C'est le constat alarmant que dresse des chercheurs français du Centres d'études biologiques de Chizé, dans un communiqué publié par le CNRS, le 27 juillet. Grâce à des images satellites, ils ont observé une diminution de la taille de la colonie des manchots royaux en Terres australes françaises.

Selon une étude réalisée par une équipe de l'Institut pluridisciplinaire Hubert Curien, 70% des manchots royaux pourraient disparaître d'ici la fin du siècle.
Selon une étude réalisée par une équipe de l'Institut pluridisciplinaire Hubert Curien, 70% des manchots royaux pourraient disparaître d'ici la fin du siècle. © Maxppp / John Shaw

C'est sur l'île aux Cochons, dans l'archipel de Crozet, sur les Terres australes françaises de l'Antarctique, que se trouvait la plus grande colonie de manchots royaux au monde et la deuxième plus grande colonie de manchots toutes espèces confondues. Seulement voilà, depuis les années 2000 cette colonie a perdu 88 % de sa population, soit plus de 1,5 million de manchots. Il y a 36 ans, elle en comptait 2 millions. C'est la conclusion des chercheurs français du Centres d'études biologiques de Chizé, en collaboration avec l'université du Cap, en Afrique du sud.

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"Nous connaissions cette colonie depuis les années 1960. Mais la dernière visite sur l'île remonte à 1982, raconte Henri Weimerskirch, directeur de recherche à Chizé et signataire des travaux. En 2016, lors de l'expédition Antarctic Circumpolar Expedition, un hélicoptère a survolé la colonie et a pris toute une série de photographies. En visionnant les images, nous nous sommes aperçus que la colonie était beaucoup plus petite que ce que nous avions observé dans les années 1980. Pour essayer de comprendre, nous avons cherché dans notre banque d'images satellites toutes les photographies d'archives pour voir l'évolution de la colonie au cours du temps."

Une découverte inquiétante 

Lorsque les chercheurs visualisent les images satellites c'est "une grosse surprise, se souvient Henri Weimerskirch. On voyait très bien les regroupements de manchots. Mais la colonie était devenue minuscule par rapport à ce que nous connaissions. Il faut savoir qu'auparavant, cette colonie représentait un tiers de la population mondiale des manchots royaux !" 

Grâce à ces images satellites haute résolution, les chercheurs sont parvenus à mesurer les contours de la colonie année après année. Les images ont confirmé ce que les chercheurs avaient découvert sur les photos de l'hélicoptère, à savoir l'incroyable déclin du nombre de manchots depuis le début des années 2000. 

Les chercheurs émettent plusieurs hypothèses 

Le phénomène climatique "El Nino" serait à l'origine de cette chute démographique. Il s'agit d'un réchauffement accentué des eaux près des côtes de l'Amérique du Sud. "Ce réchauffement a provoqué le déplacement du front polaire, riche en poissons, vers le sud", explique Henri Weimerskirch. Et de poursuivre : "Nous suivons une colonie de manchots royaux sur une autre île, non loin de l'île aux Cochons. Là-bas il y a une base et nous avons pu observer les conséquences d'El Nino. À la fin des années 1990 il y a eu une très forte diminution de la population de manchots à cause de ce phénomène. Car, au lieu de parcourir 300 ou 400 kilomètres pour trouver leur nourriture, les manchots ont dû faire des distances beaucoup plus longues, entre 600 et 700 kilomètres. Ils ne pouvaient plus nourrir leurs poussins. Ils mourraient de faim. Cela devenait aussi très difficile et épuisant pour les manchots adultes. Mais c'est un événement ponctuel, ensuite la situation redevient normale", ajoute le chercheur. 

Delta Images / Image Source

Dans le cas de l'île aux Cochons, la diminution de la population est telle qu’El Nino ne peut pas être le seul responsable. Les chercheurs évoquent d'autres facteurs. Notamment le processus de "densité-dépendance" : plus une population est grande, plus la compétition entre les individus pour se nourrir est rude et ralentit la croissance de tout le groupe. Ce qui s'est probablement passé à l'île aux Cochons étant donné l'immense colonie de manchots.

Enfin, les maladies sont des hypothèses à prendre en compte. Le choléra aviaire, par exemple, sévit en ce moment-même au sein de populations d'oiseaux de mer, comme l'albatros dans l'océan Indien, ou encore les manchots sur l'île de Marion. 

Malgré toutes ces explications, les chercheurs se rendront sur place l'année prochaine pour faire un point sur la situation. Car une extinction de cette ampleur inquiète et demande des études de terrains approfondies. Un groupe va se former pour mener l'expédition. Il sera composé de chercheurs du CNRS en collaboration avec l'Institut polaire français Paul-Emile Victor et l'équipe de la réserve naturelle des Terres australes françaises. 

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