C'est sur ces deux portes qu'avaient été écrites les inscriptions "Omar m'a tuer" et "Omar m'a t" avec le sang de la victime
C'est sur ces deux portes qu'avaient été écrites les inscriptions "Omar m'a tuer" et "Omar m'a t" avec le sang de la victime © MaxPPP

Des traces d'ADN "exploitables" ont été mises en évidence dans de nouveaux prélèvements dans l'affaire Omar Raddad, jardinier marocain condamné pour le meurtre en 1991 de sa patronne Ghislaine Marchal, qu'il a toujours nié.

De nouveaux prélèvements ont mis en évidence des traces d’ADN "exploitables" dans la retentissante affaire Omar Raddad, le jardinier marocain condamné pour le meurtre en 1991 de Ghislaine Marchal, alors son employeur. L’homme avait toujours clamé son innocence.

> REECOUTEZ - Affaires sensibles "Omar Raddad, un coupable désigné"

Son avocate, Me Sylvie Noachovitch, s’était appuyée sur la loi du 20 juin 2014 visant à assouplir les critères pour obtenir la révision d'un procès, et avait obtenu de la part du parquet de Nice que soient ordonnés de nouveaux prélèvements sur deux portes et un chevron qui se trouvaient sur la scène de crime.

Les traces d’"Omar m’a tuer" pourraient être exploitées dans les mois qui viennent

C'est sur ces deux portes qu'avaient été écrites les inscriptions "Omar m'a tuer" et "Omar m'a t" avec le sang de la victime. Ces traces n'ont pas encore été exploitées et devraient l'être "dans les mois qui viennent", selon le parquet de Nice. Qui précise qu’il convient de "rester extrêmement prudent quant aux identités génétiques recueillies sur ces traces", qui "peuvent provenir des protagonistes de l'affaire tout autant que de manipulations ultérieures aux faits". Ces traces devront être comparées au Fichier national automatisé des empreintes génétiques. Me Noachovitch espère que l'exploitation de ces ADN permettra de découvrir qui est le "véritable" meurtrier.

l’ADN pourrait simplement provenir de personnes qui ont manipulé les objets au moment des faits, comme de personnes qui ont manipulé ultérieurement les scellés

"Il me semble un peu prématuré de dire quoique ce soit de pertinent puisque l’ADN pourrait simplement provenir de personnes qui ont manipulé les objets au moment des faits, comme de personnes qui ont manipulé ultérieurement les scellés, qui sont anciens, et les auraient pollués de leur propre ADN", explique ainsi Jean-Michel Pretre, le procureur de Nice.

> Jean-Michel Pretre, procureur de Nice :

Jean-Marie Rouart est écrivain, il connait bien cette affaire pour avoir publié un livre-enquête en 1994 "Omar, la construction d'un coupable" en collaboration avec un détective privé.Pour lui, ces nouvelles analyses devraient permettre d'ouvrir un procès en révision et d'innocenter définitivement Omar Raddad de ce crime.

Jean-Marie Rouart répond à Gabriel Massenot

L’affaire Omar Raddad en dates :

  • 23 juin 1991 : Ghislaine Marchal, 65 ans, est tuée de plusieurs coups de couteau dans la chaufferie de sa villa de Mougins où l'on retrouve une inscription en lettres de sang: "Omar m'a tuer".

  • 27 juin 1991 : Omar Raddad, le jardinier de Mme Marchal, est inculpé d'homicide volontaire et écroué à Grasse. Il niera toujours les faits.

  • 23 août 1991 : selon des expertises graphologiques, Mme Marchal a écrit de sa main "Omar m'a tuer".

  • 2 fév 1994 : Omar Raddad condamné à 18 ans de réclusion criminelle par la Cour d'assises des Alpes-Maritimes.

  • 9 mars 1995 : son pourvoi est rejeté par la Cour de cassation.

  • 4 sept 1998 : Omar Raddad est libéré après plus de sept ans de prison. Il bénéficie d'une libération conditionnelle après une grâce partielle accordée le 10 mai 1996 par le président Jacques Chirac.

  • 27 jan 1999 : dépôt d'une requête en révision auprès de la Cour de cassation.

  • 2 fév 2000 : la Commission de révision ordonne une nouvelle expertise graphologique.

  • 17 fév 2000 : l'avocat d'Omar Raddad, Me Jacques Vergès, demande des investigations "de base" sur la matière même de l'inscription et la trace d'une main sur une porte de la chaufferie.

  • 31 oct 2000 : le nouveau rapport graphologique ôte toute certitude sur l'identité de l'auteur de l'inscription.

  • 27 déc 2000 : selon l'expertise, la trace de main comporte du sang de Mme Marchal mais aussi du sang masculin. La Commission de révision demande une comparaison avec le sang d'Omar Raddad.

  • 20 février 2001 : l'expertise conclut que l'ADN masculin retrouvé n'est pas celui d'Omar. La Commission de révision transmet le dossier à la Cour de révision le 25 juin suivant en raison du doute possible sur la culpabilité du jardinier.

  • 20 nov 2002 : la Cour de révision rejette la requête d'Omar Raddad qui continue de clamer son innocence et de demander un deuxième procès.

  • 1er déc 2008 : deuxième demande de révision, déposée par Me Sylvie Noachovitch, la nouvelle avocate de Raddad. Elle réclame l'ouverture d'une information judiciaire pour comparer les deux empreintes ADN masculines retrouvées sur les lieux qui ne correspondent pas à celles de son client.

  • 29 juin 2011 : le parquet de Grasse indique qu'aucun profil génétique n'a pu être établi durant la nouvelle expertise des empreintes ADN qu'il a ordonnée le 9 mai précédent pour une éventuelle inscription au Fichier national automatisé des empreintes génétiques afin d'effectuer des comparaisons. Me Noachovitch estime possible un second prélèvement sur un chevron et deux portes. Sortie d'un film de Roschdy Zem sur l'affaire, "Omar m'a tuer".

  • 5 nov 2015 : des traces d'ADN "exploitables" retrouvées, selon le parquet de Nice auquel Me Noachovitch a demandé de nouveaux prélèvements en s'appuyant sur la loi du 20 juin 2014 qui assouplit les critères pour obtenir la révision d'un procès. Les traces pourront être comparées au Fnaeg.
Mots-clés :
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.