Après les Emirats arabes unis lundi, c'est la Chine qui a lancé ce jeudi une sonde spatiale vers Mars. La semaine prochaine, les États-Unis en enverront une nouvelle. Une course à l'espace pour accroître notre connaissance de la planète mais aussi une démonstration de puissance entre États.

La sonde lancée le 23 juillet par la Chine vers Mars.
La sonde lancée le 23 juillet par la Chine vers Mars. © AFP / Cai Yang / XINHUA

Elle est en route vers la planète rouge. Jeudi 23 juillet, la Chine a lancé avec succès une sonde vers Mars depuis le centre de Wenchang, situé sur une île dans le sud du pays. Un long voyage de sept mois l'attend pour parvenir à destination. Mais la Chine n'est pas la seule à viser la conquête de cette planète située à pas moins de 55 millions de kilomètres de la Terre. En quelques jours, ils sont trois à profiter d'une fenêtre de tir privilégiée qui arrive tous les 26 mois, bénéficiant ainsi d'une distance réduite entre la Terre et Mars. Qui sont les pays qui vont à l'assaut de Mars ? Et quelles sont leurs ambitions ? 

Chine : concurrencer les USA

Le projet chinois, nommé "Tianwen-1" ("Questions au ciel-1"), se veut majeur. S'il y parvient, jamais le pays ne sera allé aussi loin dans le système solaire et il pourrait faire en une tentative presque autant que ce que les Etats-Unis ont réalisé depuis les années 60. Son but : placer une sonde en orbite, poser un atterrisseur sur Mars puis déployer un robot téléguidé de 200 kilos chargé de faire des analyses à la surface (analyses du sol, de l'atmosphère, cartographies, photos). 

L'engin devrait arriver l'année prochaine pour les 100 ans du Parti communiste chinois. Jusqu'à présent, seuls les Etats-Unis ont réussi cet exploit. Et justement, la Chine compte bien se placer en concurrence directe avec les Etats-Unis dans la conquête de Mars. Une telle rivalité n'est pas sans évoquer la course à l’espace entre l’URSS et les États-Unis au temps de la guerre froide.

Le contexte géopolitique n'y est pas pour rien. Ces dernières années, les tensions entre les deux pays se sont accumulées. Les points de friction ne manquent pas : loi sur la sécurité nationale à Hongkong, cas des Ouïgours, sanctions commerciales réciproques... Dernier fait marquant en date, la fermeture du consulat chinois de Houston mercredi 22 juillet suite à des accusations d'espionnage. Pékin menace déjà Washington de représailles. 

Plus largement, les objectifs de la Chine sont, selon Carter Palmer, spécialiste de l'espace au cabinet américain Forecast International, interrogé par l'AFP, "les mêmes que ceux de nombreuses nations spatiales. L’exploration spatiale est une source de fierté nationale. L’ambition est également d’améliorer les connaissances de l’humanité vis-à-vis de Mars."

Émirats arabes unis : sortir de la dépendance au pétrole

Il s'agit de la première mission interplanétaire menée par un pays arabe. La sonde "Hope" (Espoir) a été lancée lundi vers Mars, depuis la base japonaise de Tanegashima. Elle devrait atteindre son orbite en février 2021 pour le 50e anniversaire de l'unification des Émirats arabes unis. Son ambition est de fournir des indications météorologiques de l'atmosphère de la planète rouge, en étudiant les variations du climat au fil des saisons pendant une année martienne (soit 687 jours). 

Francis Rocard, spécialiste de missions planétaires au CNES (Centre national d'études spatiales), expliquait il y a quelques jours pour France Inter l'intérêt de la mission : " On aura pour la première fois des mesures météo partout, à chaque heure de la journée, et on verra ça avec l’évolution saisonnière. Donc on va vraiment résoudre des énigmes, parce que nous, on a toujours une vue un peu limitée."

Le lancement de "Hope" à Dubaï, un succès pour les Emirats arabes unis/
Le lancement de "Hope" à Dubaï, un succès pour les Emirats arabes unis/ © AFP / Giuseppe CACACE

Mais les projets émiratis pour Mars ne s'arrêtent pas là. En 2017, l'émir Mohammed ben Rachid Al Maktoum avait présenté "Mars 2117". Le projet vise à  créer une "mini-ville et une communauté sur Mars". Pour ce faire, des architectes ont été engagés pour imaginer une future ville martienne et la créer dans le désert, "Science City".  Un projet chiffré à plus de 120 millions d’euros.

A travers cette conquête de Mars, les Emirats arabes unis envoient un message : ils veulent être considérés comme une puissance, pas uniquement régionale et pas uniquement de par leurs ressources pétrolières et gazières. Ils engagent ainsi un mouvement vers la sortie de leur dépendance à l'exploitation de ces énergies fossiles en se tournant vers l'investissement dans la sciences et des technologies de pointe, notamment l'aérospatial. 

Les Emirats comptent aussi développer leurs relations avec d'autres puissances. Un accord de coopération a par exemple été conclu avec la Chine. Sur France culture, la chercheuse à l'International Institute for Strategic Studies, Camille Lons, développe : "La mission Hope est une occasion de renforcer ces liens, et par là même de bénéficier de transferts technologiques et de soutien à la formation de leurs ingénieurs. Même si pour l’instant ce n’est pas une priorité, leur industrie spatiale pourrait également avoir une ramification militaire sur le plus long terme."

États-Unis : conforter sa suprématie

"Perseverance", c'est le nom de la mission américaine à 1,2 milliard de dollars : le projet le plus gradiose de la Nasa dans l'exploration de Mars. Son but est dans la lignée des précédentes missions vers la planète rouge ("Opportunity", "Curiosity"), c'est-à-dire en savoir davantage sur une éventuelle vie martienne. "On fabriquera de l'oxygène sur Mars et avec notre drone, nous aurons des capacités de reconnaissance aérienne", expliquait en décembre 2019 à France 2 Matt Wallace, chef de projet adjoint de "Mars 2020". Les Etats-Unis objectivent de mettre un homme ou une femme sur Mars en 2034.

Pour l'heure, le décollage de la sonde est prévu le 30 juillet depuis la base de Cap-Canaveral en Floride. Un robot (un rover) sera déployé et travaillera à établir une base pour les astronautes. Cet engin spatial à roulettes est un bijou de technologie de trois mètres de long, pesant une tonne, doté de 19 caméras, de deux micros et de bras robotiques de deux mètres.

Cette exploration s'inscrit dans un projet plus vaste attendu par le monde scientifique, une collecte d'échantillons de sol martien, "Perseverance" sera en charge de déposer des flacons pour récupérer de la poussière martienne.

Les États-Unis sont jusqu'à présent le pays le plus en pointe dans l'exploration de Mars et ils comptent bien le rester. Pendant la guerre froide, alors que l'espace était un terrain de lutte privilégié entre l'URSS et les USA, ces derniers ont démontré leur avance sur le terrain martien. En 1976, les atterrisseurs du programme Viking et des orbiteurs américains fournissent une première salve d'informations sur Mars (atmosphère, météorologie, première analyses du sol sur place). Par la suite, dans les années 1990, l'orbiteur Mars Global Surveyor détecte des minéraux et prouve que Mars n'a pas toujours été la planète aride d'aujourd'hui. En 2011, la mission du rover Mars Science Laboratory permet de détecter indirectement la présence d'une vie passée sur Mars. "Perserverance" sera le cinquième rover (ils sont tous américains) a fouler le sol martien. 

L'ex-URSS : beaucoup d'essais, peu de résultats

Dès les années 60, en pleine course à l'espace face aux Etats-Unis, l'URSS lance son "Programme Mars". Une série de sept sondes aux résultats décevants puisque seulement quatre atteignirent leur objectif et qu'aucune n'a vraiment apporté de résultats. Néanmoins, on doit à ce programme le premier atterrissage réussi sur Mars, en 1971 avec le module "Mars 3".

Europe : une mission qui s'éternise

Les Européens voulaient eux aussi profiter de la fenêtre de tir de cet été pour lancer leur mission ExoMars 2020. Mais le projet a été une nouvelle fois reporté (la sonde devait partir en 2018), à cause d'un problème technique. L'Agence spéciale européenne (ESA) devra encore attendre 26 mois supplémentaires pour placer son rover sur Mars et espérer trouver des traces de vie ancienne en forant la surface. Une modification du calendrier qui pourrait être observée comme un échec alors que trois pays ont maintenu leur lancement cet été.

Ce n'est d'ailleurs pas le premier revers que subit ExoMars. Lancé en 2000, le programme avait été reporté pour des raisons budgétaires. Il devait se faire en partenariat avec la Nasa qui s'est retirée du projet, c'est finalement une collaboration avec l'agence spatiale russe Roscosmos qui s'est mise en place.

Le premier volet de la mission a tout de même été réalisé en 2016 où l'ESA et Roscosmos ont déployé un atterrisseur et un orbiteur pour détecter la présence de méthane sur Mars. Le dispositif servira notamment à guider la future sonde lancée donc en 2022. 

Inde : précurseur en Asie

Si le pays n'est pas un mastodonte de la conquête spatiale, l'Inde peut se targuer d'être le premier pays asiatique a avoir atteint Mars. En 2014, sa sonde Mars Orbiter Mission (MOM) a transmis une série d'une dizaine de clichés en couleur de la planète, montrant sa surface creusée de cratères. 

Une mission réussie à bas coût (74 millions de dollars) et en un temps record (3 ans pour construire l'appareil) qui conforte la réputation du pays, déjà producteur de la voiture la moins chère du monde, de leader de l'innovation à bas coût

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