Aisselles
Aisselles © corbis

Tout autour de nous est odeur ! Quel est le devenir du message olfactif de notre nez à notre cerveau ? Comment détectons-nous les odeurs ? Quel est son rôle dans notre société ? Toutes les questions que vous vous posez sur l’odorat, et le nez avec autour de Mathieu Vidard dans "La tête au carré", Roland Salesse, ingénieur agronome à l’INRA, et Mathilde Laurent, parfumeur et créatrice chez la maison Cartier.

L'entretien :

Les dysosmies sont les perturbations de l’odorat. Un quart de la population en serait atteint. Qu’est-ce qui perturbe le plus notre système olfactif ?

Roland Salesse :

Ce sont les anosmies, les privations totales de l’odorat. Parfois temporaires, comme quand on a un gros rhume, on se plaint de ne plus avoir de goût, mais en fait on n’a plus d’odorat, parce que l’air n’arrive plus dans l’épithélium olfactif, qui est l’endroit où l’on sent les odeurs, mais quelques fois si le rhume est trop méchant, on perd définitivement l’odorat. C’est un sacré handicap, qui peut rendre les gens dépressifs.

Est-ce qu’un « nez » peut manipuler des matières dangereuses pour le nez ?

Mathilde Laurent :

Si vous entendez qui sentent mauvais, oui. Mais dangereux, non.

Le mouvement « Vous puez » au Liban ?

Mathilde Laurent :

La puanteur fait partie de la ville. Vouloir cacher les odeurs dans les villes en voulant tout odoriser est symptomatique d’une fuite en avant par rapport à l’odeur : c’est vouloir dissimuler son humanité. C’est aussi vouloir nier sa propre pollution. C’est important de puer. J'ai aimé le nom de ce mouvement, mais je comprends la réaction des Libanais.

Quel est le cheminement classique pour devenir « nez » ?

Mathilde Laurent :

J’ai d’abord étudié la chimie (DEUG), mais la première chose que m’a demandé M Guerlain quand je suis entrée dans la chimie a été d’oublier la chimie, ce que j’ai fait avec plaisir, ça avait été dur d’avoir un côté scientifique, pour me lancer dans la création. Mais oui, il faut aujourd’hui un profil scientifique

Est-ce que tous les nez se ressemblent ?

Ce n’est pas pour rien qu’il est au milieu de la figure et en avant de la tête puisqu’il doit renseigner sur l’air que l’on respire. Chacun de nous a un nez différent. On a tous des capteurs, qui captent les odeurs, mais on a tous un répertoire différent. A priori, personne n’a le même équipement olfactif.

Est-ce qu’un « nez » de chez un parfumeur sent plus d’odeur que les autres ?

Mathilde Laurent :

D’après moi, non. Seulement, j’analyse plus les odeurs. Un parfumeur sent comme les autres. Surtout chez moi, les stimuli olfactifs suscitent plus de connections cérébrales. Une odeur a un son, une image, une photographie, et un potentiel ou une destination.

Est-ce que quand un « nez » rentre dans un lieu, il l’analyse ?

Mathilde Laurent :

Un parfumeur, n’est pas obnulé par les odeurs . Il la percoit. Dans ce studio, ça sent le neuf, et l’électricité, ce n’est pas très minéral. Pas de traces d’odeurs humaines

Un « nez », n’est-il pas avant tout un cerveau ?

Roland Salesse :

C’est ce que revendiquent les créateurs. Au niveau du nez, l’organe, il n’y a pas de performance particulière. En revanche, comme les musiciens qui s’entrainent, les « nez » renouvellent leur bibliothèque olfactive dans leur tête ce qui leur permet d’imaginer les odeurs sans les sentir, ce qui est remarquable et de développer ces connexions nerveuses.

Mathilde Laurent :

On nous appelle les « nez », mais c’est réducteur. On ne dirait pas d’un violoniste qu’il est une main...

Ecoutez l'extrait de La Tête au carré consacré au nez

►►►Ecoutez La Tête au carré

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