Dans certains cas, pas si rares, les patients infectés par le coronavirus ont des atteintes au cerveau : confusions, délires, ou même plus grave, certains allant jusqu’à faire des AVC. Au point qu’une confusion mentale devrait, au même titre qu’une fièvre ou qu’une toux, alerter comme un signe potentiel d’infection.

Représentation d'un coronavirus
Représentation d'un coronavirus © Getty / xia yuan

On connaissait la fièvre, la toux, la migraine, les problèmes respiratoires, les diarrhées, les nausées, les articulations douloureuses, pour repérer une infection au coronavirus. On a ensuite, plus récemment, parlé de la perte du goût et de l'odorat. Voici maintenant que des médecins rapportent des troubles neurologiques liés au Covid-19. Ce n'est pas une découverte, de plus en plus de cliniciens l'évoquent, depuis le début de la pandémie, mais des études récentes viennent de décrire le phénomène. Dans certains cas, qui ne sont pas si rares, les patients infectés au Covid présentent des troubles neurologiques. 

Dans la revue de l'Association de médecine américaine (Jama), la semaine dernière, des médecins ont rapporté que 36 % de 214 patients chinois avaient des symptômes neurologiques, allant de la perte d'odorat à des douleurs nerveuses, et jusqu'à des crises convulsives et des accidents vasculaires cérébraux (AVC). Le seul manque d'oxygène dans le sang, lié aux problèmes pulmonaires, ne peut pas en être la seule explication.

A l'hôpital de Garches, un patient décédé, très vraisemblablement de l'atteinte neurologique liée à son Covid

A l’hôpital Raymond Poincaré de Garches en région parisienne, où il dirige le service de réanimation, le Professeur Djillali Annane estime à 10% le nombre de ses patients atteints de Covid et qui présentent des troubles neurologiques : confusion mentale, agitation, problèmes de motricité, paralysie, syndrome de Guillain Barré. Ces troubles ne sont pas toujours associés à des symptômes respiratoires. 

Le Professeur cite deux cas observés dans son service. Le premier est un homme, avec des troubles pulmonaires très mineurs, mais qui a perdu connaissance à plusieurs reprises, et qui a montré de la confusion mentale, pour finalement tomber dans le coma, d'où son admission en réanimation. "On a fait des examens pour tenter de comprendre, son liquide céphalo-rachidien (liquide dans lequel baigne le cerveau) a été analysé : il y avait très peu d'anomalies. Une IRM cérébrale a ensuite montré qu'il y avait une souffrance cérébrale, au niveau du bulbe olfactif, mais aussi au niveau du tronc cérébral et des paires crâniennes, explique le clinicien. Malheureusement, _le patient est décédé, très vraisemblablement de l'atteinte neurologique liée à son Covid_".

Deuxième exemple cité par le Professeur Annane : une jeune femme, sans antécédents, qui s'est présentée avec des problèmes neurologiques mais sans signes respiratoires cliniques, même si les examens ont montré l'existence d'une infection pulmonaire. "Elle se plaignait d'une paralysie du visage et du bras, qui s'est ensuite étendue. L'IRM cérébrale a montré une importante inflammation de ce qu'on appelle le bulbe, qui est la jonction entre la moelle épinière et le tronc cérébral".

On constate ces troubles en réanimation mais aussi chez les personnes hospitalisées avec des symptômes plus légers. Pas d'explication claire pour l'instant au phénomène, mais trois hypothèses sont avancées

La première c'est que le virus arriverait jusqu'au cerveau par voie sanguine, il franchirait ainsi ce qu'on appelle la barrière hémato-encéphalique, censée protéger le cerveau des agressions. La deuxième hypothèse est qu'il ferait son entrée en passant par le bulbe olfactif, derrière les fosses nasales, le bulbe olfactif étant déjà un prolongement du cerveau. Il se propagerait ensuite en profondeur. Enfin, troisième hypothèse : les troubles neurologiques ne seraient pas liés au virus lui-même, ils seraient provoqués par la réaction inflammatoire excessive déclenchée en réponse au virus, qui irait occasionner des dommages au cerveau. 

Le phénomène n’étonne pas pour autant le spécialiste. Il rappelle que la grippe peut donner lieu aussi à des complications de ce type. Par ailleurs, "les coronavirus sont connus aussi, précise-t-il, pour avoir certaines affinités avec les tissus nerveux". Au même titre que la perte du goût et de l’odorat, une confusion mentale ou une agitation peuvent en tout cas d’après lui  constituer des symptômes à ne pas négliger au diagnostic.

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