Ce week-end la Côte d'Azur a été frappée par de violents orages et des inondations qui ont provoqué la désolation dans la région. Quel regard la science porte-t-elle sur l'événement ? Et cette catastrophe est-elle bien naturelle ? Explications.

La Côte d'Azur est-elle une zone à risque ? Les années précédentes,le département du Var a été souvent touché par de violents orages, des inondations avec des coulées de boues. Les conséquences se comptent en pertes humaines et matérielles , dans le Var comme les Alpes-Maritimes. Comment expliquer l'augmentation du nombre de désastres dans cette région : réchauffement climatique ? Urbanisation ? Simple montée des eaux ?

Pour en parler, Mathieu Vidard et Axel Villard-Faure reçoivent le journaliste Hervé Kempf du magazine Reporterre et Jean-Claude Marcus , administrateur de l'Association Française pour l'Étude du Sol.

Sur la question du réchauffement climatique, les climatologues sont clairs : il n'existe pas de statistiques suffisament solides sur les trente dernières années pour affirmer que les événements de ce week-end sont dûs au changement climatique. Grâce à l'étude menée sous la coordination du climatologue Jean Jouzel, nous savons néanmoins que les régions sous influence méditerranéene subiront des précipitations de plus en plus en fortes d'ici la fin du XXIe siècle.

Jean-Claude Marcus :

Ce sont les facteurs humains qui ont conduit à une catastrophe qui est tout sauf naturelle.

Selon Jean-Claude Marcus, ce sont bien l'artificialisation et l'imperméabilisation des sols qui ont contribué à ce qui s'est passé dans les Alpes-Maritimes. Comme Hervé Kempf, il prend pour exemple deux photographies de l'Institut Géographique National. Elles représentent le delta de la Brague , zone proche du complexe Marineland à Antibes, en 1961 et de nos jours. Il constate sur la photo de 1961 que cette zone est composée de petites parcelles agricoles et que la rivière était freinée par ses méandres et une forêt sur le long de la rive. Ce fleuve était amené à deborder régulièrement de son lit. Mais l'occupation humaine était faible et les habitation en étage permettaient de protéger les populations.

Les parcelles sont devenues des lotissements avec des maisons à la provençale donc sans étages. Les murets ont remplacé les haies, et la terre s'est recouverte de bitume et de béton. De fait, tout ce qui aurait pu absorber l'eau, retenir l'écoulement et éviter les torrents de boue - totalement prévisibles - a disparu en moins d'un demi siècle.

Vues aériennes de la Brague - 1961/2015
Vues aériennes de la Brague - 1961/2015 © IGN - Géoportail

Jean-Claude Marcus:

C'est la catastrophe de l'amnésie des hommes qui ont construit en zone inondable.

La Côte d'Azur n'est pas la seule zone du littoral français à subir la pression immobilière. Elle est présentée tous les sept ans dans l'étude Teruti menée sous l'égide du ministère de l'Agriculture. Selon le rapport du Sénateur Collombat ; dans le Var, l'urbanisation a augmenté de 43% en 30 ans sans jamais tenir compte des risques d'inondations. Comme dans les Alpes-Maritimes, on ne peut s'empêcher de penser que tout cela aurait pu être évité et que Éco-Vallée, prochain projet de la municipalité de Nice dans la plaine du Var saura tirer les leçons de ce tragique événement.

Retrouvez la Tête au Carré

"Climat + bétonisation = orages meurtriers" de Hervé Kempf

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