Au réveil, j’ai lu un article sur le portrait le plus ancien jamais saisi de notre univers. Cette image présentée par l’Agence Spatiale Européenne ESA est fascinante. Elle fut prise par le satellite Planck et rendue possible par l’instrument français HFI, réalisé sous la maîtrise d’œuvre conjointe du CNRS et du CNES. Je regarde ce cliché et, oubliant son descriptif scientifique, je plonge en elle. Ce portrait est une peinture à la façon des pointillistes. C’est un saisissement qui me rappelle des œuvres du peintre français Henri-Edmond Cross. Les scientifiques et les artistes se retrouvent souvent dans leur quête à chercher une lumière, un bruit du monde imperceptible à nos sens. Ils nous les offrent dans des représentations qui sont à chaque fois nouvelles et à chaque fois plus profondes. En remontant ainsi aux origines, ils développent de nouvelles écritures qui sont les outils les plus performants pour accroître notre perception, pour continuer cette quête de connaissance où chaque découverte multiplie la perspective de notre être. Je me plais à croire que vivre c’est identifier, au fil d’un temps, les inconnus qui nous meuvent. Le slogan du CNES me plaît beaucoup, il est écrit sur la passerelle qui nous permet de monter dans l’A300 – Zéro G. «De L’espace pour la terre». C’est une devise d’humaniste en sentinelle de toutes les forces nihilistes qui tentent de nous enfermer.Arrivés à l’aéroport, nous avons redéfini avec François Royet l’ensemble des gestuelles que je dois réaliser lors des paraboles. Cela fait, nous avons réparti les tâches de chacun. La mienne était de résoudre très rapidement la fabrication de rideaux blancs qui serviront de fond aux prises de vue. Je les ai conçus comme des voiles carrées pour me permettre une accroche simple et sécurisée. J’ai passé une grande partie de ma journée à trouver le tissu adéquat et sans la solidarité des gens de théâtre j’aurais été bien en peine de les confectionner dans un délai aussi court. Je remercie Estelle Couturier, Patrick Pernin, François Borne et Kan Derbali du Théâtre National de Bordeaux Aquitaine de leur assistance. Grâce à leur célérité et à leur gentillesse, la réalisation sera conforme aux exigences tant esthétiques que de sécurité. Dans ma course de couturière, je n’ai pas eu beaucoup de temps pour m’entraîner. Je rattraperai cela demain matin lors d’une longue répétition où nous passerons méticuleusement en revue toutes les phases de chacune des paraboles.La phase d’embarquement des expériences scientifiques a débuté. Une joyeuse agitation monte graduellement dans les locaux de Novespace. De nouveaux visages apparaissent. Et chacun est pour tous une découverte.A la fin de la journée, nous avons fait le tour de l’enceinte du vaste aéroport de Mérignac pour trouver un point de vue qui permettrait à Christophe Farion de filmer le décollage. Tout autour de cette zone, la végétation est en lutte contre la pollution. Il faudra encore un peu de temps pour que nous comprenions que tout espace, même celui le plus inutile à nos activités et à nos plaisirs, est une infinité que nous devons protéger. A l’orée d’un sous-bois triste de branches tordues, j’ai vu une biche dialoguer avec la lumière désormais captive du cri des feuilles mortes.

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