Après la découverte d'Oumuamua en 2017, un deuxième objet céleste venu d'ailleurs a été découvert fin août par un astronome amateur de Crimée. Guennady Borisov a donné son nom à cette comète qui est en train de traverser notre système solaire et n'y reviendra jamais. Elle attise la curiosité des astronomes.

Borisov vue par le télescope Hubble
Borisov vue par le télescope Hubble © David Jewitt/ ESA-NASA Hubble telescope

Ce n'est encore qu'un minuscule point dans le ciel. Plutôt brillant capté par le télescope spatial Hubble. On voit très bien le halo commun aux comètes qui témoigne de la matière qui s'échappe du noyau. Borisov dont le diamètre estimé est inférieur à un kilomètre, file à toute vitesse et le 8 décembre prochain, quand elle passera au plus près du soleil, sa vitesse devrait atteindre 162 000 kilomètres par heure... Rien que ça ! 

Un excès de vitesse (par rapport à sa distance au Soleil) qui témoigne de son origine : "Si elle était venue du nuage de Oort, la limite de notre système solaire, elle aurait une vitesse maximale de 30km/s [108 000 km/h, NDLR] attestant d'une trajectoire parabolique", explique Nicolas Biver, spécialiste des comètes à l'Observatoire de Paris. "Après 12 jours d'observations et de calculs, on s'est rendu compte que sa vitesse n'était compatible qu'avec une trajectoire hyperbolique". C'est la preuve qu'elle ne fait que passer. Venue peut-être d'un système solaire situé à 13, 15 années-lumière de la Terre, elle pourrait mettre 20 000 ans à traverser le nôtre.

Les télescopes mobilisés

Dans ces conditions, et parce que ce n'est que le deuxième messager extrasolaire, tous les télescopes terrestres ont été sollicités pour braquer leurs instruments sur l'objet mystère. Déjà plus de 1 000 clichés ont été pris depuis le 30 août, jour de la découverte dont le dernier par Hubble et une publication dans Nature Astronomy.    

Dans un autre article à paraître dans Astrophysical Journal Letters, des astronomes en quête des "ingrédients" de la comète, pensent avoir détecté de l'acide cyanhydrique et du dicarbone dans la queue de la comète (la matière qui dégaze). Avec le radio télescope de Nancay en Sologne où les observations ont commencé, Nicolas Biver du CNRS va lui, dès dimanche, chercher à confirmer la présence de l'acide cyanhydrique, l'un des éléments les plus facilement accessibles pour les instruments. 

Semblables ou différentes des comètes déjà connues ?

Pour l'instant et faute de sonde qui pourrait, comme l'avait fait Rosetta avec Tchuryumov Guerasimenko, cheminer pendant plusieurs mois à leurs côtés, les astronomes en sont réduit à comparer ces objets célestes. Est-ce que ceux nés "ailleurs" sont identiques à ceux de notre système solaire ? Leur composition varie t-elle ? C'est une question encore irrésolue. 

Oumuamua et Borisov apportent en tous cas la confirmation que les exocomètes, prédites depuis des décennies, existent. La chasse est ouverte, un peu à l'image de celle entamée en 1995 pour les exoplanètes. Avec l'amélioration des instruments et la mobilisation des astronomes amateurs et professionnels, il devrait donc bientôt "pleuvoir" des exocomètes. 

Pour Nicolas Biver, Borisov est une occasion rêvée de répondre à la question "sommes nous seuls dans l'Univers" ? "Si la composition de ces comètes venues d'autres étoiles s'approche de celles de notre système solaire, cela ajoute un argument à la possibilité que la vie existe ailleurs". 

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