Plusieurs pays ont suspendu l'utilisation du vaccin AstraZeneca par "précaution", après que des effets secondaires graves aient été rapportés. En France, le ministre de la Santé se conforme aux indications rassurantes du régulateur européen du médicament et indique qu'il n'y a pas lieu de stopper les injections.

La Norvège, le Danemark et l'Islande vont laisser de côté les doses de vaccin AstraZeneca pour le moment.
La Norvège, le Danemark et l'Islande vont laisser de côté les doses de vaccin AstraZeneca pour le moment. © AFP / Andrew Matthews

Le Danemark, l'Islande puis la Norvège ont suspendu jeudi, par précaution et jusqu'à nouvel ordre, l'utilisation du vaccin AstraZeneca contre la Covid-19, en raison de craintes liées à la formation de caillots sanguins, malgré des déclarations rassurantes de l'Agence européenne du médicament (EMA) et du fabricant. Cette décision relève toutefois de la "précaution" en attendant des conclusions des enquêtes sanitaires, indique l'autorité sanitaire danoise : "À l'heure actuelle, on ne peut pas conclure à l'existence d'un lien entre le vaccin et les caillots sanguins"

En France, il n'y a "pas lieu de suspendre" les injections, a jugé jeudi soir le ministre de la Santé, Olivier Véran, dans le point hebdomadaire du gouvernement. Pour le régulateur européen des médicaments, les pays peuvent continuer à utiliser le vaccin contre le coronavirus d'AstraZeneca, malgré l'ouverture d'une enquête sur des cas de caillots sanguins. Il y a eu 30 cas de "thromboembolies" parmi cinq millions de personnes vaccinées jusqu'à présent en Europe, d'après l'Agence européenne des médicaments (EMA). 

"Nous faisons une pause en attendant des informations pour voir s'il y a un lien entre la vaccination et ce cas de caillots sanguins", a complété, lors d'une conférence de presse, un haut responsable de l'Institut national de santé publique en Norvège.

Un lot mis de côté après un décès

Lundi, l'Autriche avait déjà annoncé avoir cessé d'administrer un lot de vaccins produits par le laboratoire anglo-suédois, après le décès d'une infirmière de 49 ans qui a succombé à de "graves troubles de la coagulation" quelques jours après l'avoir reçu. Quatre autres pays européens, l'Estonie, la Lituanie, la Lettonie et le Luxembourg, avaient suspendu dans la foulée les vaccinations avec des doses provenant de ce lot, livré dans 17 pays et qui comprenait un million de vaccins.

Mais une enquête préliminaire de l'Agence européenne du médicament (EMA) avait souligné mercredi qu'il n'existait aucun lien entre le vaccin d'AstraZeneca et le décès survenu en Autriche. La décision danoise, qui a été suivie peu après du même choix en Islande, concerne, elle, temporairement l'ensemble de leurs vaccins AstraZeneca. Le laboratoire anglo-suédois, qui a développé le vaccin avec l'université d'Oxford, a défendu la sécurité de son produit. "La sécurité du vaccin a été largement étudiée dans les essais cliniques de phase III et les données (...) confirment que le vaccin a été généralement bien toléré", a indiqué à l'AFP un porte-parole du groupe. 

Cette suspension sera réévaluée d'ici deux semaines, au Danemark, mais chamboule le calendrier de la campagne d'immunisation du pays, jusqu'ici une des plus rapides en Europe. Copenhague prévoit désormais d'avoir vacciné sa population adulte mi-août, contre début juillet jusqu'à présent, selon un nouvel objectif communiqué jeudi. 

Jeudi après-midi, le régulateur italien des médicaments a également déclaré qu'il interdisait un lot de vaccin Covid-19 d'AstraZeneca/Oxford.

L'Agence européenne du médicament rassure

La position du comité de sécurité de l'Agence européenne des médicaments "est que les avantages du vaccin continuent de l'emporter sur ses risques et que le vaccin peut continuer à être administré pendant que l'enquête sur les cas de thromboembolies est en cours", a déclaré l'EMA dans un communiqué publié jeudi

"Il n'y a actuellement aucune indication selon laquelle la vaccination a provoqué ces conditions, qui ne sont pas répertoriées comme effets secondaires de ce vaccin."

Pour l'institution, la décision du Danemark est une "mesure de précaution alors qu'une enquête détaillée est en cours sur les signalements de caillots sanguins chez des personnes ayant reçu le vaccin, y compris un cas au Danemark où une personne est décédée". Sur les 30 cas de caillots sanguins à travers l'Europe, l'EMA a déclaré que "le nombre de thromboembolies chez les personnes vaccinées n'est pas supérieur au nombre observé dans la population générale".

Le vaccin maintenu en France et au Royaume-Uni

En France, il n'y a "pas lieu de suspendre" les injections du vaccin anti-Covid d'AstraZeneca, a jugé jeudi le ministre de la Santé, Olivier Véran, se rangeant derrière les avis des agences de santé française et européenne. "Le bénéfice apporté par la vaccination est jugé supérieur au risque à ce stade", a-t-il affirmé lors de la conférence de presse hebdomadaire du gouvernement

"Ça ne constitue pas un sur-risque statistique."

"Des enquêtes sont menées systématiquement à chaque fois qu’un effet indésirable grave est déclaré. Ça ne constitue pas un sur-risque statistique. Sur cinq millions d’européens pas vaccinés, on pourrait s’attendre à ce que 30 d’entre eux présentent également des troubles de la coagulation. Ce qu’on appelle le rapport bénéfice risques et supérieur au risque à ce stade, et des investigations sont en cours", a assuré le ministre. 

Au Royaume-Uni, le gouvernement maintient également l'utilisation du vaccin AstraZeneca. "Nous avons été clairs sur le fait que (le vaccin) est à la fois sûr et efficace", a déclaré un porte-parole du Premier ministre Boris Johnson à la presse jeudi, ajoutant que "lorsque les gens sont invités à se présenter pour le recevoir, ils doivent le faire en toute confiance". Pays d'Europe le plus durement touché par la pandémie avec près de 125 000 morts, le Royaume-Uni a déjà vacciné plus de 22 millions de personnes avec une première dose, utilisant pour l'heure uniquement les vaccins de Pfizer/BioNTech et d'Oxford/AstraZeneca.