Les sargasses, ces algues qui envahissent les eaux des Antilles depuis plusieurs mois, sont une plaie pour les habitants des îles... Mais des industriels s'y intéressent pourtant de très près : leur recyclage pourrait en effet représenter une nouvelle alternative au plastique.

Sargasses en mer près de la Guadeloupe, au large de la côte orientale de la Basse-Terre
Sargasses en mer près de la Guadeloupe, au large de la côte orientale de la Basse-Terre © Radio France / Cyril Graziani

Depuis février, les sargasses arrivent par dizaine de milliers de tonnes sur les côtes de Guadeloupe, Martinique, Saint-Martin, et même de Guyane. Ces plaques d'algues s'amoncellent sur les rivages, bloquent parfois l'accès des bateaux, mais surtout dégagent, en séchant, de l'hydrogène sulfuré et de l'ammoniac, qui peuvent provoquer maux de tête, nausées et vomissements. En prévention, des établissements scolaires ont été même fermés en mai en Guadeloupe. À la demande des habitants excédés, un "plan sargasses" avec une enveloppe de 10 millions d'euros a été finalement débloquée par l'État. 

48 sec

Emmanuel Macron promet un ramassage efficace des sargasses

Par Cyril Graziani

Pourtant, cette micro-algue brune très envahissante est attentivement étudiée, depuis 2017, par les scientifiques : la sargasse est en effet équipée de flotteurs naturels qui lui permettent de coloniser la surface de la mer et de s'y multiplier. 

Elle abrite ainsi une multitude de poissons, auxquels elle sert de protection, et même d'insectes. Les chercheurs mettent aussi en avant le fait que ce phénomène, pas nouveau sur les côtes américaines, par exemple, a donné lieu à d'ingénieuses idées d'exploitation des algues.

Du compost au palais anti-stress pour les cochons

Au Texas, par exemple, les arrivées de plaques de sargasses sont anticipées par satellite. Une fois échouées, les algues sont recouvertes de sable et transformée en barrière anti-érosion, tandis qu'en Guadeloupe, à Marie-Galante, touchée de plein fouet par l'invasion, certains agriculteurs commencent à l'utiliser dans leur champ comme compost. Des brasseurs de Floride ont même trouvé le moyen d'en faire de la bière.

En Bretagne, autre littoral touchée par des invasions d'algues, une société avait d'abord envisagé d'utiliser ces dernières pour fabriquer des galets anti-stress distribués dans les élevages de cochons, pour "évacuer leur agressivité". La société s'est finalement tourné vers la sargasse, dont la composition est plus intéressante : contrairement à l'algue verte, l'algue brune contient plus de fibres et moins d'eau (autour de 80% contre 98%). Pour un même produit, la quantité d'algues à traiter est inférieure. La société en question produit aussi des montures de lunettes, des jetons de caddie ou même des urnes funéraires, produits relayés ensuite par des entreprises soucieuses d'améliorer leur bilan carbone. 

Seul danger : il faut se garder de capitaliser sur ce matériau dont les collectes sont irrégulières. Des chercheurs alertent : si les échouages, en ce moment très fournis, s'interrompent pendant plusieurs années, comme cela peut être le cas, la tentation sera d'aller directement chercher les sargasses au large, quitte à détruire l'écosystème qu'elles transportent avec elles....

Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.