Par peur du coronavirus ou faute de trouver un médecin, certains patients ont reculé de plusieurs mois, durant le premier confinement, une visite qui aurait diagnostiqué un cancer. De fait, la prise en charge en a été retardée d'autant et cela pourrait causer 1 000 à 6 000 décès dans les prochaines années.

Beaucoup de cancer n'ont pas été diagnostiqués durant la première vague du Covid
Beaucoup de cancer n'ont pas été diagnostiqués durant la première vague du Covid © AFP / Anne-Christine POUJOULAT

Durant la première vague, beaucoup de soins (hors Covid-19) n’ont pas été réalisés. Par peur du virus, ou faute de trouver un professionnel disponible, certains patients n’ont pas consulté et des diagnostics de cancer ont pris du retard. Plusieurs estimations ont déjà été établies mais, cette fois, c’est Unicancer - qui regroupe les 18 centres français de lutte contre le cancer (CLCC) et traite à peu près 25% des patients en France - qui publie son étude. Au vu des patients que les centres n’ont pas vu venir en avril-mai et des retards de prise en charge que cela implique, Unicancer estime entre 1 000 et 6 000 les morts supplémentaires à craindre, par cancer, dans les années qui viennent.

Sur les sept premiers mois de l’année, Unicancer constate ainsi une baisse de près de 7% des nouveaux patients pris en charge. La chute, particulièrement marquée en avril-mai, n’est pas compensée en juin-juillet. 

Cela signifie qu'en cas de symptôme suspect (une boule au sein par exemple), on n’est allé ni chez son médecin traitant, ni chez un spécialiste, ni chez un radiologue, ni même directement au centre anti-cancer, explique Jean-Yves Blay, Président d'Unicancer. L’impact de ces retards de prise en charge sera sans doute très hétérogène selon les tumeurs, mais un chiffre donne une estimation : "6% de plus de risque de décès par mois de retard", poursuit Jean-Yves Blay.

Seulement la première vague

Mais ces chiffres ne prennent pas en compte la seconde vague du coronavirus. En se basant sur les retards constatés à Unicancer, on arriverait à 1 000 morts de plus par cancer en France dans les années qui viennent. Sauf que les centres Unicancer ne sont pas les plus affectés. Dans d’autres établissements, la baisse du nombre de nouveaux diagnostics au printemps dernier est bien plus marquée, supérieure à 20%. 1 000 morts de plus est donc l’estimation la plus basse. 

"On pourrait en fait atteindre jusqu’à 6 000 morts et encore...", explique le président d'Unicancer. "On considère, avec ces chiffres, que tout a été rattrapé au moment où l'on se parle, mais ce n'est pas sûr. On pense même que ce n'est probablement pas le cas." 

Les données sur les nouveaux diagnostics sont justement en train d’être collectés pour le second semestre. Et  évoquent en effet jusqu’à 6 000 morts. Même si la situation n'est pas tout à fait la même : "On n'est pas dans la même situation au deuxième confinement qu'au premier, car là les patients viennent", indique Jean-Yves Blay.

Par ailleurs, les chiffres 2020 du cancer devraient être affectés par les décès liés au Covid. En effet, les patients cancéreux en cours de traitement et infectés par le coronavirus "ont une surmortalité de 15% à 30%" par rapport à la population générale. Chaque année, 382 000 nouveaux cas de cancer sont détectés en France métropolitaine et 157 400 décès par cancer sont recensés.