Cette semaine, deux constructeurs, Samsung et Huawei, ont annoncé la sortie de nouveaux modèles munis d'un écran pliable. Une innovation que beaucoup ont annoncée comme révolutionnaire... Mais c'est loin d'être la première fois qu'une nouvelle fonction est ainsi mise en avant, avant de peiner à trouver sa place.

Le Galaxy Fold, présenté mercredi par le président de la branche mobile de Samsung, DongJin Koh
Le Galaxy Fold, présenté mercredi par le président de la branche mobile de Samsung, DongJin Koh © AFP / JUSTIN SULLIVAN / GETTY IMAGES NORTH AMERICA

"The future unfolds", comprenez "L'avenir se déroule" : la bande-annonce de la conférence Samsung de ce mercredi soir laissait peu de place au doute : tout le monde avait deviné que le fabricant coréen annoncerait, parmi toute une batterie de nouveaux produits, un smartphone doté d'un écran pliable. À l'automne dernier, la marque avait déjà montré un prototype de ce genre d'appareil.

L'un des responsables de la branche mobile chez Samsung, Justin Denison, avait expliqué :

"Quand il est ouvert, c'est une tablette avec un grand écran. Quand il est fermé, c'est un téléphone qui tient parfaitement dans la poche". 

Samsung est donc le premier fabricant international à proposer ce type de produit - en Chine, une marque a déjà lancé un modèle similaire, mais seulement pour le marché chinois et avec un système d'exploitation maison. Et il faudra y mettre le prix : près de 2 000€, avec une date de sortie en avril aux États-Unis, et encore inconnue pour l'Europe. 

Mais Samsung n'a pas tardé à être rattrapé : à peine trois jours plus tard, l'un de ses principaux concurrents, le Chinois Huawei a lancé le Mate X, un autre téléphone pliable et dépliable. Avec un coût encore plus élevé, autour de 2 300 euros, et pour les deux téléphones une interrogation sur les fonctionnalités logicielles que permettra cet écran.

De son côté, LG, autre fabricant connu pour explorer les technologies de pointe, a déclaré qu'il ne se lancerait finalement pas tout de suite : "Le principal souci de LG en ce moment sur le marché des smartphones et de retrouver une position confortable. Considérant cela, le smartphone pliable est trop en avance de phase pour LG", a expliqué l'un des responsables de l'entreprise.

Ce nouvel écran pourrait changer nos usages de façon définitive, selon plusieurs médias spécialisés qui avancent notamment le fait que plusieurs applications ont commencé à adapter leurs interfaces à de telles fonctionnalités. Mais il pourrait aussi se fracasser, comme d'autres avant lui, sur le mur de l'indifférence des utilisateurs.

L'écran incurvé, idée tordue ?

On parle plutôt des téléphones totalement incurvés, présentant une forme concave (un peu à l'image des téléviseurs incurvés). Outre un aspect pratique pour la prise en main et un son - a priori - rendu meilleur par cette forme courbe, les utilisateurs ont eu du mal à trouver une utilité réelle à cette courbure. Tout au plus permettait-elle, sur le Samsung Galaxy Round, lancé en 2013 en Corée seulement, d'afficher les notifications en le faisant balancer.

En parallèle LG a lancé un modèle similaire, le G Flex, seul à avoir atteint les frontières européennes, où il a été vendu début 2014. Et malgré une tentative de retour en force l'an dernier avec le G Flex 2, l'écran incurvé s'est assez peu développé. À la place se sont imposés, en se basant sur la même technologie d'écran flexible, des écrans recourbés qui ont beaucoup mieux trouvé leur place sur le marché, notamment avec la ligne "Edge" chez Samsung, lancée un an après le Galaxy Round, en 2014. En décembre 2018, un brevet déposé par le fabricant évoque même la possibilité d'étendre ce rebord courbé à tous les téléphones de la marque, et plus seulement les hauts-de-gamme.

La 3D sans (et avec) lunettes, tombée à plat

On les appelait G Slate ou Optimus 3D : deux tentatives de LG d'investir le milieu de la 3D, dès 2011. Une première fois avec une tablette qui fonctionnait obligatoirement avec une paire de lunettes en carton pour la 3D, une deuxième fois avec un smartphone qui proposait de la 3D stéréoscopique, c'est-à-dire sans lunettes (comme le faisait par exemple la console de jeux vidéo Nintendo 3DS). Deux échecs, commerciaux comme critiques. L'année suivante, en 2012, Google dévoilait "Tango", un projet amené à permettre de percevoir le monde sur un écran comme si c'était à travers nos propres yeux, mêlant capteurs, réalité augmentée et visualisation 3D. Mais celle-ci n'a jamais réellement pris corps, et le projet a été arrêté en 2017.

Reste qu'en 2019, la 3D revient pour une nouvelle tentative de percer le monde du smartphone - comme elle l'a fait pendant des décennies pour entrer dans le monde du cinéma. De plus en plus de fabricants mettent en place des capteurs photo capables de capturer des scènes en trois dimensions. Et en décembre dernier, la marque RED, spécialisée dans l'équipement pour le cinéma, a sorti un téléphone équipé d'un écran à effet 3D plus efficace selon ceux qui l'ont testé... mais aussi plus cher, à 1150 euros.

Le smartphone modulaire tombe en morceaux

Le principe du smartphone modulaire est simple : proposer un dispositif auquel on puisse ajouter, retirer ou remplacer facilement des composants, pour améliorer ou modifier ses capacités. Là encore, c'est un serpent de mer, quelle que soit l'ampleur de cette modularité. Les plus mesurés ont proposé des smartphones auxquels on pouvait greffer des modules supplémentaires, comme le LG G5 (encore une production de LG) qui pouvait par exemple être agrémenté d'un grip photo ou d'une enceinte plus volumineuse. Problème : faute de format standard, les accessoires, trop restrictifs, ont été trop peu nombreux. Son successeur, le G6, a balayé toute cette modularité. Seul survivant dans ce paysage : Lenovo et ses Motorola série Z, basés sur des modules qui se clipsent à la façon d'une coque.

Quant aux plus ambitieux, ils ont imaginé des téléphones modulaires à 100% : c'était le cas du projet Ara de Google, qui partait d'un téléphone vendu 50 euros sur lequel tous les composants, de l'écran au haut-parleur, seraient des modules à ajouter. Le projet a été abandonné en septembre 2016. L'un des rares produits à avoir abouti est le Fairphone, un téléphone totalement modulaire qui s'est écoulé à quelques dizaines de milliers d'exemplaires.

Les lunettes de réalité augmentée dans le flou

Ce devait être LA révolution du début des années 2010  : les Google Glass, des lunettes sans verres mais munies d'un minuscule écran permettant d'afficher des informations, d'envoyer des messages ou même de filmer des séquences vidéo en vue subjective, comme le montre la vidéo ci-dessous. Elles font leur première apparition en 2012, puis sont mises en vente à partir de 2013... sous forme de prototype.

En 2015, le projet est considéré comme au point mort, et fait sa réapparition en 2017, mais dans une version exclusivement destinée au secteur professionnel. Elles devraient être disponibles en 2019. Mais le grand acteur attendu sur ce domaine est Apple, qui annonce depuis plusieurs années croire à la réalité augmentée. Selon plusieurs sources, la firme à la pomme se prépare pour 2020.

La montre connectée trop en avance ?

On ne peut pas à proprement parler de flop, les ventes des montres connectées ne cessant de grimper, avec un bond de 61% en 2018, et à leur tête en leader incontesté, Apple et son Apple Watch. Mais les nombreuses mises à jour et changements d'interface de la montre d'Apple montrent que les usages qu'en font le public ne sont pas forcément ceux qu'attendait le fabricant à l'origine. L'écran d'accueil muni d'icônes rondes, similaire à un mini-smartphone, existe toujours mais se tient en retrait par rapport aux notifications et à un "dock" qui a fait son apparition pour mettre en avant quelques fonctions principales.

Et de plus en plus, la montre - comme ses concurrentes - se focalise autour de deux usages devenus majeurs : le sport et la santé, et... l'heure. Apple s'est tout simplement rendu compte que la principale utilisation de cette montre, c'était de... donner l'heure. Il faudra encore quelques mois, voire quelques années, pour que ce qui était présenté comme un gadget à sa sortie trouve une utilisation raisonnée et stabilisée.

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