150 œuvres ont été choisies au sein du musée parisien pour passer au travers d'un scanner mobile spécialement installé sur place pendant une semaine. En dévoilant les dessous de ces objets, les scientifiques espèrent mieux les comprendre.

Le reliquaire Punu / Gabon, début du XXe siècle entre dans le scanner
Le reliquaire Punu / Gabon, début du XXe siècle entre dans le scanner © Radio France / Sophie Becherel

Blouses blanches, gants de chirurgiens, dosimètres... les attributs sont trompeurs. Dans cette pénombre propre à la scénographie du musée du quai Branly, ce ne sont pas des radiologues qui s'affairent autour du scanner mobile, mais des chercheurs ou conservateurs de l'établissement. 

Philippe Charlier, le nouveau directeur de la recherche et de l'enseignement, est à l'origine de cette opération, une première mondiale. Il a établi un partenariat avec la société Samsung Electronics France qui met gracieusement à disposition cette machine portative de 1,5 tonne afin, en une semaine, de passer 150 objets sous les rayons X. La plupart ont été scannés en réserve, mais 27 l'ont été directement dans l'espace d'exposition, après avoir été sortis des vitrines toutes proches. 

Une première campagne avait été menée en 2015 mais avait nécessité de déplacer les œuvres dans un hôpital parisien. Le scanner, habituellement utilisé en bloc opératoire pour guider les gestes des chirurgiens pendant une intervention, a spécialement obtenu l'autorisation de l'Autorité de Sûreté Nucléaire. 

Nkisi (fétiche à clous) de République Démocratique du Congo
Nkisi (fétiche à clous) de République Démocratique du Congo © Radio France / Sophie Bécherel

Reliquaire Punu, sculpture anthropomorphe d'Océanie, croix jésuite "fétichée", boli... Les objets choisis ont cette particularité d'abriter en leur sein des détails invisibles à l’œil. Il s'agit pour les scientifiques de connaître leur mode de fonctionnement, de "savoir, sous la patine sacrificielle, quelle était leur forme, de trouver des cachettes magiques nichées au cœur, contenant des cristaux, des dents ou des textiles" détaille Philippe Charlier. Il s'agit aussi, "comme pour un patient victime d'une infection, de repérer une infestation d'insectes, par exemple, qui peuvent creuser des galeries" ajoute t-il. L'intérêt est bien sûr, dans ce cas, de pouvoir préparer une restauration, ajoute Éléonore Kissel, responsable du pôle restauration-conservation. "Cela permet de regarder sous l'épiderme, visible par nos yeux et de voir les zones à consolider". 

Diagnostiquer pour réparer

L'analyse récente d'un masque à transformation d'Amérique du Nord, d'apparence est en bon état, a par exemple révélé un grand nombre de galerie d'insectes, détaille t-elle. "Le scanner permet de voir si certaines galeries sont en train de s'étendre et où injecter des produits consolidants, composés de colles et de micro-billes de verre".

Tous les objets ne sont pas destinés à la restauration, précise t-elle. "En tant que musée, notre mandat est de faire en sorte que les collections restent les plus stables possibles pour les générations futures". Le scanner permet de faire un constat d'état qui pourra, avec les outils d'exploration à disposition dans 10, 20 ou 100 ans, d'évaluer l'état de conservation des objets. 

Le travail d'analyse doit s'étaler sur une année afin de dépouiller toutes les images en 3D en associant une équipe pluridisciplinaire d'ethnologues, d'archéologues, d'historiens de l'art et de conservateurs. Il est prévu, en plus des publications scientifiques, de rendre compte au grand public des résultats de ces recherches. 

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