroyable c'est qu'il fait beau ! Il n'a jamais fait beau pour les qualifications et les premiers tours... et comme par hasard il fait 27 degrés depuis huit jours. En tout cas, ça fait bizarre de revenir ici, à cette période, c'est un événement qu'on attend avec impatience à chaque fois... c'est un peu particulier de venir taper la balle une heure et de repartir ensuite". 

Certains, comme Nicolas Mahut, se sont déjà faits à l'idée d'un tournoi fin septembre : "On est vite passés à autre chose. C'est paradoxal comme les choses vont vite : on sait déjà que _Roland, ce n'est pas mai, c'est un objectif potentiellement au mois de septembre_, alors que d'habitude à cette période on est en train de regarder la météo... ce sont des habitudes qu'on perd petit à petit. Mais on est déjà concentrés sur le mois de septembre". 

Fin septembre oui, mais... dans quelle conditions ? Pour l'heure, la Fédération française de tennis étudie toutes les options, y compris celle d'organiser Roland-Garros à huis clos. Ce serait un événement historique car jamais un tournoi de Tennis - et a fortiori l'un des tournois du Grand Chelem - ne s'est déroulé sans public. 

Le Central de 15 000 places complètement vides, des arbitres mais pas de spectateur, pas d'applaudissement, ni d'acclamation, en somme pas le moindre bruit si ce n'est celui des balles qui filent : l'image est saisissante, un peu baroque et pour le moins surréaliste : "Le tennis, ça se fait avec le public, avec les spectateurs. Il vaut mieux faire un Roland Garros à huis clos que pas faire de Roland Garros, même si ce ne sera pas le plus beau possible. A choisir, dans une année si difficile, je pense qu'il faut pouvoir jouer. C'est important que ça puisse se faire", pour Richard Gasquet. 

Mais pour beaucoup, jouer à huis clos reste la moins mauvaise des solutions. Pour Grégoire Barrère, 95e joueur mondial, il est capital que Roland Garros soit organisé, même sans public : "C'est mieux que rien, pour l'économie du tennis, pour la Fédération, pour les joueurs. Si on peut jouer même à huis clos, on sera tous présents, de Rafa [Nadal, ndlr] jusqu'au 250e mondial pour les qualifications". "Est-ce que le huis clos est une solution ? Je n'en sais rien. Il faut laisser cela aux experts, il faut être prudent et patient" nuance Nicolas Mahut, plutôt dans l'expectative. 

Difficile toutefois pour tout le monde d'imaginer le tennis sans la ferveur du public, mais "si c'est la seule solution, que sinon économiquement ce sera dur pour le tournoi et les joueurs, alors il faut le faire. Mais pour moi, ça enlève du prestige à un tournoi du Grand Chelem de jouer comme ça" selon Lucas Pouille, qui imagine aussi des marches sur le central sans ramasseurs de balles, et des situations qui s'anonncent cocasses : "On va passer plus de temps à courir après les balles qu'à jouer !".

Si "Roland" devait se dérouler à huis clos, les organisateurs perdraient 130 millions d'euros (50 millions de revenus en billetterie et 70 millions en "hospitalité"), ce qui correspond à la moitié de son chiffre d'affaires.

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