Si l'astrologie et l'astronomie ont longtemps marché main dans la main, ce n'est plus du tout le cas. Aujourd’hui la première est radicalement contestée par la communauté savante.

Astrologie / astronomie : Une querelle plus que centenaire
Astrologie / astronomie : Une querelle plus que centenaire © Getty

Daniel Kunth et Philippe Zarka ont enquêté scientifiquement et signent L'astrologie est-elle une imposture ? (CNRS édition). Ils ont décidé de clarifier les choses, sans tomber dans la caricature. Leur ouvrage très concret veut lutter contre l’obscurantisme.

"Pour un astronome" explique Daniel Kunth à Fabienne Chauvière dans Les Savanturiers, "notre ciel, c'est le ciel réel, le ciel des objets, comme la lune ou le soleil, pour ce qu'ils sont. Pour l'astrologie, le ciel, c'est un ciel symbolique. Quand je regarde un thème astrologique, je n'entends pas évoquer les propriétés des planètes en question. Le fait que Vénus soit une planète torride, soumise à des températures extrêmes, à des pressions inhospitalières, ça ne rentre pas dans leurs codes. Pour eux, c'est toujours le symbole de l'amour."

Autre exemple mentionné par l'astrophysicien : la planète Mars et sa fameuse couleur rouge qui, en astrologie symbolise l'énergie, le sang, la guerre. "C'est là qu'on voit la différence entre l'approche symbolique et l'approche rationnelle, c'est que nous, nous partons de la couleur et par un lien de causalité nous disons : « tiens le rouge c'est lié à l'oxydation du fer, si c'est oxydé c'est qu'il y a peut-être de l'oxygène, s'il y a de l'oxygène il y a peut-être de l'eau, donc peut-être de la vie. »"

L'astronome souligne qu'il y a beaucoup de contradiction chez les astrologues : "Ils ne connaissent pas la réalité physique de l'univers. Il y a une technique derrière", reconnait Daniel Kunth, mais il ajoute : 

Une technique ne fonde pas une science.

Le scientifique ne rejette pas en bloc l'hypothétique existence d'un réseau de force invisible entre les hommes et le cosmos : 

Pourquoi pas, mais pour l'instant , on n'en a absolument pas la preuve.

Une querelle plus que centenaire

La guerre entre astrologue et astrophysicien n'est donc pas nouvelle. Souvenez-vous d'Elizabeth Teissier.

Le 7 avril 2001, l'astrologue du président Mitterrand, soutient à l'université Paris-Descartes une thèse intitulée Situation épistémologique de l'astrologie à travers l'ambivalence fascination-rejet dans les sociétés postmodernes. La veille, l'astrophysicien Jean Audouze avait en vain demandé l'annulation de cette soutenance, à l'issu de laquelle Élizabeth Teissier se voit attribuer le titre de docteur en sociologie, créant une vive polémique au sein de la communauté scientifique. 

Quelques mois plus tard, une analyse menée par un groupe d'astrophysiciens, d'astronomes et de sociologues conclut que le travail d'Élizabeth Teissier "ne remplit pas les exigences de rigueur scientifique d'une recherche de doctorat, quelle que soit la discipline considérée et qu'il s'agit tout au plus d'un plaidoyer pro domo de l'astrologie."

Depuis quand fait-on des horoscopes ?

L'observation des astres se perd dans la nuit des temps et nous ramène en Mésopotamie. C'était le temps où astrologues et astronomes ne faisaient qu'un. (Lire à ce sujet Astrologie et astronomie : la science face aux croyances dans Sciences et Avenir) Et cela a duré des millénaires... Jusqu'à un certain Copernic. Aujourd'hui, notre Terre n'est plus au centre du monde et l'Univers n'a rien à voir avec le ciel du Moyen-Âge.

Les dernières découvertes astronomiques ont été très nombreuses depuis quelques années, poursuit Daniel Kuhnt :

On a découvert que l'univers est en expansion, que l'univers a un âge. On a découvert énormément de choses dont les astrologues ne tiennent pas compte.

Et si l'astronome ne lit pas son horoscope, il reconnait volontiers que l'astrologie touche beaucoup de monde et dans tous les milieux : "Ce n'est pas réservé aux imbéciles". Et il conclut en citant Edgar Morin qui parlait d'une croyance clignotante. C'est à dire qu'on n'y croit pas mais on regarde quand même... On ne sait jamais !

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