fourmillière
fourmillière © © 2/Philippe Colombi/Ocean/Corbis

La nature a raison, c’est Isabelle Autissier qui nous le dit. Mais la nature est aussi un modèle dont on devrait s’inspirer plus souvent. Copier la nature pour soigner, pour construire, pour fabriquer, c’est l’enjeu du biomimetisme. Avec un spécialiste du sujet au micro de Dorothée Barba : Idriss Aberkane, professeur à Centrale SupElec, chercheur à l’École Polytechnique et à Stanford. Pour expliquer le biomimétisme, il a une métaphore très efficace : l’homme vit depuis des centaines d’années dans une bibliothèque, mais il ne le sait pas.

La nature est brillante. Elle fait de la recherche et du développement depuis quatre milliards d’années. Elle a trouvé des solutions au cancer, par exemple, le Taxol utilisé pour soigner provient des ifs du Pacifique. Il y a plein de molécules, et de procédés qui viennent de la nature. Notre environnement naturel est brillant, c’est le meilleur laboratoire de recherche au monde.

Pendant longtemps on l’a considéré comme une ressource de matières premières. C’est comme si on avait vécu dans une bibliothèque sans le savoir et qu’on avait brulé les livres au lieu de les lire. Ça fait des générations qu’on ne s’en sert pas assez comme une source de savoirs. C’est une erreur. Si vous avez une bibliothèque, sa valeur, ce n’est pas de la vendre au kilo, mais ce sont ses lettres.

Des exemples ?

La bio-inspiration ne date pas d’hier. La Tour Eiffel par exemple : ses piliers sont inspirés d’un tibia humain, et c’est pour ça qu’elle a gagné au départ son appel d’offre. Non pas parce qu’elle était la plus belle, beaucoup d’architectes la trouvaient à vomir, et Guy de Maupassant voulait la faire démonter. Elle a gagné parce qu’elle était la plus légère de toutes, mais parce qu’elle était bio inspirée. Paris pourrait être la capitale de la bio-inspiration. Aujourd’hui, la recherche continue. La peau de requin est étudiée pour un revêtement anti-turbulence. Son procédé pourrait permettre aux avions d’aller plus vite, en consommant moins de carburant. Comme c’est aussi une surface sur laquelle, les bactéries n’attachent pas. Elle serait très intéressante pour la recherche médicale. C’est l’excellent Franck Salles un chercheur qui a découvert que l’hémoglobine du petit ver des sables, l’arénicole est universellement tranfusable. Il va peut-être résoudre le problème de pénurie de sang grâce à ça.

Une recherche qui pourrait aussi bouleverser l’ordre du monde les requins taureaux ou bouledogue passent d’une eau claire à l’eau salée. On étudie aujourd’hui la façon dont ils gèrent la pression osmotique et leur façon de passer de l’une à l’autre de ces eaux. On pourrait créer des centrales pour dessaler de l’eau à bas coût.

Récemment, il y a eu beaucoup de bruit sur cette intelligence artificielle qui Alphagio qui a battu Lee Se-Dol au jeu de go. Elle était bio inspirée : à la fois de réseau de neurones, et d’algorithmes évolutionnaires. La bio-inspiration est dans nos GPS (inspiré des fourmilières) et dans nos systèmes de pilotage automatique. Samsung étudie les petites seiches pour faire des technologies d’écran. La recherche ne fait que s’inspirer du vivant.

La connaissance : le nouveau pétrole ?

La connaissance est plus précieuse que le pétrole. Voyez la Corée du sud : elle exporte plus que la Russie (+20%), sans or et sans pétrole. Et avec la connaissance, quand on la donne, on ne la perd pas soi-même. C’est la loi de Soudoplatoff : quand on partage un bien immatériel, on le multiplie. Et si on fait de même avec la nature, si on l’exploite comme source de connaissance, on ne la détruira plus.

Le bio mimétisme va-t-il monter en puissance ?

On a des chefs d’État comme Ameenah Gurib-Fakim présidente de l’Île Maurice qui vous dit qu’à l’avenir un président préférera trouver de la biodiversité sur son territoire car il sera plus créateur d’emploi et de P.I.B.

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