Avec la fermeture des commerces, et la suspension des chantiers, de nombreux artisans, indépendants et auto-entrepreneurs n'arrivent plus à joindre les deux bouts. Des profils qui n'ont pas l'habitude de se tourner vers le Secours Populaire, mais qui désormais font appel à la solidarité pour se nourrir.

Depuis le début du confinement le Secours Populaire aide 20 à 50% de personnes supplémentaires dans certains départements
Depuis le début du confinement le Secours Populaire aide 20 à 50% de personnes supplémentaires dans certains départements © AFP / Hans Lucas / Patricia Huchot-Boissier

Jean-Louis est artisan, à son compte depuis 2009. Il pose des cuisines dans la région de Limoges, une prestation de services pour l'entreprise Leroy Merlin. "Il s'est trouvé que Leroy Merlin a pris la décision de fermer son magasin à Limoges", explique Jean-Louis. "Je dois avoir cinq ou six chantiers qui sont en cours, mais du jour au lendemain je n'ai plus pu installer mes cuisines. On a un service dédié à Leroy Merlin pour nous tenir au courant de la situation, mais eux-mêmes ne sont pas encore livrés. Donc, ça veut dire que même quand le confinement va être levé, à mon avis, ça va prendre une ou deux semaines avant qu'on puisse réorganiser toutes les livraisons."

Sans aucune activité depuis la mi-mars, Jean-Louis passe d'un chiffre d'affaire mensuel de plus de 6 000 euros à l'aide de l'État de 1 500 euros. "Tout est passé dans les charges que je n'ai pas réussi à reporter. La première semaine du confinement tombait en même temps que les prélèvements de la TVA et de l'Urssaf", explique-t-il. Se rendant compte qu'il ne va pas tenir financièrement, il décide alors de constituer un dossier pour demander le RSA, sans réponse de la CAF, puis se tourne vers une assistante sociale. "Elle m'a débloqué rapidement une aide de la région de 220 euros par mois. Mais sinon, rien d'autre. Donc, quand j'ai vu comment ça se goupillait, il y a trois semaines j'ai appelé le Secours Populaire."

Pour la première fois obligé à demander de l'aide

Le lendemain, un bénévole lui apporte un colis alimentaire pour deux semaines. "Des pâtes, des conserves, mais aussi des œufs de ses propres poules ! C'était vraiment très, très aimable." À 59 ans, Jean-Louis fait appel pour la première fois à l'aide alimentaire du Secours Populaire : "Je leur dois une fière chandelle parce que sinon, je pense que je n'aurais pas pu donner à manger à mon fils, et je peux vous garantir qu'un gamin de 17 ans, ça bouffe. Il fait pas semblant."

"Mais il ne faut pas se voiler la face", explique l'artisan, "s'il n'y a pas un petit peu de rentrées d'argent, le loyer va vite devenir un problème. L'électricité et le gaz, c'est pareil, et si je dois payer des arriérés après le confinement, ça va me faire des sommes astronomiques."

Des situations comme celle que traverse Jean-Louis, de plus en plus de commerçants, et d'indépendants y sont confrontés, constate Jean Stellittano, secrétaire national du Secours populaire : "Depuis maintenant une semaine à dix jours, on a des gens qui nous disent que leur frigo est vide, qu'ils ont besoin d'aide. Ils sont commerçants, leur femme est commerçante. Ils n'ont plus d'activité, et ne s'en sortent pas avec les aides de l'État, quand ils y sont éligibles. On les sent un peu perdus, surtout les petits auto entrepreneurs. Beaucoup nous disent 'voilà, j'ai démarré une activité il y a 6 mois, j'y ai mis toutes mes économies, et j'ai plus de revenu, plus aucune ressource'."

Des personnes qui ont le plus grand mal à se signaler

Ces profils, explique Jean Stellittano, ont du mal à recourir au Secours Populaire : "Ce sont parfois les amis des auto-entrepreneurs qui nous contactent. Il y a vraiment un constat d'échec pour eux, une remise en question totale. Le coté psychologique est très, très tendu par rapport à d'autres catégories sociales. On a de vraies craintes sur l'état de santé mentale, sur le risque de suicide, et le risque de violence."

Depuis le début du confinement, le Secours Populaire aide 20 à 50% de personnes supplémentaires dans certains départements. Alors que toutes ses collectes sont à l'arrêt, l'association appelle aux dons sur son site

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