Jean Castex a affirmé, lors de sa conférence de presse ce jeudi 12 novembre, que le taux estimé de reproduction du virus ( R effectif) était repassé sous la barre du 1, signe que l’épidémie régresse. Pourtant, Santé Publique France a fourni dans le même temps des indicateurs un peu moins optimistes. Décryptage.

Jean Castex a affirmé lors de sa conférence de presse que le R était entre 0,8 et 0,9
Jean Castex a affirmé lors de sa conférence de presse que le R était entre 0,8 et 0,9 © DR

Lors de sa conférence de presse ce jeudi 13 novembre, Jean Castex a souhaité mettre en valeur l’effet confinement en affirmant que le R effectif était passé en dessous de 1, « entre 0,8 et 0,9 ». Le R effectif fait partie des quatre indicateurs pris en compte dans la surveillance de l’épidémie. Il correspond au taux de reproduction du virus : combien une personne contaminée en infecte d’autres. Au dessus de 1, l’épidémie progresse, en dessous, elle régresse.

Les données communiquées par le Premier ministre signifieraient que l’épidémie régresse. Des conclusions que ne partagent pas les prudents épidémiologistes de Santé Publique France qui pour le moment préfèrent parler plutôt d’un «ralentissement de la circulation du Covid-19»

Sur les 3 R donnés par Santé Publique France, un seul est en dessous de 1

Chaque semaine, parmi la vingtaine de pages de chiffres publiées dans son bulletin épidémiologique, ce R effectif fait l’objet d’une analyse. Il y est à chaque fois rappelé que « Les valeurs de R ne doivent pas être interprétées de façon isolée, mais doivent être mises en perspective avec les autres données épidémiologiques disponibles et l’analyse fine de la situation locale. » 

Courbe des trois R-effectif depuis le début de l'épidémie
Courbe des trois R-effectif depuis le début de l'épidémie / Santé Publique France

Les chiffres qui y sont publiés se basent non pas sur la situation de la veille mais sur une moyenne de sept jours. C’est ce que l’on appelle des chiffres consolidés. Le dernier  bulletin publié ce jeudi 12 novembre fournit ainsi les données de la semaine 45 allant du 1er au 7 novembre. Dans ce bulletin, les épidémiologistes donnent, eux, 3 R différents : le R des tests PCR (SI-DEP), celui des suspicions de COVID aux urgences (OSCOUR) et enfin celui des hospitalisations (SI-VIC). Sur les trois, seul le premier (celui des tests virologiques) s’affiche en dessous de 1 (0,93 pour être exact). Le R des passages aux urgences est à 1,06 et celui des hospitalisations à 1,13. 

D’où viennent alors les chiffres utilisés hier par le Premier ministre ? Santé Publique France semble un peu embarrassé : "Ces trois R doivent être interprétés ensemble et utilisés ensemble. Produire une seule valeur du R nous parait très limité", explique Yann Le Strat, directeur de l’appui, traitements et analyses de données de l'agence.

La situation s'améliore en région parisienne

Autant dire que la situation reste fragile. Une personne en contamine encore souvent plus d'une sans compter de fortes disparités régionales. Si elle s’améliore en région parisienne, la situation est encore très tendue dans les Hauts-de-France, en Bourgogne-Franche-Comté, le Grand Est et l’Aquitaine. 

Tableau des trois R effectifs région par région
Tableau des trois R effectifs région par région / Santé Publique France

Quand au pic de l’épidémie annoncé pour la semaine prochaine par le Premier ministre : "par définition, un pic ne peut s'observer qu'une fois qu'il est dépassé" temporise Daniel Lévy-Bruhl, épidémiologiste à Santé Publique France.