Alors que Florence ou Naples rouvrent leurs musées, à Venise le Carnaval aurait dû débuter la semaine prochaine mais rien, il n'y aura rien... Venise se meurt et ne voit pas d'issue à cette crise.

Cette année, Venise ne vivra pas son traditionnel Carnaval
Cette année, Venise ne vivra pas son traditionnel Carnaval © Radio France / Bruce de Galzain

"Les portes sont historiques, donc un peu fragiles", raconte le maître des lieux. Il tient le célèbre café Florian, place Saint Marc, vieux de 300 ans mais fermé actuellement. D'habitude, le directeur Renato Costantino voit passer 2 000 personnes.

"Nous faisons un chiffre d'affaires de 8,5 millions d'euros par an, normalement. En 2020, on a fait 6 millions de moins, et l'État nous a donné seulement 160 000 euros. On demande des aides plus consistantes, car on doit payer les frais fixes, le loyer… Sans tourisme, Venise meurt !"

La place Saint-Marc vidée de ses touristes en plein hiver
La place Saint-Marc vidée de ses touristes en plein hiver © Radio France / Bruce de Galzain

"J'ai bien plus peur pour 2021 que pour 2020"

Dépité et sans grand espoir, Renato Costantini referme les portes du Florian.  À quelques pas de là, une autre institution, la Fenice, est vide elle aussi, mais au travail, car l'orchestre donne quelques concerts gratuits sur Internet.

Une répétition au pianoforte, avant que Fortunato Ortombina, le surintendant et directeur artistique du théâtre, arrive sur scène, inquiet lui aussi : "J'ai bien plus peur pour 2021 que pour pour 2020. Au niveau économique, ce sera une année difficile, car un tiers de nos ressources viennent de la billetterie. Donc on doit  compenser, on doit trouver un système pour avoir une saison viable. Mais on n'a pas de visibilité, c'est très difficile."

La mafia en embuscade

Sans touristes, Venise n'a plus un sou : il représente 3 milliards d'euros par an, et l'an dernier elle en a perdu 2,5 milliards, selon Claudio Scarpa, le directeur de l'association vénitienne des  hôteliers. Il voit Venise, fragile, à la merci d'investisseurs pas toujours recommandables.

"On nous appelle de France, d'Allemagne, d'Autriche, et ça on l'accepte", reconnait-il. "Mais il peut aussi y avoir des capitaux illicites ! Récemment, on a eu une alerte sur les Chinois, mais franchement ils m'inquiètent beaucoup moins que la Ndrangehta de Calabre et les Casalesi de Campanie [deux organisations mafieuses, NDLR]. Le ministère public a fait un travail exceptionnel, et a découvert des infiltrations mafieuses : et ça, c'est vraiment angoissant !"

Dans la brume de l'hiver, Venise perd finalement de sa magie.