Le coeur artificel Carmat
Le coeur artificel Carmat © Radio France

Carmat, concepteur d'un cœur artificiel total a implanté son prototype sur un patient. Environ 100 000 malades pourraient bénéficier de la technologie de Carmat en Amérique du Nord et en Europe. Très bientôt, ils seront trois en France.

L'opération a duré 10 heures et a réuni dix personnes. Elle a été réalisée sur un patient de 75 ans. Dans un communiqué, le président du groupe Marcello Conviti, précise que l'opération s'est déroulée de manière satsifaisante :

Le patient est actuellement sous surveillance en réanimation, réveillé et dialoguant avec sa famille. Nous nous réjouissons de cette première implantation, mais il serait bien entendu prématuré d'en tirer des conclusions car il s'agit d'une seule implantation et d'un délai post-chirurgical encore très court

Le coeur mis au point par la société française Carmat est le fruit de l'obstination d'un homme. Alain Carpentier est un génial inventeur : il a mis au point à la fin des années 60 des valves en tissus animaux qui ont révolutionné le marché des valves cardiaques. Aujourd'hui Alain Carpentier est âgé de 80 ans. Il a la conscience du devoir accompli.

J'ai pensé à mon équipe. Je les ai emmenés dans une avneture dont je ne connaissais pas l'issue.

Le professeur Hagège est chef du département de cardiologie à l'hôpital européen Georges Pompidou, il est aussi président de la société française de cardiologie. Il affirme au micro de Sébastien Baer que "ce n'est que le premier d'une série".

C'est une véritable révolution [...] puisque c'est un coeur implanté en matériel totalement biologique.

L'opération a été réalisée conformément aux autorisations de l'ANSM (Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé) et du Comité de Protection des Personnes. Les autorisations ont été délivrées fin septembre. L'identité du patient implanté n'a pas été révélée.

François Hollande a félicité samedi tous les acteurs de cette première mondiale. "Ce jour était attendu depuis des années", explique le président de la République dans une lettre transmise à la presse, jugeant que "la France peut être fière de cette action exceptionnelle au service du progrès humain".

Le capital de Carmat est contrôlé par EADS (30,1%), le fonds Truffle Capital (24,8%), l'inventeur du coeur Alain Carpentier (15,8%), le solde étant dans le public. L'entreprise a reçu le soutien d'Oseo, qui fait aujourd'hui partie de BPI France, la banque publique d'investissement, à hauteur de 33 millions d'euros.

Samedi après-midi, toute l'équipe s'est réunie à l'hopital Georges Pompidou. Philippe Randé a assisté aux premières conclusions

Comment fonctionne le coeur artificiel ?

Philippe Pouletty, le co-fondateur du groupe :

Elle mime totalement un coeur humain normal avec deux ventricules qui mobilisent le sang comme le ferait le muscle cardiaque, avec des capteurs qui permettent d'accélérer le coeur, de décélérer, d'augmenter le débit, de diminuer le débit. Le malade dort, ça diminue. Il monte les escaliers, ça accélère, donc ça n'a rien à voir avec une pompe mécanique.

L'appareil est compatible pour 90% des hommes. Il n'existe pour le moment aucun modèle destiné aux femmes. Entre 100 000 et 120 000 malades pourraient potentiellement bénéficier de la technologie de Carmat en Amérique du Nord et en Europe, pour un marché mondial évalué à environ 16 milliards d'euros. Le prix de ce coeur artificiel de quelque 900 grammes est estimé par les analystes entre 140 000 et 180 000 euros alors qu'une transplantation classique coûte 250 000 euros en France et presque un million de dollars aux Etats-Unis, selon des chiffres communiqués par Carmat.

Les précisions de Solenne Le Hen

L'idée d'un coeur artificiel remonte à 25 ans. Cette première ouvre des perspective aux malades condamnés par la rareté des greffons disponibles.

En France, quelque 350 greffes sont réalisées chaque année, un nombre limité par celui des donneurs, "mais il y a beaucoup plus de malades qui attendent : on pense qu'il y a au moins 10 000 patients qui pourraient à terme bénéficier de ce genre de substitution", a déclaré Jean-Noël Fabiani, chef du service de l'Hôpital Georges Pompidou où s'est déroulée l'opération, lors d'une conférence de presse.

"Restons prudent." C'est le message de Claire Macabiau, la présidente de la Fédération des associations de greffés du coeur et des poumons :

Je pense que malheureusement, ce nouveau procédé ne sera pas ouvert à tout le monde. Ca va demander beaucoup d'essais [...] Vu les coûts financiers, même si on les fabrique à grande échelle, ca va poser de grandes difficultés.

Le système Carmat
Le système Carmat © Radio France
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