Notre pire ennemi n’est pas la gravité, mais la banalité de la gravité. Elle nous fait oublier l’évidence de nos besoins. Elle nous fait refuser le vide par une accumulation effrénée qui rend l’inéluctable plus difficile à accepter. Elle rend nos conversations creuses car sans réponses aux questions de nos complexités. La gravité est une rencontre qui solidarise notre corps à la terre. Ce n’est pas un obstacle, c’est un habitat. La banalité gomme cette maison où nous vivons. Vivre n’est pas une lourdeur. C’est une légèreté dont nous devons admettre la défaite. L’impesanteur est une absence qui nous rend conscients de cette fragilité. Cet état de conscience se fait par l’abandon d’un seuil. Semblable au désespéré qui rêve d’un ailleurs, nous quittons notre demeure. En une parabole nous sommes libres, mais nous perdons aussi l’avantage de la décision. Nous errons et s’il n’y avait une paroi ou une main secourable pour nous offrir l’accroche d’une impulsion, nous errerions sans fin. Pouvons-nous construire une humanité en impesanteur ? Serions-nous capables d’imaginer la conscience des contraintes et le plaisir de les dépasser ? Notre avenir dépend de notre capacité à poser des questions ; à continuer l’exercice du doute par les moyens de la science et de l’art. Ce besoin permanent d’expérimenter, de comprendre, d’échapper à l’incertitude est une exigence qui rompt l’isolement de notre condition. Devant nous, les signes de mutations de nos sociétés laissent peu de doutes sur les efforts que nous devrons accomplir pour ne pas tomber à genoux d’une pesanteur qui ne serait pas celle des attractions gravitationnelles qui nous unissent. Je fais le pari que malgré tous nos renoncements collectifs, nous y arriverons.

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