D'animaux prédateurs lointains, les chats se sont d'abord transformés en animaux domestiques distants. Avant de se comporter aujourd'hui comme des chiens, et de devenir extrêmement solliciteurs : de véritables chats-chiens.

Les propriétaires de chats veulent aujourd'hui des animaux joueurs et solliciteurs
Les propriétaires de chats veulent aujourd'hui des animaux joueurs et solliciteurs © Getty / Benjamin Torode

L'historien Eric Baratay et le vétérinaire Claude Béata étaient les invités de l'émission La Terre au carré de Mathieu Vidard avec Camille Crosnier. Ensemble, ils ont évoqué l'évolution du chat. 

Un animal souple en évolution 

Eric Baratay : "Le chat du XVIe siècle persécuté et celui d'aujourd'hui n'ont pas la même attitude. Contrairement à ce que l'on croit nous ne sommes pas face à des animaux de pure nature, purement biologiques, mais devant des êtres dotés d'une forte plasticité comportementale, qui ont évolué en fonction des époques, du contexte, et de l'environnement. Les chats ont eu des comportements différents parce que les humains changeaient vis-à-vis d'eux."

Le chat-chien 

Eric Baratay : "On peut dire que c'est la dernière mouture du chat. C'est un chat beaucoup plus sociable, beaucoup plus solliciteur et qui répond à ce que cherchent les gens.

Les sondages des années 1960 à 1980 montraient que les propriétaires voulaient un chat qui ne soit pas un chien. Ils souhaitaient qu'il soit totalement différent : indépendant, un peu sauvage, etc. 

On assiste ensuite à la baisse du nombre de chiens à partir de la fin du XXe siècle. Aujourd'hui, ils sont 7 millions, alors qu'ils étaient plus de 10 millions. Les personnes se sont reportées sur les chats. Et elles ont déplacé sur eux les désirs qu'elles avaient auparavant avec les chiens. 

Donc aujourd'hui, on veut des chats solliciteurs et joueurs

A tel point que dans les refuges, par exemple aux Etats-Unis, on va jusqu'à mettre des jouets dans les cages des chats pour faire croire ou penser que le chat est joueur.

Ces chats "anthropisés" sont de plus en plus nombreux. Il sont issus de la transmission et de la sélection humaine, individuelle et sociale, faite par des éleveurs et des acheteurs qui privilégient des animaux adaptés à une demande d’origine culturelle. 

Et si la tendance se poursuit, les chats vont devenir des chiens comme les autres : la pratique de la laisse est ainsi encouragée... Comme les chiens, les chats concernés apprennent, comprennent et coopèrent."

Dewey, exemple de ce nouveau type de chats

Dans une bibliothèque au Etats-Unis vit Dewey. Ce chat roux est très représentatif du type de chats qui se développe dans la seconde moitié du XXe siècle, ceux de la sollicitation réciproque. 

Ce chat vit dans un lieu public et, des enfants aux employés, tout le monde est prêt à jouer avec lui. 

Et lui-même, répond. Le chat commun du XIXe siècle n'aurait pas répondu. Il serait parti, ou se serait caché. Dewey est typique de ces nouveaux félins qui, par sélection, éducation, et interaction avec les humains, vont se comporter comme des chiens. Il devient un véritable chat de famille, et on l'accompagne jusqu'à la mort."

Les chats ont pu s'adapter à la demande humaine grâce à leur double statut

Claude Béata : "Parce qu'il a une double nature de proie et de prédateur, le chat a pu répondre positivement à la demande humaine. S'il est un dangereux prédateur pour les oiseaux, son comportement de proie fait que si on n'est pas gentil avec lui, si on est dangereux pour lui, il ne va pas nouer de relation. 

Le chat n'appartient pas à une espèce sociale, s'il n'y trouve pas son compte, il ne va pas vivre avec nous. En revanche, comme c'est une espèce qui se développe avec une mère et dans l'attachement, il a les circuits pour nouer des relations tout à fait amicales."

Preuve de cette évolution, ces chats-chiens remplacent les chiens dans les consultations chez le vétérinaire

Claude Béata : "On voyait jusqu'à il y a quelques années en consultation pour trouble de comportement un chat pour dix chiens. Comme ils sont dix fois plus nombreux que les chiens, et qu'on les voit dix fois moins, cela voulait dire qu'ils avaient vingt fois moins de troubles. Ce qui n'est pas du tout le cas. Malheureusement, leurs problèmes sont souvent dominés par l'inhibition, par le fait de ne rien faire quand ils vont mal. Donc souvent on passe à côté. Si votre chat fait moins de choses que d'habitude, c'est peut-être qu'il commence à aller mal."

Aller plus loin

=> ECOUTER | La Terre au carré sur l'ethnologie historique des chats

  • Eric Baratay, est membre de l’Institut universitaire de France, professeur d’histoire à l’université de Lyon, spécialiste de l’histoire des animaux. Il est l’auteur de Cultures félines (XVIIIe-XXIe siècle) Les chats créent leur histoire » au Seuil. Il a notamment publié Bêtes de somme. Des animaux au service des hommes, (Seuil, "Points Histoire", 2011), Le Point de vue animal, une autre version de l’histoire  (Seuil, 2012),  Biographies animales, des vies retrouvées (Seuil, 2017). 
  • Claude Béata est vétérinaire spécialiste en médecine du comportement. Son dernier livre est  Au risque d’aimer, des origines de l’attachement aux amours humaines (Ed. Odile Jacob) et le prochain, La folie des chats, sortira au mois de juin chez Odile Jacob.