Dans une étude publiée par la revue Nature Communications, l'équipe de l'hôpital Antoine Béclère de Clamart décrit le cas d'un petit garçon né avec des symptômes sévères du Covid, qui a ensuite guéri. Un cas confirmé de transmission intra-utérine entre la mère (une femme de 23 ans elle-même contaminée) et l’enfant.

Le Covid-19 peut bien se transmettre, de manière exceptionnelle, d’une femme à son bébé (Photo d’illustration)
Le Covid-19 peut bien se transmettre, de manière exceptionnelle, d’une femme à son bébé (Photo d’illustration) © AFP / PHILIPPE HUGUEN

La possibilité d’une transmission mère/enfant avant la naissance était déjà suspectée, mais cette étude en apporte la preuve. La jeune femme enceinte, malade, avait été hospitalisée en mars, et 24 heures après la naissance de son petit garçon, une forte charge de virus avait été retrouvée dans le placenta : passé par le cordon ombilical, le virus a infecté le bébé.

"Ça reste des cas vraiment très, très rares", précise le Pr Alexandra Benachi, co-auteure de l’étude menée par l'équipe de l'hôpital Antoine Béclère de Clamart. "Mais effectivement, il y avait eu pas mal de cas où il y avait des suspicions, sans qu'elles puissent être totalement confirmées. Et notre cas montre qu'effectivement, la transmission materno-fœtale verticale (c’est à dire in utero) est possible. Mais ça reste très exceptionnel, et on peut quand même continuer à rassurer les patientes enceintes : la transmission est rare, et surtout l'enfant, même s’il a au début présenté quelques petits signes de l'infection, va bien."

Aucune séquelle pour le bébé ou la mère

Né avec des symptômes qualifiés de sévères (lésions au niveau du système nerveux central, rigidité des membres), le bébé s’est en effet rapidement débarrassé de son virus. "Il n'a pas eu besoin de soins, en dehors de la surveillance, et au bout de 15 jours, il allait bien. Et a priori, il n'aura aucune séquelle de cet épisode. Les derniers contrôles par les pédiatres montraient qu'il allait très bien."

L’étude démontre aussi sans ambiguïté que la contamination s’est bien faite pendant la grossesse : "C'est une vraie contamination in utero", assure le Pr Benachi. "Il y avait [du virus] dans le liquide amniotique, dans le placenta et c’était un accouchement par césarienne : on est donc sûrs que la contamination était in utero et pas au cours de l'accouchement."

Les femmes enceintes restent une population fragile

Cette contamination a eu lieu alors même que la mère ne présentait pas de forme grave. "Elle était hospitalisée pour surveillance. Elle avait un peu de fièvre et toussait. C'était au début de l'épisode du Covid, et on a porté une attention particulière à toutes les patientes au troisième trimestre de la grossesse, parce qu'on a compris assez vite qu'on pouvait avoir des complications dans ce groupe de patientes." Toutefois, ce n’est pas le Covid qui a poussé les médecins à provoquer l’accouchement par césarienne (à 35 semaines de grossesse), mais "des anomalies au niveau du rythme cardiaque fœtal".

Le message que veut faire passer le Pr Benachi, c’est d’abord que "le risque de transmission au bébé est très faible, donc il ne faut pas en avoir peur". "En revanche, les femmes enceintes, en particulier au troisième trimestre, sont plus à risque de développer une forme sévère que les patientes non-enceintes du même âge. Surtout si, en plus, comme dans la population générale, elles ont un surpoids, un diabète, une hypertension."

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