Le quotidien britannique qui, depuis 15 ans, accorde une place essentielle dans ses pages au climat et à l'état de santé de la planète, révise son code stylistique pour mieux rendre compte de la crise climatique actuelle.

The Guardian veut mieux rendre compte de la crise climatique actuelle.
The Guardian veut mieux rendre compte de la crise climatique actuelle. © AFP / Hans Lucas / Benjamin Mengelle

Neither pédantic nor wild. Ni pédant, ni débraillé. 

Cette maxime résume le style du Guardian, -et de l'Observer-  du moins depuis qu'il a été édicté en 1960 dans le guide maison destiné aux rédacteurs du quotidien. En deçà des plumes du journal ou des éditorialistes au style identifiable, un journal se reconnaît par une certaine unité dans la rédaction, plaident les responsables, notamment parce que de très nombreux contributeurs rédigent chaque jour des articles dont des pigistes. 

Ce guide stylistique est régulièrement révisé afin d'introduire de nouveaux mots pour décrire les faits avec plus de précision et pour mieux rendre compte de l'évolution des connaissances, de la société. "La mode passe, seul le style reste" disait Coco Chanel. Une citation que le titre britannique fait sienne. Et cette fois-ci c'est du climat qu'il s'agit.  

Être précis pour coller à la réalité

The Guardian a, bien avant d'autres médias généralistes, mis l'environnement, la science et le climat au cœur de sa ligne éditoriale il y a 15 ans. Son équipe rédactionnelle est particulièrement solide et fournie sur ces sujets d'importance. Dans un article, la rédactrice en chef Katarine Viner explique les petits changements sémantiques décidés par la rédaction.  

Désormais au lieu de "changement climatique", les lecteurs liront "urgence climatique" ou "crise climatique" ou encore "panne climatique". La "surchauffe" sera préférée au mot "réchauffement"

"Il faut être clair et précis" estime la rédactrice en chef pour qui l'expression "changement climatique" semble plutôt passive et douce alors que "ce dont parlent les scientifiques est une catastrophe pour l'humanité". Katarine Viner souligne d'ailleurs que les chercheurs eux-mêmes renforcent leur vocabulaire. Les politiques aussi. Antonio Gutterez, le patron de l'ONU a choisi les termes "crise climatique" en septembre dernier comme le chef du parti travailliste et le service de la météo britannique. 

Dans la même veine, "vie sauvage" sera désormais préféré à "biodiversité", "population de poisson" à "stock de poissons". Les lecteurs liront aussi désormais "négationniste de la crise climatique" plutôt que "climato-sceptiques". Ce dernier changement sémantique permettra, selon le journal, de mieux choisir les invités lors des débats et de ne pas accorder de temps de parole aux négationnistes. La BBC a récemment reconnu avoir failli sur ce point. En donnant la même place aux négationnistes et aux scientifiques du GIEC, elle a -comme d'autres médias- laissé croire que la crise climatique n'était pas un fait, mais une opinion.

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