Je suis le portefaix d’un cosmos qui me dépasse. Depuis des années cette charge s’est associée au poids de mon corps. Elle me maintient en équilibre. C’est elle qui caractérise ma marche d’un pas boiteux et pesant. C’est elle qui me fait trébucher et m’interdit d’abandonner mon chemin. La gravité de mon regard, les grimaces tordues, les éclats aigus de ma voix ne sont que les conséquences expressives de ce fardeau qui jour après jour est devenu mon habit, qui se montre à autrui comme ma deuxième peau, qui poursuit ma colonne vertébrale de milliers de vertèbres vers le ciel. Je suis une gravité qui lutte pour que la légèreté et la joie ne soient pas une promesse de résigné. Je veux croire que la pesanteur de notre situation d’être pensant est un héritage de mémoire qui porte la liberté en astre.

Il y a longtemps j’écrivais dans « Splendeur et Lassitude du Capitaine Marion Déperrier » qu’un homme qui s’effondre ne retrouve sa grâce que dans d’autres effondrements. Il m’aura fallu 93 paraboles pour comprendre la signification profonde de cette sentence. Il m’aura fallu 2046 secondes d’impesanteur pour m’avouer que mon fardeau était celui de tous les hommes amoureux de la vie et que, malgré l’effort de chaque geste, je suis léger des métamorphoses intimes du monde dont j’entends, encore aujourd’hui les chants.

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