Pour atteindre l'objectif visé de 500 000 tests par semaine le 11 mai, les autorités ont augmenté le nombre de laboratoires autorisés à faire des tests. Laboratoires publics de recherche, laboratoires vétérinaires, laboratoires de la gendarmerie sont pourtant inégalement sollicités.

Tests PCR utilisés au Japon pour détecter le coronavirus (photo d'illustration)
Tests PCR utilisés au Japon pour détecter le coronavirus (photo d'illustration) © AFP / Norikazu Tateishi / Yomiuri / The Yomiuri Shimbun

Laboratoires publics de recherche, laboratoires de la gendarmerie, laboratoires vétérinaires ou en charge de la sécurité alimentaire... La liste des entités autorisées depuis le décret du 5 avril 2020 à réaliser des tests de détection du Covid-19 s'est grandement allongée. Pour les autorités, il s'agit d'être en capacité d'atteindre l'objectif fixé au 11 mai : 500 000 tests par semaine. Des tests de diagnostic et non d'immunité, comme l'a rappelé lundi soir Jérôme Salomon.

Pour le directeur général de la Santé, à 20 jours du début du déconfinement, "l'urgence est de gérer l'épidémie, de connaître TOUS les porteurs du virus et donc ce sont les tests virologiques qu'il faut privilégier aujourd'hui". Ces tests, réalisés avec la technique de PCR (Polymerase Chain Reaction), "il faut que toutes les personnes symptomatiques puissent l'avoir" a insisté Jérôme Salomon.

Les laboratoires de recherche publique mis sur la touche

Dans cette perspective, dès la publication du décret, un recensement des capacités de dépistage a donc commencé. Pour les laboratoires publics, le CNRS et à l'INSERM ont ainsi identifié une cinquantaine de sites où les machines de PCR sont disponibles, mobilisables et les équipes volontaires. Pourtant, à ce jour, d'après nos informations, ceux qui ont été sollicités ne sont qu'au nombre de 2 , un à Lille, l'autre à Perpignan.  Ailleurs, rien ne se passe.

"Alors que la mobilisation des chercheurs est générale, alors que des solutions ont été imaginées pour économiser les quantités de réactifs nécessaires et que nos capacités dépassent largement les 50 000 tests par semaine et par laboratoire, ça coince du côté de la santé", estime une biologiste, directrice de recherche au CNRS. Pour Jérôme Salomon, ce serait  l'incapacité des chercheurs à rédiger un compte-rendu d'examen qui serait en cause. "Les chercheurs n'ont pas l'habitude de rendre des résultats individuels et ils doivent donc respecter cette procédure d'un rendu validé, signé. Il faut juste que cela s'organise au niveau départemental, en lien avec des laboratoires d'analyse, en lien avec l'agence régionale de santé", a t-il justifié lundi soir lors du point presse.

Une très lente montée en puissance de la capacité de tests

Rédiger un compte-rendu biologique individuel quand on parle de tester 3 à 6 millions de Français, est-ce une stratégie réaliste à la sortie du confinement ? N'y a t-il pas une incapacité du corps médical à accorder sa confiance à des chercheurs étrangers à leur communauté ? Ou bien faut-il voir dans ce blocage la peur des laboratoires de biologie de perdre une partie de leur chiffre d'affaires ?

Pour François Blanchecotte, le président du Syndicat des laboratoires biologiques, les 88 plateaux techniques de France sont en mesure de remplir l'objectif du demi million de tests le 11 mai, si on ajoute la capacité des laboratoires hospitaliers. Depuis fin mars, pourtant, le nombre de tests stagne, pour peu qu'on ait une vision exhaustive car les chiffres les plus récents datent du 12 avril. Selon Santé publique France, 450 000 tests ont été réalisés depuis le début de l'épidémie, dont 160 000 la semaine du 6 au 12 avril. Dans les EHPAD et établissements médicaux de santé, il y en a eu 64 117. Aucun chiffre n'est disponible pour le personnel de santé, où qu'il exerce.

Les laboratoires vétérinaires enfin intégrés dans la chaîne

Les choses pourraient changer avec l'entrée en lice des Laboratoires Départementaux d'Analyses. Eux aussi ont rapidement proposé leurs services et leurs équipements, capable d'effectuer 150 à 300 000 tests par semaine. Leur lot quotidien, c'est à 50% la biologie vétérinaire : recherche de grippe aviaire dans un élevage de canards, de vache folle dans un troupeau ou d'un parasite dans un centre équestre, mais aussi contamination environnementale ou alimentaire (listeria ou salmonelle par exemple).

Après deux semaines de préparation et de réorganisation de leur activité, certains de ces laboratoires départementaux ont commencé le week-end dernier à tester les premiers prélèvements. En Normandie, Labéo (400 salariés dont 150 encore à temps plein) a été réquisitionné par le préfet. Suite à un accord signé avec l'Agence régionale de Santé et le CHU de Caen, deux lignes spécifiques ont été réorientées Covid-19.

"Nous avons réalisé nos premiers tests dimanche midi" explique Guillaume Fortier, directeur général de Labéo, "Après quelques jours passés en réglage de nos process avec les biologistes et le personnel du laboratoire de virologie du CHU de Caen". Pour lui, le plus délicat a été d'apprendre les procédures hospitalières et surtout d'ajuster les bases de données informatiques. "Il fallait faire attention à anonymiser les données par respect du secret médical, puis il a fallu adapter nos codes-barres, qui servent à identifier des chevaux ou des vaches, avec des codes barres de la Sécurité sociale. Tout ça ne  fonctionne pas du tout avec les mêmes bases informatiques" détaille M. Fortier.

Désormais à 7h et 14h chaque jour, les prélèvements préparés par le CHU de Caen sont récupérés par le laboratoire départemental pour analyse. A raison d'un doublement des capacités tous les jours, Labéo pense être en mesure d'effectuer 2 000 analyses par jour. Il faut 2h30 pour délivrer le résultat.

Dans l'Ouest, un autre grand laboratoire régional, Inovalys, s'est élancé au même rythme. Quelques dizaines de tests par jour depuis le week-end et un doublement quotidien. À l'échelle nationale, aucun chiffre n'est pour le moment disponible. Quelle que soit la bonne volonté et l'envie d'aider, ces plateformes doivent attendre les arrêtés préfectoraux et la demande des ARS pour agir. Elles ne devraient avoir, au moins au départ, aucune difficulté à répondre à la demande : avec la mise à l'arrêt du pays, une part importante de leur activité a cessé, au point de devoir imposer du chômage partiel à une partie des salariés.

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