Dans cette étude, menée conjointement par des chercheurs européens, on apprend que l'altération ou la perte totale d'odorat et/ou de goût, loin d'être des symptômes secondaires ou anecdotiques, sont en fait des marqueurs importants pour identifier les patients, et surtout mieux comprendre la maladie.

Entrée de l'hôpital Foch à Suresnes, où sont traités plusieurs patients atteints de Covid-19
Entrée de l'hôpital Foch à Suresnes, où sont traités plusieurs patients atteints de Covid-19 © Maxppp / Thomas PADILLA

L'étude, révélée par Le Monde ce mercredi, a été menée par le Dr Jérôme Lechien, le professeur Stéphane Hans (de l'hôpital Foch à Suresnes) et le Dr Sven Saussez (de l'université de Mons, en Belgique) sur 417 patients avec une forme non sévère de Covid-19. Elle a mobilisé 33 médecins ORL dans 15 hôpitaux européens.

Dans 85,6 % des cas, les malades présentent une altération de l'odorat. Dans 88 % des cas, c'est une altération du goût. Des symptômes qu'on a longtemps considérés comme anecdotiques, mais qui en fait seraient intimement liés au Covid-19.

D'autant que pour 12 % des patients, ils sont apparus avant les autres symptômes de la maladie (toux sèche, fièvre, courbatures, troubles respiratoires...). Ils pourraient donc être des signes précoces permettant d'identifier rapidement les malades du coronavirus. D'autant que dans de nombreux cas, ces symptômes ne sont pas liés à une congestion nasale (le nez bouché), souvent à l'origine de pertes de goût et d'odorat dans d'autres maladies. Ce qui tendrait à prouver que le virus s'attaque directement à des cellules liées à l'odorat.

Typique des malades européens

Première surprise : l'anosmie et la dysgueusie (respectivement la perte de l'odorat et du goût) sont, à l'inverse, très rares en Asie. "Les publications chinoises montraient plutôt un taux à 5 % d'anosmie", explique le professeur Hans, oto-rhino-laryngologiste à Foch. Soit 17 fois moins que dans les cas européens. Une différence qui peut être dûe à plusieurs causes : "Le fait que la génétique des populations est différente ; ou peut-être que la structure anatomique de l'organe olfactif est différente ; ou enfin l'hypothèse qu'il existe une mutation du virus, qui serait plus virulent en Europe."

L'autre surprise, c'est que le coronavirus produise ces symptômes précis aussi fréquemment. "Ce n’est pas quelque chose de commun pour les autres maladies virales qui produisent éventuellement ce genre d’effet", selon le Pr Hans.

Que les patients touchés se rassurent : selon l'étude, "près de la moitié des patients vont récupérer leur odorat dans un délai de 15 jours". Les autres devrait le retrouver quelques semaines plus tard. Là encore, c'est une spécificité du Covid-19, "certains virus grippaux pouvant par exemple induire des anosmies irréversibles".

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