Dans un discours sévère à l'encontre de l'Agence spatiale américaine, le vice-président américain Mike Pence a exigé, au nom du gouvernement, une accélération du programme visant à renvoyer un astronaute américain sur la Lune. Il faut y arriver d'ici 5 ans, a t-il annoncé.

Les États-Unis veulent accélérer leur retour sur la Lune pour ne pas laisser la Chine en tête de la course à l'espace.
Les États-Unis veulent accélérer leur retour sur la Lune pour ne pas laisser la Chine en tête de la course à l'espace. © AFP / ARUN SANKAR

C'est depuis "Rocket city", à Huntsville dans l'Alabama, où les fusées sont construites depuis les années 60, que le vice-président américain Mike Pence a exhorté les équipes à intensifier leurs efforts et accélérer le tempo pour parvenir au nouvel objectif fixé : retourner sur la lune d'ici cinq ans, soit en 2024. 

La NASA avait établi un plan pour y être en 2028, avec des robots puis des hommes, ainsi que la création la station orbitale du Gateway, une étape importante du programme. "Cela ne suffit pas" a martelé le numéro 2 américain. "Cela nous a pris huit ans pour aller sur la Lune la première fois il y a 50 ans alors que nous ne l'avions jamais fait. Cela ne devrait pas nous prendre onze ans pour y retourner" a t-il ajouté.  L'administration américaine donne donc cinq ans aux ingénieurs pour, avec une fusée américaine, depuis le sol américain, renvoyer une femme ou un homme sur la Lune. 

Agacé par l'inertie bureaucratique, Mike Pence a enfoncé le clou en affirmant que si la NASA ou les sous-traitants actuels n'y parvenaient pas à atteindre cet objectif, d'autres y arriveraient. "Si les fusées privées sont la seule façon de ramener des astronautes américains sur la Lune dans cinq ans, alors ce seront des fusées privées" rappelant au passage le récent succès de la capsule Dragon de Space X. L'entreprise d'Elon Musk est parvenue le 8 mars dernier à accrocher à la station spatiale internationale sa capsule habitable et à la faire rentrer sur terre sans problème. Il lui faut à présent réaliser le test avec de vrais humains à l'intérieur. 

La course à l'espace relancée

Pour le président du Conseil National de l'Espace, "la NASA doit se transformer pour devenir une organisation plus légère, plus agile et qui rend plus de comptes". Et comme si le message n'était pas assez clair, il a indiqué que si la NASA n'était pas capable de remplir l'objectif alors "nous changerons l'organisation, nous ne changerons pas la mission". 

L'urgence vient, selon l'analyse de l'administration américaine, de la course à l'espace relancée depuis la guerre froide et dont les enjeux sont "plus importants" aujourd'hui que dans les années 60. En lieu et place de la Russie, c'est la Chine qui est désormais vu comme le plus grand compétiteur depuis qu'elle a posé un robot sur la face cachée de la Lune. 

Quid des autres projets, dont Mars ?

Chagrinée par le fait que depuis l'arrêt des navettes en 2011, les astronautes américains empruntent le vaisseau Soyuz pour gagner la station spatiale internationale (au prix d'environ 80 millions de dollars l'aller/retour), l'administration de Donald Trump met en avant un nationalisme classique avec le leitmotiv "un astronaute américain dans une fusée américaine depuis le sol américain". Mike Pence dans son discours a même rapproché le républicain Donald Trump du démocrate J.F. Kennedy. 

Pour autant, cette annonce est-elle le signe d'un nouveau plan ambitieux pour la Nasa ? Centrer la feuille de route sur la Lune sans faire mention des autres programmes déjà engagés ni de l'exploration martienne brouille le message. Si le patron de l'Agence, Jim Bridenstine, a aussitôt accepté sa mission, il va à présent falloir intégrer ce nouvel objectif dans le calendrier et les programmes. 

Selon Xavier Pasco, directeur de la Fondation pour la Recherche Stratégique, il faut voir dans cette annonce tonitruante un signal plus politique que stratégique. "Cette accélération semble être guidée par une volonté politique à destination d'un électorat américain nationaliste. On remarque l'insistance dans le discours de l'envoi d'un américain, à bord d'une fusée américaine, depuis le sol américain mais du coup la grande vision originale qui avait été défendue est mise à mal par un programme qui ressemble à Apollo". 

La Nasa va devoir insérer cet objectif dans son plan actuel. Et décider si Gateway, initial port spatial pour des missions plus lointaines deviendra un simple module lunaire comme le fut le CSM du LEM, un module resté en orbite pour ramener les astronautes sur terre après l'alunissage. 

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