L’association UFC- que choisir a annoncé que 185 produits cosmétiques courants (dentifrice, gel douche, déodorant, lingettes…) contiennent des substances préoccupantes.

L’association UFC- que choisir a annoncé que 185 produits cosmétiques courants (dentifrice, gel douche, déodorant, lingettes…) contiennent des substances préoccupantes. Mathieu Vidard et Axel Villard s’interrogent pour la Une de la science sur les risques réels. Olivier Andrault, chargé de mission pour UFC-Que choisir et Fabien Guibel, dermatologue à l’hôpital Saint-Louis apportent quelques éclairages sur ce que contiennent nos cosmétiques du quotidien.

produits cosmétiques rayon supermarché
produits cosmétiques rayon supermarché © MaxPPP

Qu’avez-vous trouvé avec cette enquête ?

Olivier Andrault : On a cherché 12 composés considérés comme préoccupants dans des produits de tous les jours. On ne les a pas analysés, on a juste utilisé les étiquettes indiquant la composition.On a donc détecté des perturbateurs endocriniens (101 produits en contiennent), des allergènes (66 produits en contiennent). Et ceci pas uniquement sur des produits destinés aux adultes mais aussi ceux pour les jeunes populations. Par exemple, on a trouvé du Phenoxyethanol (un conservateur considéré comme toxique à forte dose pour le foie et le sang) dans pas moins de 8 marques de lingettes pour bébés.

Est-ce que ces composés jugés préoccupants par l’UFC Que Choisir le sont aussi pour vous en tant que dermatologue ?

Fabien Guibel : Ils le sont si on les prend isolement. Il faut voir à partir de quoi on définit comme préoccupant un produit. C’est en général à partir d’études in vitro, et ensuite à partir d’études in vivo (sur animaux) que l’on détermine cela, sans oublier que ce qui peut être toxique pour un rat ou une souris ne l’est pas forcément pour un humain. Et ensuiteil faut prendre en compte les doses utilisées . Par exemple, la saccharine (faux sucre) a encore la réputation d’être cancérigène. Sauf que les quantités de saccharine données aux souris qui ont développé des cellules cancéreuses étaient exceptionnelles, à tel point que l’on peut penser qu’elles auraient sans doute développé les mêmes symptômes avec des quantités identiques de fromage. Les quantités administrées aux animaux sont totalement déconnectées de la réalité du consommateur. On ne retrouve jamais les mêmes doses. Il faut bien sûr être vigilant et c’est très bien que l’UFC que choisir attire l’attention des consommateurs, cependant on ne peut pas affirmer pour autant que le produit est toxique . Et cela pose aussi un autre problème, c’est que nous n’avons pas forcément de quoi remplacer ces molécules signalées.

Olivier Andrault, quelle est votre réaction à cette remarque ?

O. A : Nous ne sommes pas scientifiques à l’UFC Que choisir. Nous avons simplement utilisé les recommandations par exemple sur le Propylparaben, la Methylisothiazolinone (allergène fortement mis en cause ces derniers temps) et le Phenoxyethanol.La dose fait l’effet effectivement. Ce n’est pas seulement celle que l’on met, ou celle que le fabricant met mais c’est aussi l’exposition répétée aux molécules qui est à prendre en compte. Et d’autant plus si le produit est rincé ou si le produit est porté (comme typiquement une crème de visage). Ces éléments déterminent l’appréciation des risques évoqués.

A quoi sert un conservateur dans un produit cosmétique ?

O. A : Beaucoup de nos produits cosmétiques ont deux composantes principales : de l’eau et du gras reconstitué par ces composés (pour hydrater et préserver la peau).L’analogie avec la mayonnaise est ainsi idéale . Le problème quand on fait un mélange d’eau et de gras c’est que cette émulsion est un terrain de jeu parfait pour les bactéries. Or on n’aurait pas l’idée de resservir de la mayonnaise des mois après l’avoir fait, et pour autant c’est ce qu’on fait avec les cosmétiques. D’où l’intérêt des conservateurs.

Quel est le message finalement puisqu’on n’a pas de preuves d’effets néfastes ?

O. A : Il n’y a pas seulement des perturbateurs endocriniens relevés mais aussi des produits toxiques à forte dose (Phenoxyethanol), qui ne devraient pas se trouver dans les produits destinés pour les bébés par exemple et applicables sur les fesses, or 8 en contiennent.Depuis de longue date des alertes d’allergologues signalent ces produits et préconisent l’arrêt des produits sans rinçage contenant de la Methylisothiazolinone.

Faut-il regarder les étiquettes avant d’acheter ?

F. G : Oui c’est très important. L’objectif c’est de mettre en perspective. Toutes ces données sont importantes à avoir en tête, mais tous les produits ne sont pas concernés ou pas tous de la même manière. La toxicité dépend de la dose. Les consommateurs ne doivent pas se dire qu’il y a du poison partout . Même si régulièrement les cosmétiques sont vendus avec des vertus qui n’ont rien à voir avec la réalité.

► ► ► PRATIQUE : La carte repère des molécules toxiques proposée par l'UFC-Que Choisir (ci-dessous) et la liste complète des produits épinglés.

►►► ALLER PLUS LOIN | réécoutez l'émission scientifique "La Tête au carré" dans son intégralité

carte repère molécules toxiques produits cosmétiques UFC-Que choisir
carte repère molécules toxiques produits cosmétiques UFC-Que choisir © Radio France
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