Jamais le métier n'avait été aussi attractif! Plus de 22 000 hommes et femmes ont postulé pour devenir les prochains astronautes européens. C'est 268% plus qu'en 2008, lors de la dernière sélection. L'Agence spatiale européenne a dévoilé ce matin les premiers chiffres.

mathias Maurer et Samantha Critoforetti dans un avion zero G
mathias Maurer et Samantha Critoforetti dans un avion zero G © ESA–Anneke Le Floc'h

Est-ce l'effet Thomas Pesquet ? En tous cas, c'est en France que le nombre de candidatures est le plus important:  7137 soit le double qu'en Allemagne (3700), pourtant gros contributeur de l'Agence Spatiale Européenne. Il y a aussi beaucoup plus de candidatures féminines parmi les 22 589 personnes qui ont envoyé leur dossier. 24% contre 15,8% lors de la dernière sélection, celle qui avait désigné entre autres Thomas Pesquet. L'ESA avait souhaité plus de femmes et de diversité. Elle ne songe toutefois pas imposer de quota dans les profils qui seront choisis au terme du processus. Un tel engouement  réjouit le médecin des astronautes  Guillaume Weert : "On a eu une réponse incroyable ! C'est 260% de plus qu'en 2008, autant dire une augmentation phénoménale. Pour moi, cela montre que  l'espace est vraiment entré dans la culture des européens . beaucoup de gens sont intéressés par ce secteur, veulent en faire partie ". 

Un processus de sélection sur 18 mois

Le processus de sélection comporte 6 étapes. Sur les 22 000 dossiers, seuls 1500  selon l'une des responsables des ressources humaines de l'ESA Antonella Costa devraient passer le premier filtre et être convoqué pour les premiers tests psychologiques. Viendront ensuite les tests d'aptitude physique, les test médicaux plus poussés, et encore des tests psychologiques. Depuis la station Spatiale Internationale, Thomas Pesquet conseille de ne pas douter de soi et faire de son mieux. "Je pense que le profil des astronautes est celui de gens excellents dans rien en fait. Ils sont pas mal dans beaucoup de choses. On ne demande pas des Prix Nobel, des athlètes de haut niveau mais des gens qui sont capables d'assimiler des connaissances scientifiques, qui sont capables de faire du sport, de travailler en équipe, de ne pas avoir de trous dans la raquette en réalité. Et beaucoup de gens ont ça mais ne le savent pas". 

Pour les futures recrues, objectif Lune

Cette future promotion prendra la relève des 7 astronautes sélectionnés en 2008, dont Thomas Pesquet, les deux italiens Luca Parmitano et Samantha Cristoforetti, l'anglais Tim Peake, l'Allemand Alexander Gerst, le Danois Andreas Mogensen auquel s'est ajouté récemment l'allemand Mathias Maurer. Tous sont allés ou iront dans la station spatiale internationale. Les futures recrues en revanche pourraient se voir affecter sur un vol lunaire ou du moins en orbite lunaire dans le Gateway, dans le cadre du programme Artemis de la NASA. Cette station à dominante américaine mais où des industriels européens apportent une contribution en fournissant notamment d'importants modules.

Il n'est pas prévu de quota, ni de femmes, ni de nationalités même si les deux plus gros contributeurs de l'ESA sont ceux qui ont le plus de candidats. Ce n'est pas parce que l'Allemagne fournit 40% du budget de l'ESA qu'il y aura 40% d'astronautes allemands dans la future promotion. Les compétences et la réussite aux tests seront déterminants. Lors de l'ultime étape fin 2022, il ne devrait rester que 40 personnes pour le choix final. La compétition s'annonce donc très serrée. Le nombre important de dossiers à examiner ne semble pas effrayer les responsables du recrutement.  "On sait de quels profils on a besoin" soulignait ce matin David Parker, directeur de l'exploration humaine à l'ESA. 

Des parastronautes aussi candidats

Il fallait à minima un Master pour postuler ou être pilote. Trois ans d'expériences professionnelles sont exigés. L'une des conditions est aussi de faire partie d'un des pays membres de l'Agence. Cela n'a pas empêché 367 personnes de pays non éligibles de déposer leur dossier. Parmi elles, 4 indiens, 2 iraniens ou 2 argentins. L'ESA, dans sa volonté affichée de diversifier les profils, avait aussi lancé un appel pour des parastraonautes. Des personnes avec un handicap physique qui ont été 257 à postuler dont 60 femmes. 

Pour celles et ceux qui ne décrocheraient pas l'une des quatre à six places prévues, un rôle d'ambassadeur de l'ESA est prévu. Ils conserveront leur activité professionnelle personnelle mais seront amenés ponctuellement à représenter l'Agence européenne et ses missions.